Des économies dans les soins de santé? "Non, plutôt de la cohérence"

Des économies dans les soins de santé? "Non, plutôt de la cohérence"
Des économies dans les soins de santé? "Non, plutôt de la cohérence" - © ANTHONY DEHEZ - BELGA

L'actualité nous le rappelle ces derniers jours : parler des soins de santé et de la sécurité sociale intéresse, interroge et clive les opinions dans notre pays.

Après les résultats de l'enquête du KCE, après les déclarations du président de la N-VA ce week-end, le directeur général de l’Union nationale des Mutualités Libres, Xavier Brennez était l'invité de Matin Première, ce mardi.

Ce dernier le précise d'emblée : les Mutualités Libérales sont des "mutualités libres, apolitiques et  indépendantes de tout parti politique et de toute obédience philosophique". Son directeur tente de le démontrer dans son analyse.

Le sujet du jour est l'étude du centre fédéral d'expertise (KCE) à propos des soins de santé en Belgique. Les résultats montrent que les Belges sont plutôt satisfaits du système de soins en vigueur dans le pays. Xavier Brennez souligne cependant : "Il reste des points noirs. Le système de santé est bon, mais 'peut mieux faire'."

Améliorer un système déjà performant

"91% des citoyens très satisfaits de notre système de santé: c'est le meilleur score en Europe. Mais il faut voir les différentes mesures qu'on peut prendre pour améliorer le système." Par exemple? "Au niveau démographique, la médecine générale risque d'arriver à une pénurie. On constate la même chose en ce qui concerne les infirmiers : d'ailleurs, dans les hôpitaux, on a une corrélation forte entre le nombre d'infirmiers et celui de décès."

Si les quotas ne sont pas à remettre en cause, d'après Xavier Brennez, puisqu'ils ne sont pas atteints en médecine générale, c'est plutôt les conditions de travail qui doivent être améliorées : "Les médecins généralistes recherchent un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée; on voit ça dans toutes les études. Cela nous pousse revoir les modèles de soins et l'organisation de la médecine générale."

Dans les hôpitaux, on a une corrélation forte entre le nombre d'infirmiers et celui de décès

Un autre problème, évoqué par le directeur des Mutualités Libres, concernent la qualité de vie : "La prise d'antidépresseurs, le taux de suicides, le nombre d'internement... C'est une lame de fond, un point noir chez nous, mais aussi ailleurs. Ce sont des problèmes ancrés dans notre mode de vie. Et c'est aussi là où on sous-investit."

"C'est aussi la prévention du risque de burn-out. Il faut éviter la médicalisation à outrance et régler les problèmes en amont."

Des économies ?

Notre système est-il trop cher? "Non, affirme Xavier Brennez, on est dans la moyenne européenne : 2300 euros par an et par personne, cela est assez raisonnable par rapport à d'autres pays, vu les infrastructures et la qualité des soins."

Quant à faire des économies dans les soins de santé comme le souhaite la N-VA, le responsable des Mutualités Libres reste prudent : "Entre 2012 et 2014, on a fait plus d'un milliard d'économies dans les soins de santé. On avait une norme de croissance de 4,5% jusqu 2012, et aujourd'hui elle est passée à 1,5% ... Et elle n'est même pas appliquée puisqu'on aura une croissance autorisée de 1%."

Mais, estime Xavier Brennez, cela peut aller encore mieux. "Quand on voit la variabilité des soins entre prestataires, ou entre régions, on peut améliorer les choses..."

Délégations de certains actes vers des paramédicaux, diminution de la surconsommation de médicaments (antidépresseurs, antibiotiques...), rationalisation de l'offre de matériel lourd, supprimer les attestations de soins et rembourser immédiatement les patients, s'orienter, dans l'assurance complémentaire, vers les besoins prioritaires (pas de remboursement de camps scouts ou de primes de naissance par exemple)... autant de pistes qui pourraient être explorées.

"On ne pourra pas faire d'économies dans les mutualités en complexifiant le système. On a onze ministres de la Santé, les matières qui seront gérées par les régions, elles seront gérées de quatre manières différentes. Il faut aussi avoir de la cohérence."