Didier Reynders: "La double nationalité bénéficie à un très grand nombre de Belges"

Suite au référendum turc qui a vu la courte victoire du "oui", le député fédéral Hendrik Boggaert a jeté le pavé dans la mare. Pour lui, le résultat du référendum doit inciter des pays comme la Belgique de revoir leur position en matière de double nationalité.

Selon lui, le fait que 3/4 des turcs de Belgique soutiennent la réforme constitutionnelle de Recep Tayyip Erdogan pose la question de leur intégration chez nous.

Il faut rester beaucoup plus mesuré que cela 

La N-VA se dit favorable à une révision de l'octroi de la double nationalité. Mais le débat pourrait rapidement diviser le gouvernement fédéral. Didier Reynders, le ministre des affaires étrangères a confié ses doutes au micro de la RTBF quant à l'utilité d'un tel changement. 

Il explique: "Un débat peut toujours avoir lieu au Parlement. Ce qui m'étonne, c'est qu'il soit lancé à propos d'une communauté à l'occasion d'une décision. Je crois qu'il faut rester beaucoup plus mesuré que cela et se rendre compte que la double nationalité bénéficie à un très grand nombre de Belges. Et ce, pour différentes raisons. Parfois tout simplement parce que les parents sont de nationalité différente. Toutes les idées peuvent toujours être évoquées au Parlement. Mais ça ira à contre-sens de ce qu'on a voulu faire depuis plusieurs années."

N'est-ce pas, finalement, sanctionner une opinion politique? "C'est ce qui est fait. Quand je vois le lien qui est fait entre une décision prise par une communauté et l'appel à ce changement de législation. Je pense qu'on a progressé en offrant la double nationalité à un certain nombre de nos concitoyens. Si l'on veut retravailler sur ce sujet, il faut le faire de manière très calme". Et non, ajoute-t-il, dans le cadre de cette "réaction épidermique". 

Réfléchir à la bipadridie en général 

De son côté, le constitutionnaliste Christian Behrendt comprend la prudence de Didier Reynders. Et rappelle que "réfléchir à la bipadridie, c'est réfléchir non seulement à la bipadridie belgo-turque. Mais c'est aussi réfléchir à la bipadridie en général et donc, belgo-française, belgo-italienne, etc. Tous les Belges doivent être traités de la même manière, c'est écrit dans notre constitution."

Par ailleurs, ajoute-t-il, "il y a des Etats qui n'acceptent tout simplement pas l'abandon de leur nationalité. La Belgique n'est pas la seule partie car il y a à chaque fois l'autre Etat. Et il y a une multitude de législations différentes qui ne concordent pas toujours avec la notre". 

Régime présidentiel 

Dimanche soir, le Premier ministre turc Binali Yildrim a annoncé la victoire du "oui" au référendum sur une réforme de la loi fondamentale avec 51,36%. Par ce référendum, la Turquie ouvre la voie à un régime concentrant tout le pouvoir dans les mains d'un seul homme, le président, en la personne de Recep Tayyip Erdogan.

Les propos de Didier Reynders au micro d'Aurélie Fogli

La réaction du constitutionnaliste Christian Behrendt interrogé par Pierre Magos

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