Douche froide pour le secteur culturel forcé de se mettre à l'arrêt à Bruxelles : un sentiment de colère et d'incompréhension

La sentence vient de tomber. Et elle touche de plein fouet le secteur culturel : dès ce lundi, théâtres, cinémas et musées de la région bruxelloise devront fermer leurs portes. Pour Rudi Vervoort, le ministre-président de la Région bruxelloise, aucun autre choix n'était possible :

"Bruxelles est fortement peuplée. Il fallait y prendre des mesures complémentaires spécifiques. Il convenait de prendre des mesures plus strictes. Les mesures sont plus strictes pour le secteur culturel. Mais ces mesures sont indispensables."

Première à réagir : Cathy Min Jung, la directrice du théâtre Le Rideau de Bruxelles. Interrogée dans l'édition spéciale du journal télévisé, elle ne cache pas son désarroi et son incompréhension face à cette décision qui est bien plus stricte à Bruxelles qu'en Wallonie :

"La situation sanitaire est grave. Et le secteur culturel en est conscient. Mais mon sentiment, à chaud, c'est celui d'une incompréhension totale. Il y a un manque de cohérence totale dans la prise des mesures au niveau wallon, bruxellois et fédéral. On ferme uniquement les lieux culturels à Bruxelles et pas en Wallonie? Sincèrement, j'ai un sentiment de colère profond face à ces mesures, à cette incompréhension des mesures, à cette différence de mesures dans des villes à quelques kilomètres les unes des autres. Je suis choquée par ce manque de cohérence et qu'il n'y ait pas eu moyen de trouver davantage de solidarité au niveau politique pour ne pas avoir de mesures morcelées."

Il est vrai que les mesures ont évolué tout au long de la journée. Hier matin, le comité de concertation décidait de limiter le nombre de spectateurs à 200 personnes maximum, sans plus aucune dérogation. Hier soir, la Région wallonne annonçait l'entré en vigueur d'un couvre-feu. 

" Hier matin, des mesures tombent [au niveau fédéral, ndlr]. Il faut prévenir tous les spectateurs qui étaient attendus, les jauges sont réduites, il faut se retourner, prévenir ceux qui ne pourront plus venir. Hier soir, de nouvelles mesures de couvre-feu tombent en Wallonie, donc il faut déplacer les heures de représentation. Aujourd'hui, à 14h30, des mesures de fermeture des lieux tombent. La question, c'est : est-ce qu'il y aurait moyen au niveau politique d'avoir un peu de solidarité et de concertation pour parler d'une voix unique et qu'on ne soit pas soumis à toutes les différentes règles qui tombent toutes les ' heures pour le moment."

Ce soir, dans les théâtres, cette dernière représentation risque d'avoir un goût amer.

Dernier week-end pour les musées aussi

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Chemin de Lumière - avenue Franklin Roosevelt © photo Fondation Boghossian

Les musées aussi sont touchés par cette mesure. Louma Salamé, directrice de la Fondation Boghossian, vient d'inaugurer ce mercredi une exposition "The Light House" , une "succession d'expériences personnelles et collectives avec la lumière". Cette exposition se tient jusqu'au 31 janvier de l'année prochaine. Mais cette suspension d'un mois désole la directrice, comme elle nous l'a écrit : " La fermeture arrive alors que nous venons tout juste d'inaugurer The Light House, une exposition sur la lumière qui, à l'image de la culture, nous éloigne des ténèbres. Dans cette période où nos horizons sont confinés, les hommes et femmes politiques devraient toujours garder en mémoire que la culture reste l'essence de ce qui constitue une nation et que sa vitalité est une chose essentielle. "

L'exposition est déjà complète pour ce week-end. Il faudra donc faire preuve de patience avant de découvrir cette Light House. 

La dernière séance

Sur le plateau du Heysel, le groupe Kinepolis offre un complexe de quelque 25 salles. Son attachée de presse, Anneleen Van Troos, nous a dit comprendre la situation difficile que traverse Bruxelles et les mesures qui en découlent. Mais c'est clairement un coup dur en plus pour un secteur qui commençait tout doucement à remonter la pente. La preuve : cet été, l'ensemble du groupe n'avait accueilli que 25% de visiteurs par rapport à la même période les années précédentes; ces dernières semaines, il était remonté entre 40 et 50%. Le secteur souffre aussi d'une autre interdiction : celle de la vente de snacks et de boissons, ce qui constitue une ressource très importante, c'est même la deuxième source de revenus pour de nombreux cinémas. 

Le cinéma Palace a, lui aussi, réagi par communiqué : " Nous nous sommes dépêchés de mettre en œuvre les nouveaux protocoles communiqués hier par le comité de concertation et on nous annonce aujourd'hui que nous devons fermer lundi. Bien que très contraignantes, les mesures annoncées hier nous permettaient tout de même de maintenir notre jauge à 30%. Avec cela nous pouvions vivre et garantir la sécurité des spectateurs à qui nous avions déjà fait accepter les protocoles mis en place." Conclusion du directeur général, Eric Franssen : " Les mesures annoncées aujourd'hui font l'effet d'une douche froide."

Il faut dire que les congés de Toussaint sont généralement une période où les cinémas sont très fréquentés, et où ils réalisent donc de gros chiffres. Ces restrictions sont donc un nouveau coup dur pour ce secteur et pour les amoureux de cinéma. 

 

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