Des cancers liés aux pesticides à Fernelmont? Où en est-on cinq ans plus tard?

C’était en 2016. A Fernelmont, et plus particulièrement dans trois rues de Cortil-Wodon, une de ses entités, 9 cancers sont détectés. Chez des adultes de moins de 60 ans, mais aussi des adolescents. Une habitante du village, Marie-Thérèse Gillet, alerte les autorités. Selon elle, ces cancers seraient dus à une exposition élevée aux pesticides. Car beaucoup d’habitations, et une école, jouxtent des champs.

L’inquiétude gagne du terrain, une étude est commandée. Réponse des experts : il n’y a pas plus de cancers à Fernelmont qu’ailleurs en Wallonie. Mais les riverains, et des médecins généralistes de la commune, estiment que cette étude ne répond pas à toutes leurs interrogations, et qu’il faut aller plus loin.

Pascale Javaux, échevine en charge de la Santé de Fernelmont, mais aussi infirmière cheffe de service et responsable des soins oncologiques à l’hôpital Erasme, précise : à cette époque, si la population a estimé que l’étude était mal faite, "les médecins généralistes, de leur côté, ont estimé que l’échantillonnage sur une seule rue était impossible pour mettre en évidence un risque élevé à une pulvérisation dans les champs. Bien sûr qu’il faut aller plus loin ! Cette première étude, faite par l’AVIQ (Agence pour une vie de qualité) était statistique, elle reprenait les données qu’on avait à l’époque.

Les études devraient être beaucoup plus poussées

Cela dit, mon opinion personnelle c’est que tous les pesticides sont mauvais pour la santé, et le problème c’est que nous en trouvons partout : dans les champs pulvérisés, mais tout autant dans l’alimentation et dans les usages domestiques. Et si nous avons une connaissance des molécules, nous n’avons pas connaissance des effets cocktail, et à long terme. Les études devraient être beaucoup plus poussées".

 

Précisément : des chercheurs du CHU de Tours, en France, viennent de prouver le lien entre l’exposition aux pesticides et le risque pour les agriculteurs de développer une leucémie. Ils ont analysé les données scientifiques des 75 dernières années. Et pour le professeur Olivier Hérault, en charge de l’étude, ces résultats peuvent aussi nous éclairer sur l’impact des pesticides sur les habitants exposés à de fortes doses.

Leucémies

Plus de 50% de leucémies, avec les agriculteurs le plus exposés, tandis que les riverains peuvent également en pâtir, après une exposition prolongée d’au moins 10 ans.


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"Je ne suis pas médecin", répond Pascale Javaux, "mais je pense que le risque leucémie a été mis en évidence. Et je pense aussi qu’on ne parle pas assez d’un autre risque, qui est le risque neurologique : on voit beaucoup d’atteintes neurologiques et de maladies de Parkinson chez les agriculteurs. je suis persuadée qu’il y a un risque pour la santé, mais il faut le relativiser, insiste-t-elle, interrogée par Elisabeth Groutars.

Deuxième étude

La deuxième étude qui a été faite à Fernelmont par l’ISSeP (Institut scientifique de santé publique) a démontré que la plus forte concentration se trouve dans les 20 premiers mètres au-delà du champ pulvérisé. D’où l’importance de créer des zones tampons, d’avoir des moyens de protection comme des haies, de type miscanthus, en bordure des champs cultivés.

Et Pascale Javaux de préciser que la commune a pris de telles mesures : "des haies ont été plantées, des arbres, derrière l’école incriminée on a un écran de miscanthus et des haies. Et, contrairement à ce que dit Marie-Thérèse Gillet, note encore l’échevine, depuis plus d’un an, dans tous nos permis d’urbanisme, nous imposons des haies, nous informons qu’il y a des charges d’urbanisme. Pour revenir à l’école, il y a des haies, un mur, des paravents, des contrôles sont effectués, nous avons intensifié le nettoyage, cette école fonctionne très très bien et la population ne s’en plaint pas".

Le risque lié aux pesticides n’est pas dû qu’à la pulvérisation

Inquiète face aux résultats des capteurs qui ont montré qu’il y avait des substances jusque dans les classes ? "C’est inquiétant au même niveau que les constats au niveau de la population générale : on a retrouvé dans les urines des enfants des villes autant de pesticides que dans les urines des enfants de zones plus rurales ; Alors forcément le risque lié aux pesticides n’est pas dû qu’à la pulvérisation des champs derrière".

Et Pascale Javaux souligne croire beaucoup à la relation de confiance nouée avec les agriculteurs et l’évolution des pratiques agricoles.

En revanche, elle ne pense pas qu’on puisse passer du jour au lendemain au zéro pesticide, "sous peine de perdre l’activité agricole : nous ne voulons pas à Fernelmont, comme ailleurs, perdre notre caractère de commune rurale. Mais la problématique dans son ensemble dépasse l’échelon communal", conclut-elle. "Notre société produit de très nombreux risques pour la santé, c’est l’évolution de notre société : il y a maintenant une grosse prise de conscience".

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