Des experts de l'ONU appellent la Belgique à s'excuser pour les "atrocités" de la colonisation

Des experts de l'ONU appellent la Belgique à s'excuser pour les "atrocités" de la colonisation
Des experts de l'ONU appellent la Belgique à s'excuser pour les "atrocités" de la colonisation - © Tous droits réservés

Quatre hommes, Michal Balcerzak (Pologne), Ahmed Reid (Jamaïque), Sabelo Gumedze (Afrique du Sud), Ricardo A. Sunga III (Philippines) et une femme, Dominique Day (Etats-Unis). Entre le 4 et le 11 février, ils et elle ont sillonné la Belgique, de Bruxelles à Charleroi en passant par Anvers, Liège et Namur. Ces experts indépendants avaient déjà visité la Belgique en 2005 et les revoilà, à nouveau, chez nous pour "enquêter à propos du racisme, de la discrimination raciale, de l'afrophobie, de la xénophobie et des intolérances liés qui touchent les descendants africains en Belgique." Rencontres ministérielles avec tous les niveaux de pouvoir, avec également une série d'associations, des membres de la justice, la visite d'une prison (celle de Saint-Gilles), UNIA, etc. Bref, un programme chargé pour une déclaration aux médias qui l'est tout autant.

"Reconnaître l'étendue réelle de la violence et de l'injustice de son passé colonial"

Tout en reconnaissant qu'une série d'actions entreprises est très positive (rôle du secteur culturel, de certaines villes comme Liège, mise sur pied de statistiques, etc.), et avant la publication d'un rapport complet en septembre prochain, les experts estiment que la Belgique doit "reconnaître l'étendue réelle de la violence et de l'injustice de son passé colonial, pour pouvoir s'attaquer aux racines du racisme d'aujourd'hui subi par les personnes d'ascendance africaine." Le président de la Chaire du groupe de travail onusien, Michal Balcerzak, évoque la création d'un plan d'action national contre le racisme : "Nous avons découvert des preuves claires que la discrimination raciale est endémique dans les institutions en Belgique. Les personnes d'ascendance africaine font face à de la discrimination dans la jouissance des droits économiques, sociaux et culturels, en ce compris la relégation de l'enseignement général vers les filières techniques/professionnels, un déclassement dans les opportunités d'emploi et de la discrimination sur le marché immobilier.

Le rôle du roi Léopold II, un "chapitre sombre"

Pour les experts, le rôle du roi Léopold II dans la colonisation du Congo devrait être "reconnu" pour pouvoir "fermer ce chapitre sombre de l'histoire." Concernant le musée de Tervuren, les experts onusiens sont d'avis que sa réorganisation "ne va pas assez loin". On peut également lire dans cette "déclaration aux médias" un regret : l'absence de statistiques ethniques, qui sont, pour l'ONU, un outil important pour éviter "l'invisibilité sociale" : "sans ces outils, il est impossible de mesurer si les engagements pris par la Belgique sont effectivement réalisés".

C'est aussi avec une "profonde préoccupation" que les experts ont constaté un manque de représentants de descendants d'Afrique dans les mondes judiciaires, policiers, gouvernementaux, politiques. "Ces institutions ne représentent la diversité de la population belge." En 2005, la police fédérale évoquait l'existence d'un solide programme de recrutement visant la diversité. Mais "il n'existe pas de données montrant une amélioration sur les 14 dernières années".

Les six pages de cette déclaration font également référence à la nouvelle publication de "Tintin au Congo" qui aurait dû être accompagné d'éléments de contexte (ou tout simplement retirée !), le manque d'enseignement de la colonisation en primaire et en secondaire, le manque de descendants africains dans les fonctions d'enseignement dans les universités, etc.

Enfin, les experts onusiens appellent "le gouvernement à présenter des excuses pour les atrocités commises pendant la colonisation. Le droit à des réparations pour des atrocités passées n'est pas sujet à la moindre limitation."

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