Des parlements en roue libre

 

Dans notre système institutionnel, le parlement est considéré comme l’élément central ; c’est là que se votent les lois, se tiennent les débats, se prennent les initiatives démocratiques et que se contrôle le gouvernement. C’est là que s’expriment les représentants choisis par les citoyens.

Ça, c’est la théorie. En réalité, chez nous, cela ne constitue plus qu’une au pire une institution-croupion, au mieux un passage obligé, qui se gère au gré des circonstances.

Mis de côté

Depuis plus d’un an, la pandémie a mis de côté la Chambre des Représentants. Dans un premier temps, le gouvernement a dû agir dans l’urgence, au point qu’il a fallu " ressusciter " un exécutif en affaires courantes.

Depuis, malgré l’insistance de la Justice, d’éminents juristes ou de citoyens, aucun véritable texte de loi ne vient fonder juridiquement les choix politiques du gouvernement. Un texte législatif a été déposé dans la précipitation, sans véritable débat. L’opposition a fait retarder sa mise en œuvre. La démocratie, c’est le débat et celui-ci n’a pas vraiment eu lieu sur un sujet majeur.

Mais le blocage menace. Ces recours incessants au Conseil d’État peuvent être éternels. N-VA, Vlaams Belang et CD&V l’ont utilisé ad libitum sur la dépénalisation complète de l’IVG. Malgré une majorité de députés, une minorité peut bloquer tout débat, vidant complètement le parlement de son rôle constitutionnel. La décision est renvoyée à un arbitrage entre partis politiques, court-circuitant le débat démocratique.

Un mal profond

La question du port des signes convictionnels vient à nouveau illustrer cette impuissance des députés à s’emparer d’un débat, simplement à faire ce pour quoi, ils ont été élus, choisis par le citoyen. La question est là aussi renvoyée aux présidents de parti, tout-puissants sous nos latitudes.

Mais comme de plus, les partis des exécutifs wallon, fédéral, flamand ou de FWB n’ont guère envie que cette question sensible ne vienne perturber leur législature, elle devrait rester pendante longtemps encore.

Les parlements sont devenus des chambres d’entérinement, dépourvus le plus souvent de toute initiative. Chez nous, la " démission " collective des parlementaires en aboutit même à voir la Belgique se voir mise en demeure par la Commission européenne, parce qu’elle ne respecte pas la vie privée de ces citoyens. Les députés devaient s’emparer de cette question, l’apathie a prévalu, comme trop souvent. Les commissions spéciales sur la gestion de la pandémie ont vite tourné court et exonéré rapidement les ministres.

Ce ne sont là que quelques exemples récents.

La particratie cadenasse le débat. Ce mal belge est ancien mais prend de l’ampleur depuis que les majorités deviennent de plus en plus ardues à constituer. L’équilibre fragile bloque toute évolution mais renforce le vote radical chez le citoyen que cette impuissance politique irrite. L’effondrement actuel des " vieux " partis centenaires du pays ne constitue sans doute que le prélude d’une crise encore plus profonde. Selon un dernier sondage, les trois familles traditionnelles ne compteraient plus que 43% des députés là où elles en dénombraient 85% il y a trente ans !

La Belgique traverse une crise profonde de sa représentation politique, et seuls ces représentants l’ignorent ou feignent de l’ignorer.

 

@PhWalkowiak

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