Des chercheurs mettent la téléphonie mobile au service de la cartographie

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Depuis plusieurs années, les entreprises de navigation telles que TomTom utilisent les données GPS de leurs clients pour localiser les embouteillages en temps réel. Cette fois, ce sont des chercheurs belges de l’ULB et de l’UCL qui ont créé le premier système de cartographie dynamique de la population utilisant, non pas les satellites GPS, mais les données de téléphonie mobile (GSM). Un outil efficace destiné à étudier les déplacements de population, notamment dans les pays en voie de développement dont les données de population sont lacunaires, voire inexistantes.

Une vidéo présentée sur Youtube permet d’apprécier le travail réalisé sur base de la cartographie française. Les images montrent précisément les transhumances du week-end, le grossissement de la population le long des côtes en été et même les lieux (parcs d’attractions, aéroports, monuments remarquables) qui, à Paris, conservent une attractivité importante malgré les départs en vacances. Le même exercice a également été réalisé pour le Portugal, mais pas encore pour la Belgique.

Ces cartes de distribution de la population permettent, entre autres, d’évaluer l’impact de catastrophes naturelles, de conflits ou d’épidémies. Un exemple tragique sera, après un tsunami, de déterminer avec précision le nombre de personnes présentes sur les lieux au moment de la catastrophe. Une autre application pratique pourrait être l’analyse de la mobilité dans le secteur touristique en pointant les zones les moins attractives.

La seule condition, explique Catherine Linard, spécialisée en Lutte Biologique et Ecologie Spatiale de l’ULB, est d’obtenir l’aide des opérateurs téléphoniques.

Publiée dans la revue PNAS du 27 Octobre 2014, l’étude montre que les données de téléphonie mobile anonymisées, peuvent produire des cartes précises sur la distribution de la population à l'échelle nationale pour une période choisie.

La méthode peut être particulièrement utile dans les pays en voie de développement, où les données de recensement sont rares, obsolètes ou peu fiables. Elle peut aussi servir à estimer les variations temporelles de la densité de population, à l'échelle de la journée, de la semaine ou du mois et donc générer des cartes de mobilité humaine.

Situation d'urgence et catastrophes naturelles

Catherine Linard, qui a réalisé l’étude avec Pierre Deville de Ecole Polytechnique de Louvain (EPL), précise qu’il ne s’agit pas d’assurer le suivi démographique en temps réel, mais de produire rapidement des cartes précises. "L’objectif est de développer une méthode applicable dans les pays en voie de développement et lors de situations d’urgence, comme une épidémie ou une catastrophe naturelle. Et cela, même lorsque les recensements nationaux font défaut." La précision de l’information est d’autant plus grande que le taux de pénétration du mobile dans les pays de voie de développement approche les 90% (70% pour l’’Afrique).

Les résultats peuvent encore être affinés en pondérant certaines données, comme des zones plus pauvres dont on sait que le nombre des abonnés au mobile est moindre que dans d’autres régions réputées plus riches. De manière générale la précision des données croît avec la densité des antennes GSM.

Projet Open source

Ce travail de recherche universitaire est un projet open source qui s’intègre dans une plate-forme plus large de cartographie des populations nommé Worldpop. Un projet à l’origine basé sur des données de recensement et qui maintenant pourra recourir aux données téléphoniques.

Selon Catherine Linard, une fois l’accord des opérateurs téléphonique obtenu, il faut moins d’une heure de calcul pour confectionner une cartographie de la France sur 6 mois présentant une carte par jour. Des développements sont actuellement en cours en Namibie.

Jean-Claude Verset

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