Didier Malherbe (Forem): "Les chances de reconversion chez Caterpillar supérieures à 60%"

Didier Malherbe: il faut surtout développer des entreprises qui vont exporter et faire la différence au niveau international. "
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Didier Malherbe: il faut surtout développer des entreprises qui vont exporter et faire la différence au niveau international. " - © Tous droits réservés

Ouvrir les PME wallonnes à l’export sans faire fuir les entreprises internationales et attirer les entreprises flamandes. Mais aussi créer une meilleure collaboration entre le Fédéral et le Régional et promouvoir la recherche et l’innovation… Pour Didier Malherbe, administrateur délégué de l’UCB, la solution ultime pour créer de l'emploi sera de s’imposer au niveau international.

Nommé par le gouvernement wallon à la tête du Forem, Didier Malherbe en a repris la présidence en pleine vague de licenciements. Et pourtant, le chômage wallon est en baisse. "C’est une situation contradictoire, on constate une légère diminution des demandeurs d’emploi depuis 26 mois, mais il en reste encore 240 000 en Wallonie. C’est 15% de la population active." 

Mais selon le patron de l’UCB, le drame de Caterpillar ne met nullement fin à cette  tendance. "Caterpillar est un des gros arbres de la forêt en train de tomber, mais il y a énormément de jeunes pousses. Comme IBA (lutte contre le cancer) EVS ou Pairi Daiza qui crée de 15 à 20% de nouveaux emplois par an. Il faudra faire le point d’ici quelques mois, avec Caterpillar notamment, mais on doit se mettre ensemble pour qu’il y ait, en Belgique, plus de centres de décisions et davantage de PME qui grandissent… Et pas uniquement des entreprises étrangères."

Éviter d’effrayer les investisseurs étrangers

Mais pas question, pour autant, de jeter l’enfant avec l’eau du bain. Par exemple en critiquant les entreprises internationales : "Entre 2010 et 2015, les entreprises américaines ont créé plus de 5000 emplois. C’est plus que Caterpillar".

Et à ceux qui évoquent la "saisie" ou la "réquisition" du site de Caterpillar, il répond : "La politique c’est surtout de la communication. Mais soyons prudents, évitons les signes trop négatifs à l’égard d’autres futurs investisseurs en Wallonie. Dans un conseil d’administration à Atlanta ou ailleurs, nous ne sommes qu’un petit pays sur la carte du monde. Il faut donc un maximum d’arguments pour défendre nos intérêts. Il est fondamental de recréer une alliance entre le Fédéral et le Régional pour promouvoir la recherche et l’innovation. Et développer des mesures comme le plan Marshal."

La Flandre : l’allié objectif

Didier Malherbe dirige aussi son regard vers la Flandre: "Le nord du pays est un investisseur important de Wallonie. La Flandre a crée 6000 emplois en Wallonie entre 2010 et 2015. C’est une des régions les plus prospères au monde. Essayons de collaborer davantage." Le nouveau patron du Forem voit d’ailleurs dans le triste épisode de Caterpillar l’illustration de cette nouvelle collaboration entre les Régions et le Fédéral: "C’est positif. Il faut profiter des forces de chacun, que ce soit à Bruxelles, en Wallonie ou en Flandre."

Le patriotisme économique : pas le plus important

Faut-il, comme le souhaite le ministre-président Paul Magnette, renforcer notre patriotisme économique pour sortir la Wallonie du chômage ? Didier Malherbe n’y voit qu’une solution parmi d’autres: "Il faut du patriotisme wallon et acheter wallon quand c’est possible. Mais il faut surtout développer des entreprises qui vont exporter et faire la différence au niveau international."

Les chances de reconversion du personnel de "Cat": plus de 60%

En charge du Forem depuis peu, Didier Malherbe aura à gérer la reconversion des travailleurs licenciés de Caterpillar. Leurs chances de retrouver un emploi ne sont pas nulles: "Nous allons devoir organiser des cellules de conversion, des task-forces se sont déjà mises en place dans les Régions. Sur base de l’expérience, on peut estimer à 60% le taux de succès des cellules de reconversion. Pour Caterpillar, dont les gens sont très bien formés, on pourrait dépasser ce pourcentage, mais c’est l’avenir qui nous le dira."

Que faut-il changer au Forem

Le nouveau président du Forem dit avoir été impressionné, à son arrivée, par la stratégie d’opposition entre un banc patronal face à un banc syndical. "On n’est pas au parlement wallon. Nous devons nous mettre autour de la table et trouver des solutions communes avec les syndicats, les employeurs et le gouvernement."

Sa vision du Forem est que l'institution est déchirée entre les intérêts des uns et des autres. "Le Forem, c’est la FORmation et l’EMploi, mais c’est aussi le métier d’aider les entreprises à trouver les bonnes compétences pour grandir et se développer. On n’est pas des créateurs d’emploi, mais des facilitateurs. C’est le défi du Forem de demain."  Un Forem qui souffre aussi d’un cruel manque de communication: à peine 44% des entreprises auraient une connaissance claire des compétences de l’organisme. Une lacune que Didier Malherbe entend combler sous sa présidence.

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