Dès ce dimanche 1er août, la prime "Corona" peut être versée aux travailleurs, certains employeurs la critiquent

C’est l’une des mesures mises en avant par le gouvernement dans la foulée des négociations entre patrons et syndicats pour un accord professionnel. Les partenaires sociaux ne s’étaient pas entendus sur une norme salariale qui aurait permis, comme l’auraient voulu les syndicats, d’accorder des augmentations de salaires dans les secteurs d’activité ayant mieux résisté à la crise.

Le gouvernement avait tranché, accordant aux secteurs ou aux entreprises qui peuvent se le permettre le droit d’octroyer à leur personnel une prime unique de maximum 500 euros. Dès le 1er août, cette prime peut être versée aux travailleurs.

Mais certains employeurs qui accorderont cette prime auraient préféré pouvoir cibler les travailleurs les plus méritants plutôt que de devoir la donner à tout le personnel.

500 euros maximum pour booster le pouvoir d’achat des travailleurs et doper l’économie

Les entreprises qui ont engrangé de bons résultats pendant la crise engendrée par le Coronavirus ont donc la possibilité d’octroyer à leurs travailleurs, dès le 1er août 2021, une prime "Corona". Il s’agit d’une prime unique, d’un montant de 500 euros maximum. Elle est versée sous la forme d’un chèque consommation. Les entreprises qui souhaitent accorder cet avantage à leur personnel ont jusqu’au 31 décembre 2021 pour le faire.

Les travailleurs qui recevront ce chèque auront jusqu’à la fin de l’année 2022 pour le dépenser. Par cette mesure, le gouvernement entend augmenter le pouvoir d’achat des salariés et donner un coup de pouce à l’économie en relançant la consommation des ménages. "La prime Corona peut-être dépensée dans un réseau très large. A part dans les webshops, dans le commerce online, elle peut-être dépensée dans tous les magasins physiques, les restaurants, les coiffeurs, les salons de beauté, les saunas, les tatoueurs etc", explique Olivier Bouquet, président de VIA, la fédération des émetteurs de chèques consommation.

Les entreprises ne sont pas obligées d’accorder la prime "Corona" à leurs travailleurs. Selon la décision du gouvernement, la mesure est destinée aux entreprises qui ont réalisé "de bons résultats", sans que le gouvernement ait jugé nécessaire de préciser ce qu’il faut entendre par là. C’est donc aux entreprises de décider d’octroyer la prime ou non en fonction de l’état de leurs finances. 500 euros sont un maximum. Certaines entreprises verseront peut-être moins. Pour le travailleur, le montant perçu est net d’impôts.

Plusieurs patrons auraient préféré privilégier une partie des travailleurs

Si une entreprise, en fonction de ses "bons résultats" financiers décide d’octroyer une prime "Corona" à son personnel, elle doit le faire pour tous ses salariés. Et ça, pour plusieurs patrons, ce n’est pas une bonne idée. 25 grands patrons belges, par exemple ceux d’Adecco, de BNP Paribas Fortis, de Mercedes, ont cosigné une lettre ouverte au gouvernement pour s’en expliquer. Ils voudraient plus de flexibilité, comme on a pu le lire ou l’entendre dans le Tijd, l’Echo et Radio 1.

Marc Noppen, le directeur de l’UZ Brussel, l’un des grands hôpitaux bruxellois fait aussi partie des cosignataires de cette lettre ouverte. Son hôpital emploie environ 4500 personnes. Il accordera la prime mais regrette qu’elle doive être accordée collectivement. "On trouve dommage qu’on ait raté une occasion de donner plus de flexibilité aux employeurs", explique-t-il. Il voudrait pouvoir donner plus à certaines équipes. "Pendant des mois, on a dû changer l’organisation de l’hôpital. Pendant des semaines, il était interdit de donner des soins non-covid parce que la polyclinique était fermée. Donc, il y a des gens qui ont dû rester à la maison ou à qui on a dû donner un autre job", explique Marc Noppen, directeur de l’UZ Brussel. "L’autre moitié de l’hôpital, ils ont bossé comme des fous, 7 jours sur 7, n’ont pas pu prendre de vacances. Et donc dans ce groupe-là, on se demande pourquoi les autres reçoivent la prime alors que c’est nous qui avons travaillé", poursuit Marc Noppen. Pour lui, avoir la liberté de payer une plus grosse prime à certains individus ou à certaines équipes aurait été mieux. "C’est peut-être parfois arbitraire, ce n’est pas la coutume ici, mais sur le plan humain et sur le plan de la récompense, c’est une meilleure idée", ajoute le directeur de l’hôpital.

Marc Noppen revient sur l’exemple de la prime accordée au personnel soignant pour les efforts fournis pendant la crise du covid. Là aussi, cette prime a été accordée collectivement. Selon le Directeur de l’UZ Brussel, des infirmiers ont voulu renoncer à leur prime, l’estimant indue. "Des infirmiers sont venus dans mon bureau pour me demander s’il serait possible de donner leur prime à des collègues qui ont bossé aux soins intensifs, aux urgences et au service Covid, pendant que, eux, étaient sans emploi pendant deux mois, parce que la polyclinique était fermée", explique Marc Noppen. "C’est ça, la solidarité", estime le directeur de l’UZ Brussel. Pour ce dernier, la prime "Corona" "va coûter beaucoup d’argent et l’effet qu’on veut obtenir, c’est-à-dire récompenser, je crains qu’on ne l’atteindra pas", conclut le directeur.

Du côté de la Fédération des émetteurs de chèques consommation, on ne partage pas ce point de vue. "Le gouvernement a décidé que ce sont les sociétés qui ont bien fonctionné pendant la crise qui peuvent l’octroyer à leurs salariés, en considérant que les résultats d’une société, c’est le résultat de l’effort de chaque salarié, donc un avantage collectif", rappelle Olivier Bouquet, président de VIA, la Fédération des émetteurs de chèques consommation. Pour lui, privilégier au sein d’une entreprise certains salariés, "cela prendrait beaucoup plus de temps". Donner la même chose à tous les travailleurs de l’entreprise, "c’est plus simple pour relancer l’économie à court terme", ajoute Olivier Bouquet.

Les sociétés émettrices de chèques consommation s’attendent à ce que 1 entreprise belge sur 4 octroie cette prime à ses travailleurs.

Journal télévisé du 1/08/2021

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