Dominique Leroy: que le ministre De Croo appelle les clients Proximus à quitter l'entreprise, c'est "one step too far"

Le silence révélateur de la CEO de Proximus à l'égard de son ministre de tutelle.
Le silence révélateur de la CEO de Proximus à l'égard de son ministre de tutelle. - © Tous droits réservés

Nos forfaits télécom sont-ils plus chers chez Proximus depuis que le roaming (l’itinérance) est gratuit? Alexander De Croo, ministre de tutelle de l’entreprise a-t-il pété un câble en critiquant l’ex-Belgacom? Le régulateur IBPT pousse-t-il le bouchon trop loin et la neutralité du Web ne devrait-elle pas souffrir de quelques exceptions pour pouvoir se protéger contre les géants du Web ? Dominique Leroy, la patronne de Proximus a réponse à tout … Et quand  ce n’est pas le cas, son silence est assourdissant.

Pas d’accord avec l’IBPT

Après un silence de 5 ans l’IBPT, régulateur officiel des télécoms en Belgique, a sorti son rapport. L’une des conclusions est que les tarifs d’internet et de la télévision sont trop élevés. Une lecture que veut relativiser Dominique Leroy. " Le tarif de l’internet seul est parmi les moins chers d’Europe. Et en cas de Bundle triple play (forfait internet/téléphone/télévision : ndlr), nous sommes dans la moyenne. " Mais la patronne de Proximus insiste sur la qualité d’infrastructure dont le niveau ne se retrouve, selon elle, nulle part ailleurs.

Des tarifs dans la moyenne européenne

Elle avance des chiffres qui contredisent le ressenti des Belges : " Le pourcentage dépensé par les ménages en télécom se monte à 2,2% de leur budget, contre une moyenne européenne de 2,5% et jusqu’à 3% pour les Français".

Mais Proximus ne prétend pas chercher à être le moins cher du marché: "Nous avons l’offre Scarlet qui vise les prix les plus bas et Proximus pour plus de services." L’IBPT peut écrire ce qu’il veut, Proximus " offre un choix et un prix en ligne avec la qualité des offres ", soutient Dominique Leroy.

On ne change pas les règles en cours de route

Dominique Leroy ne cache pas sa crainte de voir les règles du jeu changer selon les scénarios proposés par l’IBPT. L’organisme de contrôle estime qu’il faudrait davantage d’opérateurs sur notre territoire, ce que conteste Proximus : " Il y a deux infrastructures: Proximus (pour le cuivre) et le Câble. Dans de nombreux pays, il n’y a qu’un seul opérateur. Nous avons ouvert notre réseau aux autres voici 23 ans et c’est aussi le cas pour le câble depuis l’an passé. Si l’on vient avec 4 ou 5 opérateurs dans un petit pays comme le nôtre, cela sera compliqué. "

La fibre : un support sensible...

Pour Deminique Leroy, la seule discussion se joue sur la fibre. "Nous allons investir 3 milliards d’euros au cours des 10 prochaines années pour développer la fibre. Le réseau sera ouvert comme on la fait pour le cuivre, mais il y a des obligations qui pourraient nous imposer d’augmenter les coûts de l’investissement. On a fait un plan de déploiement fragile car il coûte très cher. Si on doit changer la manière de déployer le réseau, avec plus de construction civile et d’armoires de rue, comme le suggère l’IBPT  (parmi d’autres modèles proposés), nous ne pourrons plus développer la fibre jusqu’à 50% des ménages."

Et ce n’est pas, selon la CEO, qu’un message adressé au gouvernement. "Je suis responsable d’une entreprise cotée en Bourse. On se bat pour apporter de la valeur à l’entreprise".

... Et une équation budgétaire fragile

Mais il n’y a pas encore péril en la demeure. Dans son rapport, le régulateur offre des choix. Et Dominique Leroy est dans une phase de persuasion: "Nous voulons expliquer que le développement de la fibre en Belgique n’a pas une rentabilité assurée. Et si on change les règles de déploiement, le prix de l’investissement ne sera plus de 3 milliards, mais de de 4 à 4,5 milliards d’euros. Et l’équation de rentabilité ne tient plus. "

La neutralité du web à des limites

S’il faut investir, c’est aussi  à cause de la consommation induite par les grands acteurs, gourmands en bande passante que sont Netflix ou facebook. "Ces investissement dus à la vidéo à la 4K (ultra haute résolution) ne devraient-t-ils pas pouvoir être facturés aux grands opérateurs. La distribution mondiale est gratuite dans le cadre de la neutralité du web, mais faire payer certains acteurs permettrait de ne pas répercuter les coûts sur les factures des consommateur." Un vieux débat qui n'est pas près de trouver une réponse.

Le pas de trop du ministre De Croo

L’appel du ministre de tutelle Alexander De Croo à changer d’opérateurs après l’annonce d’augmentation tarifaire de Proximus est dans toutes les mémoires. Une sortie qui n’a pas enthousiasmé la CEO de l’entreprise. "Je n’ai pas de problème avec les tarifs de Proximus. L’augmentation est de 99 cent sur un abonnement de 15 euros avec une quantité de minutes et de data importante. Et depuis 5 ans nos tarifs n’ont plus augmenté. C’est important de pouvoir offrir plus de données au moment où le Belge utilisera plus de data en vacances en Europe. C’est la philosophie qui est derrière ces nouveaux tarifs, mais cela a été mal interprété." Introduire cette adaptation en même temps que la fin du roaming a pourtant été un moment mal choisi, reconnaît Dominique Leroy. Mais pas question de s’appesantir sur l’appel du ministre De Croo au boycott de Proximus. Elle s’en tiendra à une phrase: "Que le ministre conseille de comparer les prix c’est normal, qu’il appelle à quitter l’entreprise, c’est 'one step too far'. A la question " De Croo appelle-t-il au boycott ?", la CEO de Proximus répond par un long, très long silence.

Le défi numérique

C’est une constante : Comeos critique les retards de la Belgique en e-commerce. Pour Dominique Leroy, ce n'est pas un mal belge, mais toute l’Europe qui a raté le train du numérique. "Les grands acteurs sont américains ou asiatiques. Et dès qu’une entreprise prend de l’envergure en Europe, elle est racheté par les géants comme Facebook ou Google. Je pense que les entreprises sont conscientes de l’enjeu du numérique. Elles doivent réussir leur transformation digitale en étant plus présentes sur le web et mieux vendre via l’e-commerce. "

 

 

 

Proximus à vendre ? Ce n’est pas à l’ordre du jour

En pleine discussion budgétaire, le gouvernement fédéral doit trouver plusieurs milliards, Une solution pourrait être de revendre des parts de Proximus. Mais Dominique Leroy n’y croit pas. "C’est un sujet possible mais il n’est pas sur la table. Aujourd’hui les discussions se font plus dans le secteur bancaire que télécom. L’actionnaire décidera de ses participations." Mais la CEO rappelle que Proximus offre plus de 13 000 emplois directs et 15 000 emplois indirects. On investit plus d’1 milliard par an dans l’infrastructure, les services, la culture et les médias. On diffuse beaucoup de contenu local belge et on soutient l’économie à travers les festivals. Cela va bien au-delà du dividende. A part Proximus, tous les autres acteurs sont internationaux dans notre secteur."

Newsletter info

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir