Duels de campagne: Jean-Luc Crucke (MR) - Philippe Henry (ECOLO)

Invités :

- Jean-Luc Crucke, bourgmestre MR de Frasnes-lez-Anvaing, député fédéral et tête de liste aux élections fédérales dans la circonscription de Tournai-Ath-Mouscron.

- Philippe Henry, ministre Ecolo de l'Environnement, de l'Aménagement du territoire et de la Mobilité, tête de liste aux élections régionales dans la circonscription de Liège.

Emploi et développement durable

Le MR Jean-Luc Crucke ne pense pas que les priorités écologistes (développement durable, énergie verte, agriculture locale) soient la solution à la relance wallonne : "Si c’était la recette, ça se saurait. Aujourd’hui, le résultat de ce qu’on appelle l’économie verte ou l’énergie verte, le développement durable, c’est essentiellement un coût qui frappe de manière faciale le contribuable sans avoir maitrisé ce coût. Donc il faut du durable, l’Europe d’ailleurs nous l’impose. Ce qu’il faut c’est maîtriser le coût. Il ne faut pas vouloir être le meilleur élève de l’Europe quand on n’en a pas les moyens. Or pour l’instant, ces moyens, non seulement on ne les a pas, mais en plus Ecolo, et le gouvernement en général, fait semblant de ne pas savoir qu’il ne les a pas. Cela, ça va mener un jour au clash, au crash, nous ne voulons pas ça. Sur un certain nombre de dossiers, et l’éolien également, il faut réfléchir sur le coût, pas seulement à court terme mais également à moyen et long termes. Et en fonction de cela, prendre des décisions qui sont responsables. Ce n’est pas par idéologie qu’on gère l’avenir, c’est par conviction et par raison".

L’Ecolo Philippe Henry répond que la gestion du développement durable "ne coûte pas beaucoup trop cher aux Wallons, je sais bien qu’il y a l’une ou l’autre polémique notamment autour du photovoltaïque et qu’il y a des rebondissements médiatiques autour de cela. Mais la réalité c’est qu’il y a des créneaux nouveaux dans l’économie verte. L’alimentation durable par exemple : si vous produisez en Wallonie et que l’on consomme en Wallonie plutôt que d’importer par avion la plupart de ce que nous mangeons, vous créez des milliers d’emplois en Wallonie. Donc il faut encourager les circuits courts, l’encadrement de la vente localement, le soutien à ces filières. Si vous isolez tous les bâtiments de Wallonie, vous réduisez votre consommation énergétique, vous améliorez votre bilan environnemental, les émissions de CO2, mais vous créez aussi des milliers d’emplois dans le secteur de la construction, y compris des emplois peu qualifiés. Je ne comprends pas bien la position du MR, qui revendique un discours de soutien aux entrepreneurs mais qui, pour des raisons à mon sens électoralistes, lâche tout ce secteur-là. Ce sont aussi des entreprises, ce sont des emplois qui existent aujourd’hui et ce sont des dizaines de milliers d’emplois possibles à l’avenir".

"Vous avez créé le dysfonctionnement et au bout du compte, aujourd’hui ce ne sont pas des panneaux photovoltaïques wallons que l’on utilise, ce sont les chinois et vous avez fait en sorte que les entreprises qui ont osé, qui ont cru en votre discours, qui ont pris des risques, se sont retrouvées totalement asphyxiées et par terre. Cela, c’est la preuve que vous travaillez sur un dossier que vous ne connaissez pas, c’est l’économie" répond Jean-Luc Crucke.

Pas d'exclusion mutuelle

Peut-on faire de l’écologie ou du développement durable avec le MR dans un gouvernement ? Pour Philippe Henry "on peut certainement. Mais nous avons aujourd’hui des grosses entreprises (de la sidérurgie par exemple) qui ont fermé, qui ont mis des milliers de familles dans des situations dramatiques, il faut des nouveaux emplois. Ces nouveaux emplois, ce ne sera pas les mêmes emplois qu’au XIXe siècle. Ce sera dans des nouveaux secteurs, ce sera dans l’isolation, ce sera dans les nouvelles énergies, ce sera dans d’autres secteurs nouveaux. Il faut pouvoir encadrer cela, le soutenir. Le photovoltaïque n’est pas représentatif de l’ensemble du secteur vert".

Peut-on faire progresser l’économie très vite et faire une relance économique avec Ecolo dans un gouvernement ? Pour Jean-Luc Crucke "on le peut. Je pense qu’il y a une place dans une économie pour une production verte, je pense qu’il y a une place pour la recherche, l’innovation. Vous avez transformé les productions en aidant de manière inadéquate, et ça c’est un manque de connaissance de ce que sont les règles économiques, c’est ce que je reproche à Ecolo. Tout le monde peut s’améliorer, même Ecolo, j’y crois, et demain c’est possible, mais il faut à un moment donné revenir les pieds sur terre".

Renouveau politique

Même s’il reconnaît un progrès sous la dernière législature en matière de bonne gouvernance, Jean-Luc Crucke n’est "pas toujours d’accord sur tout. J’ai le regret de ne toujours pas avoir ce cadastre des rémunérations dans les intercommunales, dans les sociétés publiques, mais je ne peux pas dire que c’est de la faute d’Ecolo, ils ont essayé, à nos côtés parfois d’ailleurs également en Commission, de percer la carapace du PS et du cdH".

Philippe Henry admet que cela "reste néanmoins des sujets pour nous difficiles avec l’ensemble des partis. Je pense que changer les pratiques, changer l’organisation générale de la gouvernance, que ce soit au niveau local ou au niveau régional, ce n’est pas quelque chose de simple". A propos de la poussée des nouveaux partis, Philippe Henry exprime son "inquiétude de voir peut-être une 'délégitimité' du politique et de voir effectivement des mirages donner des illusions à un certain nombre de populations. Donc nous devons expliquer, convaincre et permettre les vrais choix politiques, nous sommes dans une société complexe, il faut donc que chacun donne ses priorités".

A.L. avec B. Henne

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