Discours de voeux du Roi sur Trump, le Brexit et la confiance envers le politique

L'idée de confiance envers le politique était au centre des discours du Roi Philippe et du Premier ministre Charles Michel aux Autorités du pays. 

Le Roi a entamé ce discours en rappelant que l'année écoulée avait été marquée par les décisions prises par "deux pays amis de se recentrer sur eux-mêmes", faisant référence au Brexit et à l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Pour le Roi Philippe, ces événements "illustrent une crise de confiance généralisée dans le monde occidental". Face à des défis "immenses et urgents", Philippe estime qu'il est important de "garder confiance en nous-mêmes et en nos institutions". 

Pour relever ces défis, le Roi pointe les nouvelles technologies qui "offrent sans aucun doute des possibilités de progrès considérables". Même si Philippe reconnaît que ces innovations peuvent donner lieu à "une illusion de toute puissance qui devient pour beaucoup une source de frustration". Le Roi pointe donc le paradoxe de cette révolution numérique qui "contribue ainsi à augmenter la distance entre les individus et les autorités". 

Cette méfiance envers le politique qui s'installe dans notre pays auquel le Roi fait allusion fait évidement écho au scandale Publifin. "La confiance se construit par un discours juste et vrai, et par des actes qui s'y conforment", a déclaré le souverain dans son discours.

Le Roi s'est ensuite félicité des progrès réalisés par la Belgique en termes d'emploi, de compétitivité et d'exportations. "Nous devons poursuivre sur cette voie", a-t-il déclaré. Il a terminé avec un appel à se mobiliser autour de l'Europe. Alors que l'on fêtera cette année le 60e anniversaire de la signature du Traité de Rome, le Roi lance un appel: "continuons à construire une Europe qui permet à nos identités nationales de se renforcer en collaborant, plutôt que de s’affaiblir mutuellement en s’affrontant. En faisant des avancées concrètes, notamment dans les domaines de la sécurité et de l’immigration. En expliquant le fonctionnement de l’Europe et le sens de son histoire. C’est comme cela que la confiance dans ses institutions reviendra".

Populisme et Publifin pour Charles Michel

Alors qu'il prône une meilleure formation et préparation pour les jeunes entrant sur le marché du travail, le Premier ministre a notamment parlé des populistes qui "créent l'illusion d'une réponse simple face aux enjeux complexes" et qui "alimentent aussi la division et la polarisation". "Ne tombons pas ce piège, a prévenu Charles Michel. Dans l’histoire, chaque fois que des mouvements populistes ont pris les commandes, cela s’est traduit par moins de libertés et plus de pauvreté", faisant allusion à la récente accession au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis. Concernant le nouveau président américain, le Premier ministre a reconnu que "les messages durs en 140 caractères ont eu beaucoup plus d’impact que nous le pensions".

Le Premier ministre a également fait allusion au scandale Publifin en affirmant que "la clef de la démocratie, c'est l'adhésion des citoyens". "Le socle, c'est donc la confiance", a-t-il ajouté. Une confiance des citoyens envers les politiques qui s'est effritée suite à l'affaire Publifin: "je ne sous-estime pas l’ écœurement des citoyens face à des conflits d’ intérêt présumés ou certains manques de transparence dans l’action publique. Le mal est fait", reconnaît Charles Michel. Il fait ainsi de la transparence des processus de décisions, des rémunérations justes et de l'élimination des conflits d'intérêts des "exigences absolues". 

Le discours du roi en intégralité :

Monsieur le Premier Ministre,

Je vous remercie pour vos vœux et vous souhaite également, à vous personnellement, et à toutes les autorités ici présentes, une belle nouvelle année.

Mesdames et Messieurs,

Je vous souhaite à tous la bienvenue. Je me réjouis en particulier que vous, les jeunes, soyez présents ce jour. Parce que de plus en plus, c’est l’avenir qui définit les décisions que nous devons prendre aujourd’hui.

L’année 2016 restera marquée par la décision prise par deux grands pays amis de se recentrer sur eux-mêmes. Ces deux pays sont des leaders mondiaux, des phares de la démocratie et de la liberté. Ils ont été fondateurs de l’ordre mondial que nous connaissons aujourd’hui. Ils ont aidé à construire et à reconstruire l’Europe, notamment par leur courageux engagement lors des conflits armés qui l’ont déchirée. Cette nouvelle attitude semble vouloir inverser le cours de l’histoire et tranche avec leur tradition d’ouverture et de générosité, leur adhésion à un rêve et un engagement communs.

