Editions de l'Avenir: le personnel rejette l'accord présenté par les syndicats

Les assemblées générales se succèdent aux Éditions de l'Avenir où la méfiance demeure vis-à-vis de la direction
Les assemblées générales se succèdent aux Éditions de l'Avenir où la méfiance demeure vis-à-vis de la direction - © Carl Defoy - RTBF

Une nouvelle assemblée générale s'est tenue aujourd'hui aux Éditions de L'Avenir.
La veille au soir, les syndicats avaient rencontré la direction. Lors des négociations, ils ont obtenu la réintégration des 3 journalistes licenciés qui ne seront toutefois pas repris aux postes qu'ils occupaient.
Les réprésentants CNE et SETCa ont exposé cette avancée au personnel. L'annonce a toutefois été reçue avec une certaine fraîcheur. Les employés reprochent aux délégations syndicales un texte vague qui, par ailleurs, ne donne aucune garantie sur l'indépendance future de la rédaction.
En suite de quoi, l'AG a rejeté massivement le projet d'accord (par 70 voix pour et 1 abstention). Elle a mandaté l'Association des Journalistes Professionnels et la Société des Rédacteurs pour renégocier les termes d'un accord. Le personnel a également réclamé que désormais AJP et SDR soient associées à toutes les négociations qu concernent la rédaction.
A cette heure, il est toujours prévu que le journal soit imprimé et disponible demain matin. A moins, fait remarquer la rédaction, que la direction ne s'y oppose.

Intervention du Conseil de l'Europe

La Fédération internationale des Journalistes (FIJ) et la Fédération européenne des Journalistes (FEJ) ont par ailleurs alerté la "Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes" du Conseil de l'Europe à la suite du "lock-out" survenu aux Éditions de L'Avenir en début de semaine, peut-on lire jeudi sur le site internet de l'institution basée à Strasbourg.

Les quotidiens des Éditions de L'Avenir n'étaient pas parus mardi et mercredi à la suite d'une action du personnel lancée lundi soir. Les travailleurs contestaient les licenciements secs de trois journalistes qu'ils estimaient "ciblés", ce que la direction a toujours nié.

Mercredi, le personnel avait décidé en assemblée générale de reprendre le travail "en signe d'ouverture". La direction avait toutefois décidé de conditionner cette reprise à la conclusion d'un accord social. Celui-ci est intervenu dans la nuit de mercredi à jeudi mais n'a donc pas obtenu l'approbation de l'assemblée générale du personnel.

Dès lundi soir, les membres de la rédaction s'étaient vu privés de leurs moyens de communication. Le système n'a été rétabli que tard mercredi, permettant toutefois la parution de l'édition du jeudi.

"Les organisations représentatives des journalistes ont dénoncé le 'muselage' de la rédaction de L'Avenir et les menaces sur le pluralisme et l'indépendance des médias. Elles ont assimilé le lock-out opéré pendant deux jours par la direction du journal à une 'censure pure et simple', portant atteinte au droit des lecteurs de L'Avenir à accéder à l'information", indique la FEJ dans son alerte.

Cette plateforme a pour objectif de permettre au Conseil de l'Europe "d'être informé à temps, de manière plus systématique et d'agir de façon rapide et coordonnée quand cela s'avère nécessaire", précise l'institution.

"Concrètement, le secrétaire général du Conseil de l'Europe Thorbjørn Jagland fait parvenir l'alerte aux ambassadeurs des 47 Etats membres et demande des explications officielles à l'Etat mis en cause", détaille le secrétaire général de la FEJ Ricardo Gutierrez. "L'ambassadeur belge auprès du Conseil de l'Europe a donc reçu une demande d'explication à transmettre au gouvernement belge, lui demandant ce que fait la Belgique face à cette violation d'un droit fondamental." La FEJ pointe en l'occurrence un non-respect de l'article 10 de la convention européenne des droits de l'homme, relatif à la liberté d'expression et la liberté d'accès à l'information.

Il s'agit de la 17e alerte concernant la Belgique depuis 2015, la deuxième en 2019. La première concernait des plaintes multiples émanant d'entreprises ou d'individus du monde politico-financier liégeois contre les journalistes d'investigation David Leloup et Tom Cochez. Nethys, propriétaire des Editions de L'Avenir, était cité dans cette première alerte.

Au total, 20 alertes relatives à la liberté des médias ont été lancées en 2019 dans 12 des 47 Etats membres du Conseil de l'Europe.

 


Carl Defoy avec Belga

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