Discours royal: "Les défis du gouvernement transparaîtront évidemment"

"Les défis du gouvernement transparaîtront évidemment da
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Alors que le Roi doit prononcer son discours de Noël à 13 heures ce lundi, le constitutionnaliste à l'Université de Saint-Louis Mathias El Berhoumi a analysé le contenu que ce discours pourrait revêtir: même si on ne sait pas ce dont il va parler, on imagine que la crise politique de ces derniers jours va transparaître à travers les lignes.

Est-ce que le Roi peut s'engager dans les mots ? 

"Non, il ne doit pas avoir un discours qui peut être trop engagé", entame Mathias El Berhoumi, "D'abord, il faut dire que le discours qu'il va tenir va être couvert par le gouvernement, par le Premier ministre, qui va lui dire : "OK, dans ce cadre-là, avec cette teneur-là, le discours peut être prononcé". De toute façon, dans chacune de ses apparitions, dans ses messages publics, le chef de l'État doit en quelque sorte toujours incarner une idée d'unité. Donc, s'il tient des propos qui peuvent être trop clivants, ça peut se retourner contre ce qu'on attend de lui comme chef de l'État, comme facteur d'unité justement.

Cela n'empêche que le Souverain peut y mettre quelques valeurs ou axer le discours sur ses valeurs personnelles: "C'est aussi ce qu'on attend d'un discours de Noël, de mettre des valeurs qui peuvent rassembler les différentes parties de la population. Ce sont clairement des éléments qui font partie de cette tradition du discours de Noël, dont il paraît qu'il a évolué ici ces derniers jours, compte tenu effectivement de la crise politique. Mais on peut penser que ce qu'il a notamment mis dans son communiqué de presse à l'issue des consultations, les défis sur lesquels le gouvernement doit s'atteler jusqu'aux élections de mai prochain, que ces défis transparaîtront évidemment aussi de son discours de Noël", analyse l'enseignant de l'Université Saint-Louis. 

Le roi Philippe garde-t-il un rôle politique crucial dans ces périodes de crise?

"C'est même surtout, dans les périodes de crise où le roi conserve un rôle politique. L'institution monarchique, son influence et son rôle ont fortement évolué dans l'histoire de Belgique, parce qu'aujourd'hui on a une conception de la démocratie qui rend moins acceptable le fait qu'une personne non élue, qui n'a pas de responsabilité politique, puisse jouer un rôle de décision politique de première importance. Néanmoins, dans les périodes de crise, il y a clairement des marges de manœuvre de la personne du roi", explique Mathias El Berhoumi. 

Par exemple ? "Il y a des marges de manœuvre pour décider si on accepte oui ou non la démission du Premier ministre et de son gouvernement, pour suspendre sa décision, pour organiser un tour de consultation et pour décider de qui on consulte. [Il y a aussi] le fait de désigner des individus qui vont jouer un rôle de première ligne pour dénouer la crise: les fameux informateurs, explorateurs, médiateurs, tous ceux qu'on a connus notamment du temps de Yves Leterme." 

Ces éléments-là restent des prérogatives du roi, "même s'il doit agir avec une grande prudence parce qu'il marche sur des œufs, compte tenu de sa légitimité qui est différente d'une légitimité démocratique", complète le constitutionnaliste.

Un souverain court-circuité ?

Néanmoins, on a l'impression que le Palais a un peu été court-circuité ou en tout cas est arrivé quand le bateau coulait déjà. "C'est quelque chose d'un peu unique par rapport aux crises précédentes. Traditionnellement, quand un Premier ministre démissionne, quand il y a une crise comme celle qu'il a traversée avant même d'aller à Marrakech, au moment où les ministres de la NV-A ont quitté le gouvernement, c'est à ce moment-là qu'on s'attendait à ce que le Premier ministre aille chez le roi, ou même peut-être avant, lorsqu'il s'avérait que la crise était inévitable de toute façon." 

Que cela présage-t-il? La révision du rôle constitutionnel du roi? "La difficulté est que si on devait s'orienter dans ce cadre-là où le roi a un rôle moins fort, il faut encore désigner des autorités qui vont pouvoir faire ça. Il y a dans certains régimes parlementaires les assemblées parlementaires qui ont un rôle beaucoup plus important, notamment dans la désignation de ces formateurs, informateurs, etc. On pourrait évoluer vers ça, mais pour l'instant ce n'est pas le cas. C'est un peu difficile de tirer des conclusions sur un cas particulier, mais ça témoigne en tout cas encore d'un effacement de l'institution monarchique, ou en tout cas de son rôle qui était encore son rôle le plus important ici en période de crise." 

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