Ducarme sur les oeufs contaminés: "Le secret de l'instruction n'est pas un argument"

A peine nommé, et déjà sur le grill, le nouveau ministre fédéral de l’agriculture Denis Ducarme était l'invité de Matin Première pour répondre aux multiples interrogations sur l'attitude de la Belgique et de l'Afsca (Agence Fédérale Pour la Sécurité de la Chaine Alimentaire) en particulier par rapport au scandale des oeufs contaminés au fipronil.

Comment des millions d'oeufs ont-ils pu se retrouver en Allemagne et aux Pays-Bas contaminés avec cet insecticide utilisé par une firme hollandaise alors que l'agence belge l'avait détecté dans des échantillons début juin déjà?

Le ministre, qui n'a prêté serment qu'il y a dix jours, a expliqué qu'il avait demandé un rapport circonstancié à l'Afsca afin de pouvoir répondre au plus vite à ces questions. Mais il a été très clair: pour lui, le secret de l'instruction invoqué par l'agence pour se justifier de ne pas avoir communiqué dès juin "n'est pas un argument: c'est la protection du consommateur qui doit prévaloir, et le principe de précaution".

Des résultats communiqués dès ce lundi

Le ministre avait d'ailleurs une réunion programmée avec l'Afsca aussitôt après l'interview: "Je veux m’engager à faire toute la transparence sur cette question, très importante, car les oeufs, c'est le quotidien, de chacun, qui en consomme tous les jours sous leur forme première ou transformés. Et je vais insister pour avoir l’ensemble des éléments, pour qu’on puisse donner l'ensemble des réponses. Ce qu’on fera rapidement au niveau du parlement, même si je n'ai pas encore reçu l'invitation officielle".

Je veux qu’on n’attende plus: l’AFSCA communiquera dès aujourd’hui sur l'ensemble des taux déjà mesurés

La date de mardi évoquée par certains pourrait cependant s'avérer prématurée: "L’idée n'est pas de reporter les choses, mais je ne sais pas si je serai déjà en possession du rapport. Mais dès que je l'aurai reçu ce rapport, j’entends délivrer les réponses et je m'engage à faire toute la transparence".

Et pour démontrer cette volonté, "je veux qu’on n’attende plus, a exprimé le ministre: l’AFSCA communiquera dès aujourd’hui sur l'ensemble des taux déjà mesurés. Il y a une demande légitime d’avoir les chiffres précis". Et ce, même si a rappelé Denis Ducarme, l’ensemble des analyses ne sont pas terminées. Les 80% de résultats déjà obtenus "montrent des taux rassurants, rappelle-t-il, bien en deça du seuil européen, et ne présentent donc pas de danger. De plus, tous les oeufs de l’ensemble du périmètre suspect ont été bloqués".

Moi aussi, j'ai des questions à poser à mon collègue hollandais

57 exploitations belges ont ainsi vu leurs œufs bloqués, car elles avaient eu recours au le fournisseur de services hollandais Chick Friend, qui utilisait le produit incriminé: "J’aurai un contact avec mon collègue hollandais et moi aussi, j'ai des questions à lui poser".

Des tests étendus, et en Belgique

Si tous les résultats n'ont pas été obtenus, c'est qu'il a fallu passer par des laboratoires hollandais: "Nous n’avions pas l’expertise suffisante en Belgique, par manque de laboratoires équipés. Mais j'ai demandé à l’Afsca de veiller à ce que l’ensemble des tests puisse se faire en Belgique à l'avenir, avec des laboratoires agréés".

Et ce d'autant que le ministre annonce vouloir étendre les contrôles: "On ne va pas s’arrêter là. Il y a eu une première phase avec ces 57 exploitations. Mais on va élargir le périmètre pour faire des analyses complémentaires dans l’ensemble du secteur"

L'AFSCA a-t-elle trop traîné à communiquer? Pourquoi n'a-t-elle pas donné l'alerte? Denis Ducarme attend le rapport avant de se prononcer mais annonce: "Ce que j’ai demandé à l’AFSCA, c’est que nous puissions voir noir sur blanc l'ensemble des initiatives depuis que le signal fipronil s’est allumé en Belgique". 

Et comprendre pourquoi l'agence a préféré respecter le secret de l'instruction plutôt que de donner l'alerte, ce que nous reprochent désormais les Pays-Bas et l'Allemagne: "J’entends faire la clarté sur cet élément car ce qui doit primer, c’est la protection du consommateur, et donc je saurai quelles sont été les demandes du parquet de ne pas diffuser l’information. Je veux être prudent, j’aurai les échanges avec les responsables de l'AFSCA. Mais pour moi, le secret de l'instruction n'est pas un argument. Ce qui doit primer, c’est la protection et la santé du consommateur, et le principe de précaution."

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

Recevoir