Discours de Noel du roi Philippe : "Le plus rapidement possible un gouvernement fédéral de plein exercice"

Qui dit Noël dit traditionnel discours du roi Philippe. Un peu plus de 4 minutes cette fois pour célébrer l’esprit de Noël, temps de joie et de retrouvailles, mais aussi l’attention aux plus défavorisés, aux victimes d’injustice, de pauvreté, d’exclusion.

Un message qui se veut également volontariste face aux grands défis qui s’annoncent pour la Belgique et pour la planète. Discours avec moins d’accents politiques que les précédents – sept mois après les élections et alors que l’on cherche toujours un début de négociations au niveau fédéral – mais tout de même…

"Des solutions pour les générations qui nous suivent"

Pour l’image : un Roi, costume bleu nuit et cravate orange, assis dans un fauteuil devant le sapin d’un salon du Château de Laeken, une petite table à sa gauche portant le texte de son discours et un stylo.

Pour le fond : un discours de Noël cuvée 2019 truffé d’allusions à une "époque charnière", une "remise en cause de notre modèle social, économique, environnemental", et à des "défis nombreux". Climatique notamment. Autant de défis face auxquels insiste le Roi : "Ce n’est pas l’heure du renoncement".

"Pour changer les choses, il faut d’abord être convaincu, et agir en conséquence. Nous sommes responsables de nos actes. Soyons davantage conscients que notre comportement individuel a des implications pour les autres. Ne cédons pas au court-termisme. Privilégions le long terme. En nous investissant dans des solutions dont nous ne verrons pas nécessairement les résultats nous-mêmes, mais qui bénéficieront aux générations qui nous suivent."

Un volet plus politique

Année 2019, le Roi n’aura pas ménagé sa peine – on le sait – depuis les élections du 26 mai. Consultant Premiers ministres et présidents de partis ou chefs de file, jusqu’au Vlaams Belang ce qu’on lui a reproché en termes de risque de "banalisation" de l’extrême droite flamande. Un Roi désignant informateurs, préformateurs et à nouveau des informateurs (MR-sp.a, PS-N-VA, PS, puis MR-CD&V). A la recherche toujours de convergences possibles, explorant tantôt un axe PS-N-VA, tantôt un "arc-en-ciel", aujourd’hui un "axe central". Des options présentées dans autant de rapports au Roi. Sans réelles avancées jusqu’à présent.

Dans son discours du 21 juillet, le roi Philippe pointait la nécessité d’un "dialogue" et d’une "coopération à tous les niveaux". Pour Noel, il insiste cette fois sur la nécessité de "mettre en place le plus rapidement possible un gouvernement fédéral de plein exercice, capable de prendre des décisions équilibrées et de les porter ensemble avec fermeté. C’est ce sur quoi nous comptons tous sans plus tarder". Fin de citation.

Un appel déjà formulé depuis plusieurs mois par une large part de la classe politique, à commencer par Charles Michel et désormais Sophie Wilmès qui cautionne ce discours royal. Ceci alors que Philippe vient de prolonger jusqu'au 13 janvier, "au plus tard", la mission de ses informateurs royaux, Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V).

Le Roi répète aussi son credo en "l’énorme potentiel de notre pays, en notre capacité collective à relever les défis. A condition d’unir nos forces et de rechercher l’unité dans la diversité, dans le respect des sensibilités de chacun"Par-delà les communautés linguistiques notamment. Dans l’esprit de Noël donc… L’appel est lancé à la classe politique pour 2020 ; le Roi ne "tape pas" encore sur la table, il sait que la solution – si elle vient – prendra encore plusieurs mois.


Intégralité du discours du roi Philippe

"Mesdames et Messieurs,

Noël et les fêtes de fin d’année sont un temps de joie et de retrouvailles pour beaucoup d’entre nous. La Reine et moi, nous nous réjouissons pour ceux qui vivent ce temps de vrai bonheur, de partage avec leurs proches. Mais nos pensées vont aussi vers tous ceux dont la souffrance ou la solitude se fait d’autant plus sentir pendant ces jours de fêtes.

Et nous remercions ceux qui donnent leur temps et leur cœur pour les soutenir et les encourager.

Nous vivons une époque charnière. De remise en question de notre modèle social, économique, environnemental. Une époque où beaucoup ont perdu leurs repères. Et qui exige donc de nous une implication plus importante. Ce n’est pas l’heure du renoncement.

Les défis auxquels nous sommes confrontés, pour nos sociétés, pour notre planète, nous les connaissons. Nous en déclarons même l’urgence. Dans une très grande mesure, nous en connaissons aussi les solutions. Alors, comment les traduire en actions concrètes ?

Tout est une question d’attitude.

Pour changer les choses, il faut d’abord être convaincu, et agir en conséquence. Nous sommes responsables de nos actes. Soyons davantage conscients que notre comportement individuel a des implications pour les autres. Ne cédons pas au court-termisme. Privilégions le long terme. En nous investissant dans des solutions dont nous ne verrons pas nécessairement les résultats nous-mêmes. Mais qui bénéficieront aux générations qui nous suivent.

Il s’agit aussi de voir et d’entendre. Nous ne pouvons pas rester indifférents à l’injustice, à la pauvreté, à l’exclusion. A la violence aussi, trop présente autour de nous : cachée au sein des foyers, sournoise dans l’abus d’alcool et de drogues, en particulier chez les jeunes, insidieuse dans la médisance et le soupçon, explicite dans le langage qui juge et le geste qui détruit.

Soyons conscients de notre force collective. C’est le mouvement de ceux qui ne se résignent pas. C’est aussi la force tranquille, l’action discrète et puissante de tant de nos concitoyens qui s’engagent pour une société plus humaine.

Enfin, pour canaliser les énergies et la créativité, il nous faut un état d’esprit constructif qui permet de rassembler autour de projets communs.

Aujourd’hui, il est capital que nous mettions en place le plus rapidement possible un gouvernement fédéral de plein exercice, capable de prendre des décisions équilibrées et de les porter ensemble avec fermeté. C’est ce sur quoi nous comptons tous, sans plus tarder.

Mesdames et Messieurs,

Nous aurons l’avenir dans lequel nous croyons.

Pour son dix-huitième anniversaire, notre fille Elisabeth était entourée de jeunes de sa génération. Ils ont exprimé leur foi dans l’avenir. Nous avons vu une jeunesse lucide et prête à s’engager.

Avec eux, je crois en l’énorme potentiel de notre pays, en notre capacité collective à relever les défis. A condition d’unir nos forces et de rechercher l’unité dans la diversité, dans le respect des sensibilités de chacun.

La Reine et moi vous souhaitons une joyeuse fête de Noël et une heureuse nouvelle année."

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