Ces événements illustrent une crise de confiance généralisée dans le monde occidental. De plus en plus de concitoyens perdent confiance en nos démocraties représentatives et, parfois même, en l’avenir. Nous ne pouvons pas laisser ce courant prendre encore plus d’ampleur. Il est d’autant plus important de garder confiance en nous-même et en nos institutions, que les défis pour lesquels nous devons nous mobiliser sont immenses et urgents.

Les nouvelles technologies offrent sans aucun doute des possibilités de progrès considérables. Mais la révolution numérique peut aussi donner l’illusion de tout savoir, de tout contrôler, de tout pouvoir faire seul, et enfin, de pouvoir se passer des institutions. Confrontée à la réalité, cette illusion de toute puissance devient pour beaucoup source de frustration. Paradoxalement, la révolution numérique contribue ainsi à augmenter la distance entre les individus et les autorités.

Quand le doute et la méfiance se généralisent, il est certes plus difficile pour les autorités de maintenir un climat de confiance et d’insuffler le sens de l’objectif commun. Notre responsabilité en est d’autant plus grande. La confiance se construit par un discours juste et vrai et par des actes qui s’y conforment.

Ce sont d’abord nos actes qui doivent convaincre. Avec probité. Avec honnêteté. Et au service de l’intérêt général. En continuant à construire une société plus humaine et à relancer notre économie. Aujourd’hui, en Belgique, l’emploi progresse, notre compétitivité augmente et nos exportations reprennent. Ce sont là de beaux résultats, concrets, de l’action collective de nos gouvernements, de nos entreprises, de nos citoyens. Nous devons poursuivre sur cette voie. Par les efforts conjoints des secteurs public et privé. Par un usage optimal des technologies. Et ce en particulier dans les villes, avec des stratégies de villes intelligentes qui incorporent la dimension humaine, solidaire et inclusive. Dans les trente prochaines années plus de 70 % de la population mondiale vivra dans un environnement urbain. La transformation intelligente de notre cadre de vie constitue dès lors une occasion à saisir.

Il y a ensuite les mots qui doivent motiver et mobiliser. Les choix à faire dans la gestion du bien commun sont évidemment complexes mais ils peuvent être expliqués, compris et acceptés. Ceux qui tentent de travestir la vérité ou de creuser des fossés dans notre société mettent en péril la démocratie, parce que celle-ci est basée sur des valeurs fondamentales : le sens de la vérité, le respect et la modération. Par nos paroles et par nos actes nous devons tout faire pour soutenir les initiatives qui visent à rassembler et à construire.

Plus que jamais, c’est aussi par un engagement fort en Europe et dans le monde que nous pourrons faire revenir la confiance. Parce que les défis posés par le développement durable, le maintien de la paix, le changement climatique et un commerce international équilibré, ont un impact direct sur nos modes de vie. Ces problèmes sont impossibles à résoudre dans le seul cadre national. C’est pourquoi nous devons continuer à promouvoir un système de coopération à l’échelle mondiale. Je me réjouis à cet égard que la Belgique soit à nouveau candidate à un mandat au Conseil de Sécurité des Nations Unies pour la période 2019-2020. La Reine et moi nous engageons personnellement dans ce but.

En mars de cette année nous célébrerons le 60e anniversaire de la signature du Traité de Rome. Notre histoire commune repose sur une expérience fondatrice de réconciliation après une guerre fratricide. Cette réconciliation nous permet de regarder en paix notre passé. Nous savons ce que nous ne voulons plus jamais. Regardons ensemble vers l’avenir. Saisissons ce moment comme une opportunité pour l’Europe. Continuons à construire une Europe qui permet à nos identités nationales de se renforcer en collaborant, plutôt que de s’affaiblir mutuellement en s’affrontant. En faisant des avancées concrètes, notamment dans les domaines de la sécurité et de l’immigration. En expliquant le fonctionnement de l’Europe et le sens de son histoire. C’est comme cela que la confiance dans ses institutions reviendra.

Mesdames et Messieurs,

Ce n’est ni en retournant en arrière, poussés par une nostalgie utopique, ni en érigeant des murs, que nous rétablirons la confiance. Nous y arriverons ensemble, en parlant vrai, et en posant des actes concrets qui répondent aux défis de notre pays et du reste du monde.

La Reine et moi vous souhaitons une année 2017 pleine de succès et de bonheur.

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