Editions de L'Avenir : devant les députés, la direction du groupe réfute tout "lock out" début mars

Jos Donvil, administrateur-délégué de EdA
Jos Donvil, administrateur-délégué de EdA - © ERIC LALMAND - BELGA

La direction des Editions de L'Avenir (EdA) a réfuté ce mardi avoir pratiqué un quelconque "lock out" dans la foulée de la grève observée par ses journalistes, début mars, après l'annonce de trois licenciements secs au sein de la rédaction.

Après deux jours de débrayage, le personnel avait décidé au matin du 6 mars de reprendre provisoirement le travail pour constater avec surprise que leur direction maintenait fermés les accès pour la publication d'articles sur le site site internet et les réseaux sociaux du journal.

Cette mesure, qualifiée de "lock out" par les représentants des journalistes, avait choqué une partie des députés de la Fédération, compétents pour les questions de liberté de la presse. Ceux-ci avaient alors décidé d’auditionner les différents acteurs du conflit.

Mardi, devant les députés, Yves Berlize, le directeur général d'EdA, a confirmé que ces accès numériques avaient bel et bien été fermés, tout en réfutant toutefois volonté de "lock out", le personnel ayant toujours eu accès à la plate-forme numérique interne pour y préparer ses articles.

En agissant de la sorte, la direction entendait éviter toute nouvelle diffusion d'informations non contrôlées, comme les journalistes du groupe avaient réussi à le faire deux semaines auparavant en publiant dans le journal un dossier spécial de quatre pages sur l'attitude de l'actionnaire Nethys envers EdA.

Selon M. Berlize, l'objectif n'était nullement d'atteindre à la liberté de la presse, mais plutôt éviter que les journalistes n'instrumentalisent leur outil à leurs propres fins, a-t-il expliqué.

"Gravité exceptionnelle"

Pour les représentants des journalistes de l'Avenir et des associations professionnelles également auditionnés mardi, cette attitude, qualifiée de censure, relève toutefois d'une "gravité exceptionnelle", ce qui a d'ailleurs poussé la Fédération européenne de journalistes à en informer le Conseil de l'Europe, dont l'une des missions est de veiller à la liberté de la presse en Europe.

"Les journalistes de L'Avenir ont été empêchés d'informer leurs lecteurs des raisons de cette grève", a notamment dénoncé Philippe Leruth, journaliste depuis 41 ans à L'Avenir, membre de la société des rédacteurs du quotidien, et président de la Fédération internationale des journalistes.

Pressé par l'opposition MR à se positionner, le ministre des Médias Jean-Claude Marcourt (PS), présent mardi lors de ces auditions, a qualifié de "disproportionnée" la démarche de la direction visant à couper les possibilités de publication numérique.

Il a néanmoins indiqué vouloir continuer à instruire le dossier, notamment la procédure ouverte auprès du Conseil de l'Europe pour laquelle il a consulté un expert juridique, a-t-il précisé.

Les députés ont également cherché à savoir si les trois licenciements secs annoncés début mars étaient motivés par l'existence d'une quelconque "liste noire" de journalistes à écarter pour leurs articles critiques envers l'actionnaire Nethys, comme suggéré par le personnel.

Jos Donvil, administrateur-délégué de EdA, a rejeté cette accusation. "Si cela avait été le cas, ce ne sont pas juste trois journalistes qui auraient été concernés...".

Pour la direction, la décision de se séparer de ces trois personnes (qui pourront finalement rester dans l'entreprise, mais à d'autres fonctions) s'explique uniquement par des raisons opérationnelles, une volonté de simplification des structures, et les opportunités de synergies avec Voo, autre filiale de Nethys.

Comme les députés ont pu le mesurer mardi, les relations sociales au sein d'EdA restent tendues, notamment au sujet de l'autonomie rédactionnelle.

"A cet égard, rien n'est réglé. Le conflit ne fait même que commencer", a même lâché Martine Simonis, secrétaire générale de l'Association des journalistes.

Pour sortir de l'impasse, plusieurs députés de la majorité et de l'opposition ont encouragé la direction d'EdA à améliorer sa charte rédactionnelle interne. Une idée envers laquelle Jos Donvil s'est montré ouvert, se disant prêt à étudier et s'inspirer de chartes en vigueur dans d'autres organes de presse francophones.

Le journal L'Avenir ne paraîtra pas jeudi, le personnel a pourtant décidé de reprendre le travail (JT 06/03/2019)

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK