Didier Reynders (MR) : "Je suis ému de quitter la scène politique belge, mais je reste dans la même rue"

Didier Reynders, nouveau commissaire européen et toujours ministre belge des Affaires étrangères, était l'invité de Matin Première ce jeudi 28 novembre.

La première Commission européenne présidée par une femme, l'Allemande Ursula von der Leyen, a obtenu mercredi midi le feu vert des députés européens avec 461 voix en sa faveur, 157 contre et 89 abstentions. Les trois principaux groupes politiques du Parlement européen, le PPE (conservateurs), les socialistes et socio-démocrates du S&D et les libéraux et macronistes de Renew Europe, avaient déjà annoncé qu'ils soutiendraient la Commission von der Leyen. Les Verts/ALE, quatrième famille en importance, se sont majoritairement abstenus.

Avec désignation donc de Didier Reynders au poste de commissaire à la Justice, l’Etat de droit, et la Protection des consommateurs. Ceci alors qu’il est toujours pour le moment vice-Premier pour son parti le MR, ministre des Affaires étrangères et depuis décembre 2018 ministre de la Défense, dans un gouvernement fédéral en Affaires courantes désormais présidé par Sophie Wilmès, laquelle a remplacé Charles Michel parti pour une autre mission européenne.

Il commente cette nomination : "C'est un poste qui m'intéresse depuis longtemps, car l'Europe pèse sur le destin de tout les citoyens européens et belges, la plupart des législations qui sont d'application dans notre pays viennent de l'Europe. Cela fait 20 ans que je siège dans des conseils européens et j'ai vécu déjà 41 présidence tournante, l'importance du débat européen et de son impact sur la vie des citoyens".

On entre dans l'Union et puis sauf infraction très grave, il n'y a plus de contrôle

Didier Reynders affirme sa volonté de travailler étroitement avec le Parlement et son engagement européen, "Je suis parmi ceux qui veulent plus et mieux d'Europe", a-t-il assuré. Il a confirmé qu'il entendait voir publier, dans la première année de travaux de la Commission, un rapport sur le respect de l'État de droit dans tous les États membres, appelé à devenir annuel. La première publication de ce rapport sera plus approfondie en ce qui concerne les États où des risques particuliers ont déjà été identifiés. "J'ai toujours été étonné que l'on inspecte chaque année de fond en comble les budgets, mais que l'on ne regarde pas le respect des critères politiques. On entre dans l'Union et puis sauf infraction très grave, il n'y a plus de contrôle".

Didier Reynders a assuré qu'il n'hésiterait pas à agir pour défendre l'Etat de droit s'il venait à être menacé dans un pays de l'UE. Il s'est également dit prêt à "poursuivre les procédures de l’article 7 du traité de l’Union européenne [qui permet de suspendre les droits de vote d’un Etat membre en cas de violation des droits humain, ndlr] engagées à l'encontre de la Pologne et de la Hongrie".

Sur le Brexit, Didier Reynders déclare, "avec regret, il faut accepter le choix des Britanniques, c'est un pan entier de l'histoire européenne qui nous quitte, mais il faudra garder des relations fortes avec les Britanniques quoi qu'il arrive après les élections".

En Belgique

L'ex-informateur royal, Didier Reynders commente la situation actuelle concernant la formation du gouvernement fédéral : "A l'époque de ma mission avec Johan Van de Lanotte, deux choses étaient très claires, il était impossible de faire un gouvernement sans la NV-A. En Flandre, il y avait une exigence de nombreux partis pour cela et on a essayé de travailler sur certains thèmes. Et dans ce que je lis des propositions de Paul Magnette, je retrouve ces mêmes thèmes qui sont sur la table depuis le début. Je crois que l'enjeu majeur, c'est de se demander si les deux grands familles politiques du nord et du sud du pays veulent travailler ensemble. Le problème pour répondre à cette question, c'est que depuis cinq ans on a poussé à l'extrême les exclusives de chaque côté, et que se sera vraiment difficile de ressouder les morceaux. La deuxième chose est de savoir, comme on l'a fait ces dernières années, se concentrer sur les grands thèmes, socio-économiques, changement climatique et autres enjeux majeurs, comme d'ailleurs la Commission européenne aussi le propose, et qu'on laisse le débat institutionnel de côté".

Il plaide ensuite pour une discussion institutionnelle parallèle à celle de la mise en place d'un gouvernement fédéral sur une "redéfinition des compétences, le fédéral doit pouvoir agir mieux dans certains domaines et les Régions d'en d'autres. Il y a trop de domaines ou trop de gens doivent intervenir, on doit clarifier les rôles. Comme exemple je citerai la gestion de la Région bruxelloise qui est incompréhensible, il faudra à un moment que l'on puisse simplifier. Mais pour aboutir à des débats comme ceux-là, il faut le faire calmement, en dehors de la gestion quotidienne".

Pour Didier Reynders, les lignes sont actuellement en train de bouger sur certaines questions comme les pensions, mais pas sur la migration par exemple.

Qui pour le remplacement ?

Le temps passe et on n’a pas l’air de vraiment s’agiter du côté du 16, rue de la loi pour organiser le remplacement de Didier Reynders au sein du gouvernement fédéral. La décision pourrait tomber ce vendredi 29 novembre, moment où l’on saura aussi et d’abord qui occupera le fauteuil de président du MR, l’élection – entre Georges-Louis Bouchez et Denis Ducarme – interviendra ce jour-là. Les désignations à faire figureront en effet forcément parmi les premières décisions à prendre côté libéral. Prérogative du Président, entouré des gens qui comptent dans le parti.

Didier Reynders est fier du processus mis en place par la MR pour cette élection : "C'est assez nouveau pour notre parti, et j'ai soutenu Georges-Louis Bouchez, même si je ne l'ai pas fait publiquement, car je pense que les militants devaient choisir eux". 

Mais faudra-t-il un ou plusieurs candidats pour remplacer Didier Reynders ? C’est toujours le flou. 

Selon les informations qui circulent actuellement, Daniel Bacquelaine, expérimenté, actuel ministre MR des Pensions, pourrait devenir vice-Premier ministre. Pour la Défense et les Affaires étrangères, c’est plus nébuleux, sachant précisément que le résultat du scrutin au MR aura un impact non négligeable sur le casting ministériel. S’il ne gagnait pas, Denis Ducarme pourrait, dit-on, répondre la Défense, un secteur qui lui est cher. On cite aussi dans la répartition des postes Philippe Goffin, député fédéral, bourgmestre de Crisnée, et candidat malheureux dans la campagne interne du MR. Une surprise est également possible, le nom d’Alexia Bertrand, députée bruxelloise, étiquetée "reyndersienne", circule aussi.

Ce qui est sûr, c’est que remplacer Didier Reynders, ministre depuis 20 ans, c’est très compliqué et que l'intéressé reste très discret sur cette question.

Didier Reynders va cependant conclure d'un: "Je suis ému de quitter la scène politique belge, mais je reste dans la même rue. Et je ne quitte pas la vie politique belge, rassurez-vous. Je serai dans le rôle d'un commissaire européen qui ne commente pas la vie politique belge, mais travaille pour tout les citoyens, dont les belges".

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