Doel 1 et 2: pour le gouvernement, c'est l'AFCN qui décidera

Un arrangement aurait été trouvé : une mission "pré-Salto" sera menée par l'AIEA en février 2016, avant une Salto en 2017.
Un arrangement aurait été trouvé : une mission "pré-Salto" sera menée par l'AIEA en février 2016, avant une Salto en 2017. - © CHRISTOPH MEEUSSEN - BELGA

La relance des réacteurs nucléaires de Doel 1 et Doel 2 reste un sujet de tension. Le projet de loi sur le nucléaire passe ce mardi en deuxième lecture en commission Economie de la Chambre. avec sont lot d'explosions argumentaires. En matinée, les questions se sont multipliées dans les rangs de l'opposition. L'après-midi est consacrée aux réponses des ministres Jambon et Marghem. Le ministre de l'Intérieur a ouvert le feu en déclarant que la décision finale relative au prolongement des centrales de Doel 1 et 2 incomberait à l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN).

Peu après 10H00, en début de séance, Karine Lalieux (PS), Kristof Kalvo (Groen) et Jean-Marc Nollet (Ecolo) ont demandé une nouvelle audition de l'AFCN (Agende fédérale du contrôle nucléaire) sur la sécurité des installations de Doel 1 et 2, avant l’audition des ministres. Demande qui, après 20 minutes, a été repoussée par la majorité fédérale.

Le cdH demande de ne pas relancer les deux centrales

Dans un communiqué, le cdH estime qu’il "serait irresponsable et délirant de vouloir relancer les réacteurs sans réaliser tous les contrôles utiles pour s’assurer de leur fiabilité." Le cdH demande ainsi clairement au gouvernement Michel de ne pas relancer les deux réacteurs. "Ce gouvernement ne peut camper sur sa psychorigidité et vouloir redémarrer ces réacteurs avant la fin de cette année pour assurer la fourniture en électricité de notre pays l’hiver prochain."

En commission de la Chambre, l’opposition a surtout évoqué d'éventuels contrôles de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) sur les travaux à réaliser à Doel 1 et 2 avant une éventuelle relance. Des contrôles qui n’auraient, pourtant lieu qu’après la réactivation des deux réacteurs en 2016,2017 et 2018. Une situation présentée comme surréaliste par l'opposition. Des questions ont aussi été posées sur les les stress-tests post-Fukushima interrompus sur Doel 1 et 2 à priori censées être fermées définitivement en janvier et décembre 2015. Et enfin des questions sur la sécurité de nos installations en cas d'attentats terroristes.

Pour le sp.a, Johan Vande Lanotte a souligné un paradoxe dans l'argumentaire du gouvernement lorsque ce dernier soutient que le prolongement des centrales n'entraîne pas de modification sérieuse aux permis d'Electrabel: des travaux ont malgré tout été budgétisés pour un montant de 750 millions d'euros. Pour Jan Jambon, ceci est le fruit d'une analyse ligne par ligne de la part de l'AFCN.

Pour Marco Van Hees (PTB), Electrabel est l'enjeu majeur du débat en cours alors que l'AFCN attend son plan d'action pour mettre la machine en route. "Nous avons M. Diamant et Mme Electrabel", a-t-il lancé aux ministres Jambon et Marghem.

Pour J. Jambon, l'évaluation de Doel 1 et 2 "était bonne"

Le premier à répondre à cette rafale de questions et de critiques, est le ministre de l'Intérieur et vice-premier ministre Johan Jambon en charge de la sécurité des réacteurs. Il confirme un calendrier de contrôle de l'AIEA, mais après un éventuel démarrage. L’inspection se fera en février 2016 et janvier 2017. Pour lui, cet agenda ne pose aucune difficulté. Surtout, selon lui, que Doel 1 et 2 ont fait l'objet de contrôles récents et d’une "radioscopie approfondie" en 2010 avec suivi en 2012. " Et l'évaluation "était bonne".

Il poursuit en précisant qu’"après le vote au parlement, elle (ndlr : l’AFCN) doit encore se prononcer sur l'exploitation et elle doit être convaincue que les exigences de sécurité seront bien remplies", a indiqué M. Jambon, répétant ce que la ministre de l'Energie Marie-Christine Marghem avait indiqué la semaine dernière. "Et il est clair que, si ce n'est pas le cas, les centrales ne seront pas prolongées", a assuré le ministre de l'Intérieur. Des études d'incidence et autres consultations publiques seront également organisées si l'AFCN en fait une exigence.

Une sécurité "au rabais" ou "sans concession"?

Face à la confiance du ministre Jambon, Jean-Marc Nollet parle de " sécurité au rabais " et se risque à une analogie avec le contrôle technique. " Allez dire au citoyen que si sa voiture n’est pas passée au contrôle technique, on ne le sanctionnera pas pendant deux ans. Pour une voiture, il existe un calendrier précis et fixé, mais pour les centrales nucléaires on s’en fout. On peut le faire plus tard, en dehors du cadre légal."

Le ministre Jambon a assuré pour sa part que des analyses complémentaires seront faites par l'agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA), même si celles-ci ne sont pas légalement obligatoires. Pour Jan Jambon, avoir deux ministres distincts, pour l'Energie et l'Intérieur, est la preuve que ce gouvernement fait de la sécurité une priorité "sans concession".

Quel contrôle de l'AIEA?

C'est l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) qui vient ajouter un parfum international au débat. C'est elle qui doit contrôler toute centrale nucléaire avant sa relance ou sa prolongation. Ce n'est pas obligatoire, mais fortement conseillé.

Le travail de l'AIEA doit s'effectuer en deux temps, selon la procédure appelée Salto. Une opération de contrôle est d'abord menée pour voir ce qui pourrait poser problème. Une seconde, effectuée plus tard, souvent plus de deux ans après la première, permet de vérifier si les remarques ont été suivies d'effets.

Mais les réacteurs de Doel 1 et Doel 2 n'ont plus eu de visite de cette agence, puisqu'ils devaient fermer. "Devaient", car l'actuel gouvernement a, comme on le sait, décidé de les prolonger.

Agenda serré

Il faut dès lors suivre cette fameuse procédure Salto. Mais l'Agence internationale de l'énergie atomique a un agenda. Un agenda très chargé qui ne laisse plus de place pour s'occuper de Doel avant 2016. Or le gouvernement voudrait un redémarrage avant l'hiver prochain.

Un arrangement aurait dès lors été trouvé : une mission "pré-Salto" en février 2016, avant une Salto en 2017. Autrement dit, après l'ouverture : une situation inédite, une sorte de salto dans l'inconnu.

On l'a vu, les positions semblent inconciliables, mais le vote se fera de toute façon à majorité contre opposition.

RTBF

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