"Nous avons le même combat": des producteurs laitiers belges et africains manifestent contre la surproduction en Europe

Des producteurs laitiers belges et africains manifestent contre la surproduction en Europe
Des producteurs laitiers belges et africains manifestent contre la surproduction en Europe - © LOIC VENANCE - AFP

De 200 à 300 éleveurs laitiers européens et africains, selon les organisateurs, ont manifesté mercredi à 11h00, sur la petite rue de la Loi, devant les institutions européennes à Bruxelles, pour appeler à mettre un terme à la surproduction européenne.

Une dizaine de tracteurs se sont déplacés et des petites et grandes statues de vaches ont été mises en avant. Des crêpes ont été faites dans des bétonneuses - pour symboliser la façon de travailler des industriels - avec d'une part du lait équitable belge et d'autre part du lait en poudre écrémé enrichi à l'huile de palme, revendu à bas prix en Afrique. Les graisses animales sont extraites pour produire différents produits comme du beurre. Il reste alors aux industriels des grandes quantités de lait écrémé. C'est ce lait qui est réduit en poudre pour être écoulé. Vendu à bas prix, il est ensuite complété par de l'huile de palme, une graisse végétale bon marché.

"Aujourd'hui les trois quarts de ce qui est exporté comme lait vers l'Afrique de l'Ouest depuis l'Union européenne, c'est ce mélange... or ce n'est pas du lait" précise François Graas, d'SOS faim au micro d'Au bout du jour

Avec le dumping de l'Union européenne, on les pousse dans la pauvreté

"Il faut changer la politique agricole européenne, mettre fin à la surproduction en Europe et aussi mettre fin au dumping dans les pays tiers avec notre surproduction", défend Erwin Schöpges, président de l'European Milk Board (EMB) et producteur de lait en Belgique. "Aujourd'hui, le lait qu'on produit en plus est enrichi avec de l'huile de palme et exporté vers des pays tiers pour le revendre à moitié prix. Ça détruit les petites structures sur place."

Josti Gadeyne, porte-parole de Vétérinaires Sans Frontières, estime qu'en "Afrique de l'ouest, plus de 60% de la population vit de l'élevage. Donc, c'est un moyen de lutter contre la faim et la pauvreté. Si ces éleveurs laitiers savent vivre de ce qu'ils font, ils peuvent construire un avenir meilleur. Avec le dumping de l'Union européenne, on les pousse dans la pauvreté. La politique agricole européenne entre donc en contradiction avec la politique de coopération au développement."

Et sur place, les éleveurs s'inquiètent, comme le témoigne madame Gariko, éleveuse burkinabé : "Vous voyez du lait, ou en tout cas ce qui y ressemble, mais vous ne savez pas vraiment ce qu'il contient, et d'où il vient. Or il est plus facile, et surtout moins cher, de transformer ce mélange lait-huile en yaourt, que de transformer du lait local en yaourt. Ça tue le marché local".

Cependant, l'éleveuse ne blâme pas les producteurs européens "producteurs du Nord et du Sud... nous avons le même combat" dit-elle. Ceux qu'elle pointe du doigt, ce sont les industriels qui tirent les bénéfices. Elle s'inquiète également de la piètre qualité de ce mélange de lait en poudre et de graisse végétal. 

Une déclaration commune avec différentes revendications - notamment d'assurer un prix correct du lait au-dessus du prix de production et un soutien aux initiatives des éleveurs en Afrique de l'Ouest - a été signée par l'European Milk Board (EMB) avec des représentants de producteurs laitiers du Mali, du Burkina Faso, du Sénégal, de Mauritanie, du Tchad et du Niger. Cette action a été organisée en coopération avec les associations d'aide au développement Oxfam, SOS Faim et Vétérinaires sans Frontières.

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