Didier Reynders sur la visite de Joe Biden : "Nous avons retenu la leçon, nous devons défendre les intérêts propres de l’Europe"

Après le G7 et l’OTAN, le président américain, Joe Biden, poursuit sa tournée sur le Vieux continent et rencontre ce mardi les dirigeants de l’Union européenne, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et le président du Conseil Charles Michel. Quels dossiers seront abordés ? Didier Reynders, commissaire européen à la Justice, était l’invité de Matin Première ce mardi. Il a également abordé le certificat sanitaire européen, qui rentre en vigueur le 1er juillet prochain.

Avec Joe Biden, la politique étrangère des Etats-Unis est très différente de celle menée sous l’ère Trump. Mais l’Europe a retenu la leçon.

"On tourne la page de l’ère Trump, mais on a lu cette page et on sait que les Etats-Unis sont tournés vers leurs propres intérêts. La leçon de l’ère Trump, mais aussi de la crise sanitaire – et de l’interdiction de l’exportation de vaccins hors des Etats-Unis-, est là : l’Europe doit avoir sa propre autonomie stratégique. Nous devons défendre des intérêts propres de l’Europe, pour l’industrie, les nouvelles technologies…", estime Didier Reynders. "Ce qui était très neuf avec Trump, c’était l’agressivité, la confrontation bilatérale. Là la relation est plus apaisée, mais on ne sait jamais ce qui peut se passer dans l’avenir…"


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Les Etats-Unis accordent une grande importance à la menace chinoise, un terrain sur lequel l’Europe ne les suit pas entièrement. "Ce qui est important, c’est que l’Europe définisse ses priorités elle-même. L’Europe doit sortir de l’ombre des Etats-Unis", avait exprimé lundi Alexander De Croo, le Premier ministre belge.

"Il est important de se rendre compte que la vision doit être globale, abonde Didier Reynders. C’est vrai qu’une puissance militaire se développe en Chine. Mais il y a d’autres foyers de tensions dans le monde. On est parfois inquiets du comportement de la Turquie".

"L’Europe doit développer sa propre capacité de défense, assure le commissaire européen. Il faut qu’il y ait un pilier européen plus important au niveau de l’Otan. Il faut une politique industrielle de défense".


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Sanctions économiques et données personnelles

Autre dossier qui sera abordé ce mardi avec Joe Biden : le commerce. "Il y a toujours des sanctions prises sur l’acier, l’aluminium, par Donald Trump, il y a le conflit Boeing-Airbus. Il y a rupture dans les paroles mais il faut voir si sur les actes, il y a rupture également", avertit Didier Reynders.

Au niveau judiciaire, la protection des données s’invitera également dans les débats. "Est-ce qu’aux Etats-Unis, il y a une volonté d’aller vers une protection des données personnelles plus fortes ? Vont-ils donner une capacité d’action en Justice pour les Européens quand des services de renseignement, de police ont des accès trop importants aux données ?", se questionne-t-il.

Pour Tomorrowland, il y a de gens qui viendront du monde entier, j’espère qu’on ne leur demandera pas un document en plus du certificat européen

Alors que la pandémie de coronavirus a bouleversé le monde, les Etats-Unis ont fermé leurs frontières, aux vaccins notamment.

"Sur les vaccins, on a vraiment regretté l’interdiction d’exportation des vaccins, de composants, venant des Etats-Unis, au début au moins. Mais ça a aussi montré que l’Europe était la fabrique à vaccins, on a fourni le monde", note Didier Reynders, avant de continuer. "Il faudra développer une politique de santé plus forte en Europe, et aussi sur le plan industriel, on devra encore produire des vaccins. Il faut continuer la recherche".

Au niveau européen, l’une des avancées de ces derniers jours, c’est le certificat sanitaire qui permettra de voyager (presque) librement en Europe cet été. Mais les Etats auront, bien sûr, encore des mesures sanitaires s’appliquant à leur territoire. Pour restreindre l’accès à des gros événements, notamment. Le commissaire européen espère quand même que les Etats ne vont pas multiplier les documents. "On avait dit que le certificat européen pourrait être utilisé au niveau national, j’espère que la Belgique s’alignera sur ce certificat, pour l’accès à des gros événements. Pour Tomorrowland, il y a de gens qui viendront du monde entier, j’espère qu’on ne leur demandera pas un document en plus du certificat européen".

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