Dirk Van Der Maelen président de la commission Kazakhgate: "Il s'agit bien d'une affaire d'Etat"

Dirk Van Der Maelen: "Claude Guéant était le maître d’œuvre en France, tandis que les acteurs en Belgique étaient Armand De Decker, et l'avocate Catherine Degoul."
Dirk Van Der Maelen: "Claude Guéant était le maître d’œuvre en France, tandis que les acteurs en Belgique étaient Armand De Decker, et l'avocate Catherine Degoul." - © Tous droits réservés

Peu connu des francophones avant de devenir le président de la commission Kazakhgate, le socialiste flamand Dirk Van Der Maelen empêche aujourd’hui plusieurs hommes politiques de dormir. Principalement au MR. L’audition de Claude Guéant, ex-ministre de l’intérieur et amis de Nicolas Sarkozy par la commission pourrait, aujourd’hui, déterminer si, oui ou non, le ministre Didier Reynders a été impliqué dans le dossier Kazakh entre la fin 2010 et 2011. 

Une ingérence inacceptable de la France dans des prises de décision du parlement belge

Dirk Van Der Maelen refuse d’anticiper sur les futures réponses que donnera Claude Guéant aux parlementaires de la commission. Mais il a joué un rôle principal dans cette saga: "J’en étais convaincu et les documents qui sont maintenant fournis par le magazine le Vif viennent encore le montrer. Claude Guéant était le maître d’œuvre en France, tandis que les acteurs en Belgique étaient Armand De Decker, et l'avocate Catherine Degoul".

Pour le président de la commission, le cerveau était donc bien français. "J’ai toujours dit que c’était une affaire d’Etat. Une note apporte la preuve que la France a organisé des manipulations en Belgique. Ces manipulations ont amené à voter en Belgique une loi prise sur mesures pour régler les problèmes de trois Kazakhs, de trois criminels.

Pour Dirk Van Der Maelen, c’est donc bien une affaire d’Etat, une position qu’il va tenter de montrer ce mercredi, notamment avec l’éclairage des fuites publiées dans le Vif et le Standaard. "Il y avait une ingérence inacceptable de la France dans des prises de décisions du parlement belge." Et derrière ce dossier se cache un contrat de de vente d’hélicoptères entre la France et le Kazakhstan.

Claude Guéant n’a plus rien à perdre

Déjà condamné en France à cinq ans d’interdiction d’exercice de toute fonction publique, Claude Guéant n’a plus rien à perdre. Ce qui lui permettrait de faire des révélations devant la commission belge. "C’est le seul français invité devant notre commissions, on n’a pas dû le forcer", remarque Dirk Van Der Maelen.  

L'ancien ministre français va-t-il pour autant mouiller des Belges? Nous le saurons sans doute aujourd’hui. Pour le président de la commission d’enquête, cette comparution (volontaire) apportera, en tout cas "une meilleure vue sur ce qui s’est passée entre fin 2010 et fin 2011."

Les trois pouvoirs impliqués

Aux yeux du socialiste flamand, les trois pouvoirs démocratiques (législatif, exécutif et judiciaire) sont impliqués. Mais à ce jour, explique le président de la commission, Didier Reynders est souvent cité, mais son implication n’est pas prouvée. "Il y a des indices qui laissent penser qu’il est impliqué. Dans un document qui a fuité, on apprend que l’avocate Catherine Degoul a adressé une lettre pour se plaindre de ne pas avoir touchés ses honoraires, et Didier Reynders, alors ministre des Finances et en copie du document."

Un autre document accusateur est celui publié par le Canard Enchainé qui dévoile une note d’Étienne des Rosaies qui dit que grâce à Armand De Decker il a été possible d’approcher les ministres des Finances (Reynders), de la Défense (Guy Van Ackere ) et de la Justice. "On voit qu’il y a un désir de la France d’influencer les travaux dans le parlement (belge) mais aussi dans le gouvernement."

On retrouve du MR à toutes les étapes de cette commission

A propos de Didier Reynders, le président de la commission reconnaît ne pas avoir plus qu’une conviction. "Je ne peux pas dire dès maintenant que l’on a des preuves, mais bien des indices. C’est notre devoir de regarder de plus près ces indices pour pointer quelqu’un dans nos conclusions."

"On retrouve du MR à toutes les étapes de cette commission"... "Je le disais il y a 3 à 4 mois, et je le confirme aujourd’hui. Je fais référence aux notes d’Etienne des Rosaies  qui dit que c’est grâce à Didier Reynders que tout le MR s’est déclaré en faveur du projet de loi sur la transaction pénale."

Les avocats attaquent

Dirk Van Der Maelen se dit d’ailleurs conforté dans son opinion par les attaques des avocats: "c’est une tentative d’intimidation de la commission. J’ai dit aux collègues qu’il fallait y voir une  tactique que ce genre de gens utilisent tout le temps. C’est plutôt le signal que nous sommes sur la bonne route. Nous continuerons à travailler sur le dossier. il y a de l’inquiétude que la commission d’enquête avance et aille chercher dans tous les coins pour savoir ce qu’il s’est vraiment passé"

 

L’Arabie Saoudite dans la commission des droits de la Femme: une responsabilité politique

Egalement président de la commission des affaires extérieures. Dirk Van Der Maelen traite du dossier de l’Arabie Saoudite intégrée dans la Commission des droits de la Femme de l’ONU.  "C’est la première fois que Didier Reynders présente des excuses. Il a dû le faire sous la pression de la majorité, car personne n’était pour ce vote dans la majorité (fédérale). J’ai demandé la démission de Didier Reynders Car un principe de la démocratie parlementaire est que l’on dit toujours toute la vérité lorsque l’on est interrogé par un Parlement. Or, selon lui, Didier Reynders n’a pas dit que son cabinet était au courant de ce vote et avait donné l’ordre à la permanence belge à New York de voter en faveur de l’Arabie. J’ai demandé que le ministre titre ses conclusions. Il a la responsabilité politique de sa décision. J’ai vu des ministres démissionner pour des décisions prises par d’autres. Ce fut le cas lors de la fuite de Marc Dutroux."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK