Didier Reynders: "Ce que nous avons fait à l'époque c'est d'abord sauver l'épargne des Belges"

A l'époque de la faillite de Lehman Brothers, l'actuel ministre fédéral des Affaires étrangères, était ministre des Finances. Dix ans après, Didier Reynders (MR) revient dans Matin Première sur cette crise financière qui a touché toute l'Europe. 

S'il affirme qu'il n'a pas paniqué, il s'est très vite rendu compte que la situation allait être "compliquée à gérer puisqu'il y avait eu le cas Fortis le weekend et juste après Dexia". Des banques dont le bilan dépassait largement la richesse du pays. 

Et contrairement à ce que l'on pense, "ma préoccupation n’était pas de sauver des banques, mais de protéger l'épargne du Belge"

"L'Etat a récupéré sa mise"

A l'époque, l'élu libéral engage l'Etat belge à mettre 100 milliards d'euros sur la table : "100 milliards à la charge de l'Etat belge, quand vous signez ça tout seul dans votre bureau, ça crée un moment d'hésitation parce que cela dépasse la responsabilité politique, on est beaucoup plus loin que cela"

Mais "10 ans après, après tous les débats qui sont intervenus, cette épargne a été sauvegardée et l'Etat en tant que tel a récupéré sa mise", affirme-t-il. 

"J'ai encore entendu sur votre antenne ce matin que le contribuable belge a payé pour les banques, ce n'est pas vrai !", ajoute-t-il. "On a mobilisé des fonds pour protéger l'épargne, et on a surtout fait payer le secteur qui a remboursé. Les primes étaient à hauteur des garanties, les dividendes ont été très nombreux. Il suffit de regarder Belfius dont on parle beaucoup maintenant. Je l'ai rachetée au nom du gouvernement belge 4 milliards dans une discussion avec le gouvernement français. Aujourd'hui, on nous dit que la valeur serait autour de 6 milliards, 6 milliards et demi. Ce n'est peut-être pas encore suffisant pour vendre, c'est vrai que cela a été plus haut il y a un an, mais c'est une plus-value extraordinaire!".

Et aujourd'hui, il se dit "toujours très fier de voir qu'aucun client n'a perdu son épargne"

Une crise de grande ampleur

Evidemment, précise-t-il, "cette crise a entraîné une récession économique. Là, on a évidemment pas récupéré l'ensemble de ce qui a été vécu comme ralentissement de l'activité, pertes d'entreprises et d'emplois, augmentation de la dette. On voit, malgré tout, que notre dette diminue à nouveau maintenant, et que l'on est d'ailleurs à peu près dans la moyenne européenne. Je reconnais que ce n'est pas uniquement parce que la Belgique a fait des efforts. C'est aussi parce que la France et l'Allemagne ont vu leur dette augmenter"

Une Belgique et une Europe mieux préparées

Á la question de savoir si on est prêt à encaisser une nouvelle crise, Didier Reynders répond : "On est jamais prêt à encaisser complètement une crise comme celle-là, mais on est mieux préparé"

Au niveau européen aussi. Là où à l'époque la Belgique "a dû réagir un peu seul", "ce qui a changé depuis c'est que la banque centrale européenne a une responsabilité à l’échelle de la zone euro et plus largement de l'Union européenne pour tout ce qui est systémique, pour toutes les banques qui ont une taille telle qu'une difficulté pour l'une d'entre-elles aura un impact sur l'ensemble de l'économie européenne. Et cela permet de voir venir de beaucoup plus loin les crises qui peuvent encore intervenir aujourd'hui. Aujourd'hui, on suit de très près la situation en Italie, par exemple".  

"Nous ne sommes pas assez loin dans la construction européenne"

"Cela montre bien que dans tous ces dossiers, ce n'est pas l'Europe qui dysfonctionne d'une manière ou d'une autre, c'est le fait que nous ne sommes pas assez loin dans la construction européenne", ajoute Didier Reynders. 

"On a une construction européenne en matière monétaire et malgré tout ce que l'on a dit il n'y a pas eu de crise de l'euro, l'euro est toujours là, il a gardé sa valeur, l'inflation n'est pas partie à la hausse pendant toute cette période. Par contre, il n'y a pas de vraie politique budgétaire européenne. On devrait, un jour, pour gérer ce genre de crise avoir une sorte de fonds monétaire européen, mais surtout une trésorerie européenne, un ministre des Finances européen"

Une idée que la France et la Belgique soutiennent, mais ils n'arrivent pas à convaincre.

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