Didier Reynders, commissaire européen : "Avoir les mêmes critères" et codes couleurs en matière de voyages dans les Etats membres

L’Europe aura-t-elle les moyens de ses ambitions entre réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, relance économique post-covid, virage digital, politique de santé commune et nouvelle politique migratoire ? Réponse dans Matin Première avec le commissaire européen à la Justice, le Belge Didier Reynders (MR) au lendemain du discours sur "L’état de l’Union" de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der leyen.

L’Europe a subi de plein fouet le choc de la crise sanitaire. Didier Reynders abonde dans le sens de la commissaire von der Leyen quand il s’agit de mettre en place rapidement une Europe de la Santé. "Il faut tout faire pour que l’Europe soit unie mais en partant d’une réalité". Laquelle ? Les politiques de santé sont l’affaire des Etats membres.

Le commissaire belge le reconnaît, au début de la crise, la Commission a constaté "beaucoup de choses chaotiques". Cependant, rappelle Didier Reynders, les frontières ont été fermées, "on a ouvert des lignes vertes" pour que les "marchandises puissent circuler".

Une agence européenne de la Santé

Qu’en est-il cette fois des vaccins ? "La Commission européenne a repris main au niveau de la recherche" mais également des commandes pas seulement au profit des Etats membres mais également à destination des populations plus défavorisées notamment en Afrique. Mais ce qui est certain, affirme Didier Reynders, c’est qu'"il va falloir débattre au niveau des Etats. On veut une agence européenne" de la Santé laquelle pourra se charger des commandes de vaccins, de la rechercher, de la constitution de stocks stratégiques en matière d’équipements médicaux comme les masques.

Les codes couleurs adoptés par les Etats fixant les régions à risque en matière de transmission du virus sont sources de confusion pour la population. Ce n’est pas "le chaos", juge Didier Reynders. "Mais c’était très difficile. La Commission a pour objectif de donner une ambition et puis d’agir concrètement pour coordonner." Début août, les Etats-membres ont été contactés. "Il y a une recommandation qu’ils doivent approuver : avoir les mêmes critères pour une couleur en Europe." Les mises à jour seront alors communiquées chaque jeudi, devront figurer sur une carte identique avec une entrée en vigueur des mesures le lundi suivant.

"Le texte est adopté, il est sur la table du Conseil. Maintenant, le débat a lieu entre les Etats-membres." Un bémol toutefois. "L’Europe, c’est la Commission, le Parlement et le Conseil." Les Etats restent compétents dans certaines matières et "s’il y a des décisions différentes, on ne peut pas les forcer."

30% du plan de relance à la transition énergétique

L’Europe veut également adopter un Green Deal, en imposant aux Etats de consacrer 30% des moyens accordés par le plan de relance post-Covid de 750 milliards à la transition énergétique "sinon l’argent européen ne sera pas sur la table". Cette règle vaudra également pour les pays du sud du continent qui ont "le plus souffert". 30% donc pour la transition énergétique et 20% pour l’amélioration de la technologie digitale notamment en matière de justice, mise entre parenthèses dans certains pays lors du confinement.

Le moment est décisif pour l’Europe. "C’est plus grave que la crise bancaire" de 2008-2009 car il est question désormais "de vie et mort de personnes" quant à l’époque il était question de "mort des entreprises". "Il faut respecter les annonces qu’on a faites. On a applaudi le personnel soignant", les travailleurs de première ligne (dans les commerces, celles et ceux qui assurent la collecte des immondices…). "Maintenant, il faut parler de salaire minimum. Dans beaucoup de pays, beaucoup n’ont pas accès à un revenu décent."

L’Europe travaille également à la mise en place d’une politique migratoire commune, cohérente quelques jours après le drame du camp de Moria en Grèce. Une réforme du règlement de Dublin est à l’étude. "Il y a deux réactions possibles" suite à ce qui s’est passé à Moria. "On essaye d’accueillir d’abord les enfants puis les migrants. On aurait pu se contenter de cela." Mais, citant la présidente de la commission, Didier Reynders ajoute : "Il faut régler le problème de fond."

Chaque année, deux millions de migrants arrivent sur le sol européen et 100.000 procédures sont introduites. "Ceux qui ont accès à l’asile" doivent s’intégrer, ajoute Didier Reynders. "Ceux qui n’ont pas accès doivent retourner". Cela dans un cadre humanitaire et en luttant contre les filières de passage. Les débats doivent avancer la semaine prochaine.

Chovanec : pas d’enquête au niveau individuel

L’affaire Chovanec occupe l’actualité en Belgique. "Nous allons suivre la situation" au niveau européen. "Mais il n’y a pas d’enquête au niveau individuel", ajoute Didier Reynders. "On va regarder la situation de près. On vérifie que des enquêtes ont lieu", ce qui est le cas chez nous avec le Comité P, avec l’ouverture de l’enquête judiciaire…

La Justice européenne sortira un rapport sur l’état de droit dans les 27 Etats membres ("quel que soit le pays") fin du mois puis rapport et fin de ce mois, on sortira rapport sur état de droit dans les 27 États membres, quel que soit le pays. "Ce qu’on rappelle, c’est que l’usage de la force doit être proportionné.Didier Reynders se déclare en tout cas "choqué".

La Justice européenne, c’est aussi la protection des minorités, a enchaîné Didier Reynders citant la communauté LGBTQ + en Pologne, l’antisémitisme avec le cas du carnaval d’Alost qui "a choqué de nombreux Européens". L’Union souhaite fortement lier le respect de l’état de droit au versement de fonds européens. Un parquet européen va être mis en place fin de cette année. "Si on contacte un non-respect, on coupe les crédits. On aura un mécanisme qui je pense sera efficace."

Il faut que les communautés acceptent de se parler

L’actualité belge, ce sont aussi les discussions liées à la mise en place d’un gouvernement fédéral. "Ce que je crois simplement, c’est que d’une manière ou d’une autre, il faudra que les grandes communautés de ce pays acceptent de se parler et de tenir compte des réalités politiques."

PS et N-VA ont décidé de ne pas travailler ensemble. "On ne peut pas réaliser l’impossible." Préférant ne pas se mouiller sur les discussions actuelles, Didier Reynders conclut : "Je soutiens l’émergence d’un gouvernement en Belgique. Il faut qu’un gouvernement de plein exercice soit en place."

 

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