Didier Reynders (MR) : "Il faudra 1000 milliards pour sauver et relancer l'économie en Europe"

Que fait l’Europe ? Alors que le continent est l’épicentre de la pandémie du coronavirus, quelles sont les réponses et la stratégie des autorités européennes ?

Didier Reynders, commissaire européen, ex-vice Premier ministre belge, est notre invité ce jeudi matin. L’occasion pour lui de revenir sur la situation inédite que nous connaissons depuis quelques jours.


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"Vous savez qu’en matière de santé la compétence de l’Union européenne est limitée, mais cela n’empêche pas la Commission, comme l’ensemble des ministres qui se réunissent régulièrement, de mettre au premier plan la lutte pour la santé des Européens. Cela a permis de libérer des moyens pour que l’on puisse avancer sur un vaccin ou un traitement. Nous avons libéré 80 millions d’euros pour cela".

"On travaille aussi sur la fourniture de masques et d’appareils médicaux ou de tenues de protection car il y a un manque dans de nombreux pays européens. Nous essayons que l’industrie produise ce genre d’équipement en Europe et de pouvoir garder une libre circulation pour que ces équipements puissent arriver auprès des personnels de santé", explique Didier Reynders.

La Commission tente de coordonner

Le Commissaire européen à la Justice reconnaît que la première compétence reste dans la main des Etats actuellement mais défend l’action européenne : "La Commission tente de coordonner les actions en matière de protection en matière de santé. Ou va encore tenter de faire que les mesures de confinement soient plus au moins les mêmes dans les différents Etats, ce qui n’est pas le cas actuellement. On va aussi tenter de faire les limitations de libre circulation aux frontières soient harmonisées. La Commission a déjà pris des décisions pour des voyages hors Union et pour des personnes venant de l’extérieur de l’Union et qui voulaient venir en Europe. On tente aussi d’harmoniser les règles dans l’espace Schengen pour que le contrôle aux frontières existe mais que l’on puisse continuer à faire circuler les marchandises comme des éléments de protection nécessaires pour les personnels de santé".

Un Didier Reynders qui doit bien accepter qu’en cette matière de santé, le pouvoir de l’Europe reste surtout "une capacité de conviction".

En matière économique, Didier Reynders évoque l’annonce faite par la Banque centrale européenne d'un plan d'"urgence" de 750 milliards d’euros destinés à des rachats de dette publique et privée pour tenter de contenir les répercussions sur l’économie de la pandémie de coronavirus. 

On aura des garanties à mettre en place pour aider les entreprises

"On aura des garanties à mettre en place pour aider les entreprises, petites, moyennes ou grandes, pour préserver l’emploi. On va laisser les déficits se creuser et les endettements, donc il y aura une flexibilité. C’est déjà la voie choisie par la Commission européenne, celle de la flexibilité budgétaire. Tout cela sont des leçons de la crise de 2008. Depuis nous avons travaillé pour une union bancaire, mais on n'a pas travaillé à une union en matière de la santé. Les Etats ont souhaité garder leur compétence en matière de santé. Il faudra peut-être à l’avenir donner capacité à l’Europe de créer ou gérer des stocks, comme pour les masques, stocks qui puissent être disponibles là ou la crise se passe".

Didier Reynders concède qu’il faudra tirer des leçons de cette nouvelle crise majeure pour le monde et l’Europe. "Il faudra certainement aller vers une politique plus intégrée de la santé au niveau européen. Ou retenir certains bienfaits du télétravail, sans oublier de se poser la question de savoir si sur certaines chaînes de production nous ne devons par garder des capacités européennes. Sinon, on verra des replis nationalistes un peu partout à travers l’Europe".

Et la protection des consommateurs?

Le commissaire européen rassure : "En cette matière les règles existent et sont très strictes, les personnes qui ont réservé un vol ou un voyage auront droit au remboursement. Mais on sait bien que pour les compagnies aériennes ou les tour-opérateurs cela ne va pas être simple de rembourser dans les délais. Il va falloir les aider, je parlais d’un plan de liquidité, de report de charges qu’il va falloir mettre en œuvre".

Et le commissaire de mettre en garde : "Il y a aussi toute une série de gens qui profitent de cette crise pour vendre n’importe quoi. Faites donc attention n’achetez pas n’importe quoi. L'Europe travaille pour que ces produits soient retirés des plateformes de vente en ligne et si besoin nous irons jusqu’à des sanctions".

Didier Reynders évalue déjà à 1000 milliards ce qu’il faudra mettre en place pour garantir la survie et la relance de l’économie européenne.


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