Des étudiants infirmiers contraints d'allonger leur cursus à cause d'un décret de 2016

Des étudiants infirmiers contraints d'allonger leurs études à cause d'un décret de 2016
Des étudiants infirmiers contraints d'allonger leurs études à cause d'un décret de 2016 - © Tous droits réservés

La rentrée s'annonce plus compliquée que prévu pour des étudiants de certaines hautes écoles de l'enseignement paramédical en Fédération Wallonie-Bruxelles, dont le cursus est désormais passé de trois à quatre ans. Des étudiants de 2e année, inscrits sous l'ancien régime et ayant échoué en deuxième session pour des cours de 1re qu'ils avaient à repasser, se sont en effet vu refuser leur inscription en troisième année. Un problème se pose également pour des élèves qui terminent leur 3e BAC.

Des étudiants de la Haute école provinciale Hainaut Condorcet notamment s'inquiètent de la situation. "On nous refuse l'accès à la troisième car nous avons des crédits résiduels de 1ère", explique Ludivine Marchal, étudiante. "On veut nous faire recommencer depuis la première."

Des cours... qui n'existent plus

Le décret qui instaure le passage de trois à quatre ans pour les études en soins infirmiers, en vigueur depuis 2016, est tel que "ces étudiants vont devoir passer dans le cursus de quatre ans, et suivre la nouvelle formation, car les unités de cours qu'ils ont à repasser ne sont plus organisées", déclare Hubert Rémy, directeur de la catégorie paramédicale de la Haute école Condorcet.

"Des dispenses sont toutefois prévues" et les étudiants pourront passer en deuxième dans le nouveau système, assure-t-il. "Mais le souci d'un allongement d'un an de leurs études se pose effectivement." Selon lui, "toutes les hautes écoles sont concernées".

Par ailleurs, une difficulté se posait également pour des étudiants de dernière année (3e) ayant aussi échoué en deuxième session pour des crédits résiduels de première année.

"Les imprécisions du décret font que ces étudiants se voient contraints de basculer dans le nouveau régime de quatre ans... alors que celui-ci ne peut pas encore être organisé au niveau du 3e bachelier", ajoute Hubert Rémy.

La Haute école a dès lors décidé de proposer à ces étudiants-là de représenter leurs crédits manquants en janvier ou en juin prochain, "de manière à pouvoir être diplômés dans le respect des règles qui étaient les leurs au moment de leur inscription dans le cursus infirmier, soit l'ancien régime." Les douze étudiants dans cette situation seront donc réinscrits en 3e selon l'ancien système.

Un casse-tête organisationnel

"Je crois que la lecture que nous avons faite du décret est extrêmement claire", se défend Toni Bastianelli, directeur de la Haute Ecole de la Province de Liège contacté par la RTBF. "Une des questions qui se pose, c'est la transition de l'ancien système vers le nouveau", ajoute-t-il. Problème : il y a autant de parcours de formations qu'il y a d'étudiants, ce qui relève du casse-tête en matière d'organisation des cursus.

Le directeur de l'établissement liégeois précise que "le dialogue continue" avec les étudiants. Une rencontre est d'ailleurs prévue ce lundi avec eux pour faire le point. Mais, tempère-t-il, "si on n'applique pas les règles, le diplôme des étudiants ne sera pas reconnu. Mon souci c'est de ne pas conduire à une solution anormale pour nos étudiants".

"Mauvaise foi" et situation "inédite"

Les étudiants ont contacté notamment l'Unecof (Union des étudiants de la Communauté française), qui évoque de son côté un "problème d'organisation" et de la "mauvaise foi" dans le chef des hautes écoles concernées. "Des mesures transitoires pour la mise en œuvre du décret étaient prévues", rappelle sa présidente Opaline Meunier.

La FEF (Fédération des étudiants francophones) exige de son côté "une clarification des droits et obligations des étudiants via la rédaction, par le ministre de l'Enseignement supérieur, d'une circulaire interprétative", ainsi "qu'une solution pour tous les étudiants en cours de cursus, afin qu'ils ne voient pas leurs années d'études être rallongées".

A la FEF, on ajoute que "des centaines d'étudiants sont concernés". "On a eu des appels toute la matinée, autant que pour les étudiants en médecine qui ont échoué à l'examen d'entrée", assure Maxime Mori, président de la FEF contacté par la RTBF. "Chaque établissement interprète à sa sauce" ce qui relève d'une situation "inédite", ajoute-t-il.

Le ministre se dit "surpris"

Le ministre de l'Enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Claude Marcourt, se dit quant à lui "surpris" par la situation rencontrée, selon son porte-parole. "Ce texte est en vigueur depuis 2016 et a été largement concerté, notamment au sein de l'Ares (Académie de Recherche et d'Enseignement supérieur) et des dispositions transitoires ont été prévues", poursuit-il. "Il n'est pas question d'improviser maintenant en 2017."

Selon le cabinet du ministre, ces cas sont rencontrés principalement dans deux hautes écoles: la Haute école provinciale Hainaut Condorcet et la Haute école de la Province de Liège. Le directeur de cette dernière indique pour sa part que le problème est beaucoup plus vaste. 

"C'est un problème de mise en œuvre du décret", soutient le porte-parole du ministre Marcourt. "Il n'est pas acceptable de laisser des étudiants sur le carreau alors que l'information n'a pas été correctement délivrée par certains services de ces hautes écoles."

Jean-Claude Marcourt "interpelle les institutions où le problème se pose pour qu'elles réanalysent minutieusement chaque cas de manière individuelle" afin de voir quelles voies sont possibles, conclut-il.

Le courrier adressé par la Haute Ecole de la Province de Liège aux étudiants concernés

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