"On m'a traitée comme un animal": des migrants témoignent de violences policières lors de leur rapatriement forcé

Des migrants subissent-ils encore de mauvais traitements lors de rapatriements forcés ? Des témoignages de migrants en centres fermés font, en tout cas, état de violences importantes. Ces témoins ont fait l’objet d’une tentative d’expulsion qui n’a pas abouti.

Pour l’un de nos témoins, c’était en septembre, et pour l’autre, en octobre. Ils n’ont pas de permis de séjour en Belgique, et ils ont épuisé tous les recours légaux. L’Office des étrangers ordonne donc leur rapatriement forcé par avion de ligne. Le premier témoin a été amené dans l’avion par des policiers. Il a opposé une résistance, ce qui a provoqué l’inquiétude des passagers de l’avion. La police a donc interrompu la procédure. C’est à sa descente d’avion qu’il affirme avoir été victime de violences."Six policiers m’ont frappé très fort, sur tout le corps, sur mon visage, mes mains, et mes jambes. De retour dans l’aéroport, certains policiers m’ont aussi frappé, et puis, un policier m’a dit "pourquoi tu ne rentres pas toi, le singe ?" Si tu fais pareil la prochaine fois, j’ai des plans pour toi", nous raconte notre premier témoin.

Notre journaliste, Baptiste Hupin, a pu avoir accès au rapport médical demandé par cet homme après cette tentative d’expulsion. Il y est question de cheveux arrachés, de tuméfaction discrète, et d’hématome en formation. Le deuxième témoignage est celui de Sarah. Elle dit avoir subi des violences tout au long de la procédure. "J’ai été torturée, battue part la police belge. 4 hommes et une femme, ils m’ont traitée comme un animal. Alors que je criais à l’aide, ils m’ont pressée, frappé la bouche. Je ne savais plus respirer. Ils m’ont pressé le nez, la gorge, et ils m’ont mis des doigts dans la gorge", se souvient cette dame.

Ces deux personnes ont déposé plainte, comme le confirme l’avocat d’un des deux plaignants, Robin Bronlet. "Il a souhaité déposer plainte, en effet. Il trouvait cela important pour lui, et pour les autres de dénoncer ce qu’il s’était passé. Il y a une plainte, dans un premier temps, qui a été déposée, au Parquet de Hal-Vilvoorde, qui est compétent pour des faits qui se sont déroulés à Zaventem. Malheureusement, sans réaction du Parquet, il n’y a toujours pas eu d’audition de mon client, après un mois. Donc, on s’est constitué partie civile entre les mains d’un juge d’instruction, à Bruxelles", précise-t-il.

Qui de l'efficacité et de la fréquence de ces contrôles?

Face à ces accusations, nous avons contacté la police fédérale pour solliciter une réaction de sa part. La police ne commente pas de dossiers qui font l’objet d’une plainte en justice. Mais, le porte-parole de la police fédérale, Régis Kalut, a accepté de nous livrer des éléments de contexte. Celui-ci rappelle que ces retours forcés sont soumis à des règles strictes, avec à chaque fois, un gradé de la police qui accompagne des policiers formés pour ces missions. Ces rapatriements peuvent aussi faire l’objet de contrôle de la part de l’inspection générale. "Nous avons un organisme indépendant, l’Inspection générale de la police (AIG), qui réalise de façon inopinée ou prévue, des contrôles en tant qu’observateur. Ils sont là uniquement pour l’observation, et ils en sortent des recommandations", explique le porte-parole de la Police.

Les policiers savent quand ils sont contrôlés, et chiffres à l’appui, on s’aperçoit que ces contrôles ne concernent qu’une minorité de cas. Selon les données communiquées dans le rapport annuel de l’AIG, 103 contrôles ont été effectués en 2017 sur un total de 1475 tentatives d’éloignement avec escorte, répertoriées par, le Centre fédéral pour les migrations, Myria cette même année. Celui-ci recommande d’ailleurs de mettre en œuvre un système de surveillance systématique à l’aide de caméras, car on se doute bien que ces retours forcés supposent une contrainte, un usage de la force.

Jusqu’où la police peut-elle donc aller ?

Tout cela est soumis à des règles. Après la mort de Semira Adamu en 1998, lors d’un rapatriement forcé par avion au cours duquel les gendarmes avaient utilisé la technique dite du coussin, les procédures ont été revues. Le porte-parole parle de menottes, de ceintures de contention, dans ce qui est autorisé, mais il explique que les coups, les clés de bras, ou les mains sur la bouche sont interdits.

On comprend donc, par cette réponse, que si les témoignages des plaignants se vérifient, la police a largement dépassé ces moyens de contraintes. C’est ce que dénonce d’ailleurs l’avocat, Robin Bronlet. "Pour moi, premièrement, c’est un choix politique, que de considérer qu’il est légitime d’utiliser la violence pour contraindre une personne à quitter un territoire. C’est un choix, avec lequel, personnellement, je suis en désaccord. Mais, à partir du moment même où on accepte que l’usage de la force et de la contrainte est légitime, dans ce cas-là, il y a des garanties qu’il est important de faire respecter. Et, dans le cadre de mon client, il est question de coups, de blessures, d’insultes racistes et de menaces. C’est clairement inacceptable."

Les plaintes sont entre les mains de la justice. Mais, a priori, cela ne change rien au fait que nos deux témoins sont toujours sous le coup d’un ordre de quitter le territoire. Ils pourraient donc être rapatriés d’un jour à l’autre sans que leur plainte ne puisse être entièrement traitée.

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