"Des mesures plus dures sont difficiles à prendre et à entendre mais elles seront nécessaires", estime Emmanuel André

Les hospitalisations et les contaminations poursuivent leur hausse. Depuis une dizaine de jours, le pourcentage d’augmentation de la moyenne des cas détectés continue de grimper. On est passé de 11% le samedi 13 mars à 42% ce lundi 22 mars. La tendance de l’épidémie de coronavirus en Belgique est très clairement mauvaise. QR l’actu fait le point sur la situation sanitaire avec Emmanuel André, microbiologiste à la KULeuven et Dimitri Van der Linden, infectiologue pédiatre aux cliniques universitaires Saint-Luc.

La faute à l’école ?

Lors du dernier comité de concertation vendredi dernier, l’école a été pointée du doigt. Le Premier ministre a d’ailleurs demandé aux ministres de l’enseignement de mettre en place des mesures supplémentaires pour enrayer l’épidémie dans les établissements scolaires. Un discours qui a fait bondir dans le milieu enseignants. Pourtant, force est de constater que les écoles sont pour le moment assez touchées.

44 établissements sont actuellement fermés sur les 2700 que compte la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cela peut sembler peu en chiffre absolu mais en une semaine ces fermetures ont tout de même augmenté de 60%. Alors faut-il envisager la fermeture des écoles ? Pour Dimitri Van der Linden, le dernier Codeco lui a laissé un goût amer : "On a eu l’impression en écoutant le dernier comité de concertation que l’on faisait porter tout le poids de cette épidémie sur les écoles et les enfants. Or, il y a le reste de la société, les entreprises et aussi nos contacts personnels jouent également un rôle important dans cette crise sanitaire. On peut envisager de refermer les écoles si cela fait partie d’un effort collectif. Mais refermer les écoles en laissant les autres secteurs ouverts, c’est pour moi inacceptable".

Bientôt un nouveau comité de concertation ?

Le dernier comité de concertation de vendredi dernier a été avancé d’une semaine et pour beaucoup, c’était le signe d’un serrage de vis. Pourtant, au final, pratiquement aucune mesure n’a été prise.

Le Codeco a-t-il été trop frileux ?

Pour Emmanuel André, le Codeco était particulièrement difficile : "Le Codeco est resté campé sur un calendrier de déconfinement défendu par des partis politiques mais aussi de multiples groupes d’intérêts. Il fallait des mesures rapides et claires et on a loupé le coche. Il faudra un nouveau comité de concertation assez rapidement parce qu’on est à un stade de l’épidémie où c’est en train de décrocher. Les chiffres décollent. Chaque jour qui passe est un jour de retard sur les décisions qui devront être mises en œuvre."

Faut-il envisager un durcissement des mesures ?

A entendre Emmanuel André, il y a clairement un déséquilibre entre nos comportements, les règles à suivre et la dynamique du virus : "On va devoir aller vers des mesures plus larges si on veut pouvoir contrôler l’accélération des contaminations. Contrôler c’est faire en sorte que le phénomène soit le moins haut possible et le plus court possible. On a bien vu lors de la deuxième vague, que les mesures prises ont été trop tardives avec pour conséquence des chiffres très hauts et une deuxième plus longue également dans le temps. Pour le moment on a perdu le contrôle de l’épidémie parce que les mesures que nous devrions prendre sont difficiles à prendre et difficilement supportables pour les citoyens. On a mis énormément de pression sur les mesures. Elles sont difficiles à prendre et à entendre mais elles seront nécessaires".

Un nouveau confinement pendant trois semaines ?

Il y avait sur la table un plan B qui prévoyait un couvre-feu plus dur, la fermeture des centres commerciaux, des métiers de contacts mais l’option n’a pas été prise la semaine dernière.

Pour Dimitri Van Der Linden, la priorité reste de préserver l’école à tout prix. C’est d’ailleurs une option largement partagée notamment parmi de nombreux responsables politiques. "Si la situation dégénère, il faudra sans doute passer non pas au plan B mais au plan suivant c’est-à-dire un mini-lockdown pour passer cette période difficile et pour ainsi arriver après Pâques à relâcher comme on l’a envisagé".

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