Didier Reynders: "A Namur, j'ai entendu beaucoup de bashing contre l'Europe"

Didier Reynders, ministre des affaires étrangères.
Didier Reynders, ministre des affaires étrangères. - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Dans son programme électoral, le candidat républicain Donald Trump s’engage notamment à démanteler l’accord nucléaire avec l’Iran et à annuler l’accord de Paris sur le climat. Interrogé par la RTBF, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) est "assez sceptique : je ne crois pas qu’il sera si simple de renégocier des accords qui ont permis d’avancer très, très fortement, que ce soit avec l’Iran ou à l’occasion de la COP21 sur les changements climatiques".

Donald Trump veut aussi revoir le fonctionnement de l’Otan, estimant que les États-Unis paient trop cher alors les Européens contribuent trop peu. Didier Reynders remarque que, déjà le président Obama avait la même préoccupation. Même s’il ne "croit pas beaucoup à une vraie défense européenne", le ministre plaide pour la création d’un "vrai pilier européen dans l’Otan. Pour faire cela, il faut aussi une industrie européenne de la défense, et accepter que l’on ait des champions en matière d’industrie de défense qui soient européens, et pas nationaux. Un peu comme cela a été fait dans l’industrie aéronautique avec Airbus. Si on ne le fait pas, on perd aussi une capacité d’action sur la scène internationale". Il prend l’exemple de la Syrie, "où ça se discute entre Washington et Moscou" ; pour que l’Europe "soit à la table, il faut une diplomatie, une capacité d’aide humanitaire, d’intervention financière mais aussi une vraie force militaire, ce que malheureusement l’Europe n’a pas vraiment aujourd’hui".

"Face à ce qui se passe aux États-Unis, l’Europe est-elle prête à se relancer sur quelques sujets, et à parler d’une seule voix et à être plus forte ? Ou l’Europe suivra-t-elle ce qu’on a vécu aux États-Unis ? Avec le Brexit, les Britanniques ont choisi de sortir, en se repliant sur eux-mêmes, en refusant la migration. Ce sont des tendances lourdes" observées à l’Est, poursuit Didier Reynders. Il espère que "ce type de populisme ne l’emportera pas" lors des prochains scrutins en France, aux Pays-Bas, en Allemagne.

"Relents de protectionnisme"

A propos du CETA, Didier Reynders a entendu des parlementaires wallons exprimer des opinions "qui avaient des relents de protectionnisme et de rejet de l’ouverture sur le monde, en alimentant des peurs. Le rôle du politique est d’expliquer et de tenter de rassurer. Quand on n’arrête pas de dire à des agriculteurs que la situation va être catastrophique, il ne faut pas s’étonner qu’ils s’inquiètent de plus en plus". "Notre pays, exclusivement à travers la situation dans le sud, se referme sur lui-même", selon lui.

"A Namur, j’ai beaucoup entendu l’attaque, le bashing contre la Commission européenne, contre l’Europe, contre l’establishment. Si l’on parle de ‘délinquance politique’ sans être capable ensuite de dire pour quelle raison, c’est très proche du simplisme que l’on a vécu aux États-Unis à propos de Washington" dit encore le ministre : "L'Europe n'est pas le problème, c'est vraiment la solution".

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