Didier Gosuin et le survol de Bruxelles: "Le fédéral devrait simplement faire respecter sa propre loi"

Didier Gosuin: "Demander à l’Etat belge de respecter la loi n’est tout de même pas scandaleux".
Didier Gosuin: "Demander à l’Etat belge de respecter la loi n’est tout de même pas scandaleux". - © Tous droits réservés

La Région bruxelloise met-elle le pays en difficulté en réduisant les possibilités de survol de Bruxelles? Didier Gosuin, actuel ministre bruxellois de l'Economie et de l'Emploi était, il y a 17 ans, en charge de l’environnement et responsable de l’arrêté-bruit qui sera mis en applications ce mardi soir. Une tolérance zéro qui a mené la Flandre à déposer une procédure en conflit d’intérêts. Bruxelles menacerait l’économie flamande.

"C’est du pipeau", réagit au quart de tour Didier Gosuin: "C’est de la folie. C’est du football panique. Cette législation existe depuis 17 ans. Nous faisons une proposition constructive pour modifier certaines routes et la Flandre réagit avec des réactions farfelues. Une procédure en conflit d'intérêt a une fonction préventive. Ici on parle d'une loi qui a 17 ans".

Le ministre bruxellois se défend d’avoir mis en œuvre une législation trop stricte qui, empêcherait le survol de Bruxelles: "Ces normes sont d’application dans tous les aéroports civilisés et ne sont pas ‘très strictes’: on ne peut pas dépasser 65 décibels au sol. Et il faut éviter de survoler les zones les plus densément peuplées. C’est une norme européenne qui se retrouve dans toutes les directives européennes. La tolérance prévue accordait 5 dbl de plus pour donner aux compagnies aériennes et au fédéral le temps de s’adapter. Cette tolérance devait prendre fin après 5 ans (en 2005). Aujourd’hui 17 ans ont passé".

Cela fait 17 ans que le fédéral fait n’importe quoi

Didier Gosuin s’en prend directement gouvernement fédéral et au ministre Bellot qui prétend ne pas être compétent pour trouver une solution au conflit: "La Région bruxelloise n’est pas compétente pour déterminer les routes aériennes. Seul le fédéral peut faire cela. C’est à lui à trouver une solution pour définir les routes et procédures de vol. Toutes les propositions saugrenues politiciennes des ministres Bert Anciaux, Renaat Landuydt, Etienne Schouppe et Melchior Wathelet ont fait dérailler le dossier. Cela fait 17 ans que le fédéral fait n’importe quoi".

L’Etat belge s’exonère de devoir respecter la loi

Et pas question de laisser le ministre François Bellot endosser le costume du "simple médiateur" entre Bruxelles et la Flandre. "A lui de prendre ses responsabilités. Demander à l’Etat belge de respecter la loi n’est tout de même pas scandaleux. L’Etat fait ce qu’aucun citoyen n’oserait faire: il s’exonère de devoir respecter la loi. Mon arrêté a été confirmé par toutes les instances comme conforme aux directives européennes, aux normes de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et au droit institutionnel belge."

Si vous ne voulez pas respecter la nuit, prenez les nuisances qui vont avec 

Fin de semaine, la Région bruxelloise a proposé de réintroduire la tolérance de bruit en échange de plusieurs conditions comme la suppression des vols sur le virage gauche entre 6 et 7 heures et la suppression des vols sur la route du canal.

Mathématiquement, cela entraînerait davantage de vols sur la Flandre. Une conclusion que balaie l’auteur de l’arrêté bruit. "Mais ces routes n’existaient pas. Elles ont été progressivement placées sur Bruxelles et sont en contradiction avec la loi. Je respecte aussi la nuit européenne jusqu’à 7h00 et avant 7H00 pour les vols peu bruyants."

Le ministre bruxellois argumente que la Flandre ne veut pas respecter la nuit européenne, mais attend que les nuisances qui en résultent soient reportées sur Bruxelles. Une position intenable selon lui: "Si vous ne voulez pas respecter la nuit, prenez les nuisances."

La solution ne peut venir que du fédéral… en respectant la loi

La seule solution, pour Didier Gosuin est que le pouvoir fédéral fixe des procédures et que l’exploitant (Brussel Airport) les respecte. Il s’en réfère, cette fois, à un arrêté fédéral de 2004 qui octroie la licence d’exploitation. On peut y lire que "le gestionnaire de l’aéroport fait respecter les normes acoustiques de la régions bruxelloise". Le fédéral devrait donc simplement faire respecter sa propre loi, argumente Didier Gosuin: "C’est la moindre des choses, sinon on est dans un Etat voyou".

Bruxelles, entre mépris flamand et dédain wallon

Pour le ministre, la problématique du survol de Bruxelles n’est que l’illustration du manque de respect des autres Régions à l'égard de Bruxelles: "Il y a 40 ans que je me bats sur le terrain bruxellois qui a toujours été marqué par le mépris de la Flandre et le dédain d’une bonne partie des décideurs wallons. On a souvent perdu des plumes parce que le rapport de force nous était défavorable. Aujourd’hui nous avons la loi pour nous. Ceci est un test. Le fédéral est-il prêt à respecter Bruxelles et la Flandre est-elle enfin prête à reconnaître Bruxelles ? On ne fait pas survoler une capitale densément peuplée de manière incessante. Si on veut cela, il faut organiser autrement l’activité portuaire."

Bonne gouvernance : d’abord punir les brebis galeuses

Sur la bonne gouvernance, le thème à la mode depuis l’éclatement de l’affaire Publifin et jusqu’au retrait de Siefried Bracke de la tête de liste gantoise, Didier Gosuin tient un discours décalé: "Il ne faut pas aller trop vite et avoir le sentiment infecte de devoir se disculper."  D’autant que son parti, Défi, n’est pas dans l’œil du cyclone.

"Les partis traditionnels doivent identifier ceux qui ont fait tâche à la fonction politique et les en écarter. Tant que l’on ne fait pas cela, on couvrira ces faits et ces individus se retrouveront un jour, a nouveau, dans la même posture qu’aujourd’hui."

Pour Didier Gosuin, de nouvelles règles sont nécessaires, mais la priorité doit être de sanctionner les responsables qui minent la confiance dans le politique. "Il faut écarter toutes les brebis galeuses."

Bruxelles, lui, apparaît, pour l’instant comme le bon élève de la gouvernance: "Dans mon parti, la transparence est totale, le parti Défi va publier tous les mandats et tout ce que nous gagnons. J’attends que tous les partis fassent la même chose. L’usure du pouvoir tue les partis traditionnels qui prennent des libertés avec le droit et piquent dans la caisse."

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