"Diplômer les femmes juste parce qu'elles sont mamans, c'est retourner un siècle en arrière"

"Diplômer les femmes juste parce qu'elles sont maman, c'est retourner un siècle en arrière"
"Diplômer les femmes juste parce qu'elles sont maman, c'est retourner un siècle en arrière" - © Tous droits réservés

En France, la secrétaire d’État à l’égalité hommes femmes, Marlène Schiappa, veut mettre en place un parcours diplômant pour les jeunes parents.

Delphine Chabert, secrétaire politique de la Ligue des familles, estime que c’est "typiquement une fausse bonne idée".

Et ce pour 3 raisons : "La première, c’est qu’on suppose que parce que vous avez eu des enfants, vous êtes douée pour vous occuper de tous les enfants. Eh bien non, il y a une vraie différence entre s’occuper des siens et des autres, croyez-moi j’en connais quelque chose".

"Le plus dérangeant avec tout ça, c’est que ce projet repose sur une vieille idée qui voudrait que les femmes soient dotées d’une fonction maternelle qui serait naturelle. Mais ce n’est pas le cas. On confond là une capacité biologique de porter des enfants, celui des femmes, un statut, celui des mères, qui s’apprend, comme celui des hommes et des pères, et un métier, puéricultrice ou puériculteur, qui exige une formation."

Ne pas enfermer les femmes dans un seul rôle

La deuxième raison, "c’est qu’on sous-entend qu’il ne faudrait pas être très compétente ou qualifiée pour faire ce travail puisque, je le rappelle, les personnes visées par ce projet sont des femmes sans aucune qualification. Or, les femmes qui s’occupent des jeunes enfants aujourd’hui, les puéricultrices, sont de vraies professionnelles".

"Elles ne se contentent pas de garder ou de surveiller les enfants, elles sont formées dans la connaissance du développement psychoaffectif, psychomoteur, cognitif et sensoriel des jeunes enfants. Elles ont appris à avoir une démarche de prévention pour détecter d’éventuels retards de développement, des signes de maltraitance ou de handicap, et puis elles accompagnent les parents dans leur questionnement et leurs doutes".

Quant à la troisième raison, elle réside dans l'"enfermement" des femmes dans un seul rôle, celui de mère : "C'est préjudiciable, parce que cette assignation entrave la lente progression vers l’égalité entre les hommes et les femmes. Et puis d’autre part, on freine l’évolution des rôles familiaux en marge dans nos pays européens et occidentaux et qui justement encourage les hommes à s’investir dans la famille et les femmes dans la sphère professionnelle avec un métier qu’elles ont choisi".

À la place de ce parcours diplômant, la Ligue des familles propose deux pistes : "La première par rapport à ces femmes sans qualification : leur insertion professionnelle passe justement par de vraies formations. Et puis après, il faut leur permettre de concilier leur vie familiale et professionnelle puisqu’elles ont des enfants. Cette proposition de loi prend vraiment le problème complètement à l’envers et c’est ça qui est vraiment rageant. Ces femmes ont d’abord besoin, elles, d’une place en crèche pour pouvoir se former ou trouver du travail. C’est ça qu’il faut faire plutôt que de les enfermer dans leur rôle de mère".

Revaloriser la formation de puéricultrice

La deuxième piste concerne les puéricultrices : "L’urgence, la priorité, c’est de revaloriser leur formation. En Belgique francophone, on a mis presque deux siècles à organiser un service public d’accueil des jeunes enfants. Deux siècles pour passer d’une approche hygiéniste à celle d’un accueil de qualité reconnu comme un droit de l’enfant. Et la formation professionnelle s’est développée, mais pas assez. Et c’est bien regrettable parce que toutes les recherches démontrent la formation est justement indissociable de la qualité de l’accueil. Boris Cyrulnik l’a réaffirmé avec beaucoup d’autres dans un livre important qui s’appelait 'Osez l’enfance'."

"Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est revaloriser cette formation en Belgique francophone et y exiger une qualification de niveau d’études supérieures, ce qui n’est pas le cas alors que c’est le cas en Flandre et dans bien d’autres pays autour de chez nous. Et puis j’ai un rêve, c’est celui qu’on n’entende plus, ni dans les cénacles politiques ni ailleurs : 'On n’a pas besoin d’un diplôme pour changer des couches'. Ça a encore été dit par des responsables politiques chez nous il y a peu."

À quand un diplôme pour les bons papas

Et Delphine Chabert de demander en guise de conclusion : "À quand un diplôme pour les bons papas ? Là, notre société aura fait un grand pas. Parce qu’avec cette idée de diplômer les femmes juste parce qu’elles sont mamans, on fait un retour en arrière de plus d’un siècle, rien que ça".

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