Des antispécistes "libèrent" des lapins: vol pour les uns, sauvetage pour les autres

Le rendez-vous nous a été donné sur un parking, loin de tous les regards. Il est aux environs de minuit et quelques activistes sont déjà là. Ils portent tous des vêtements noirs. Leur visage est dissimulé par une cagoule. Dans le coffre de leurs voitures, il y a plusieurs cartons dans lesquels ils ont fait des trous d’aération. Ils leur serviront à emporter leur butin : des lapins d’un élevage tout proche. Pour la justice, il s’agit donc d’un vol. Mais pour ces activistes, il s’agit d’un sauvetage puisque ces animaux sont voués à la consommation.

L’une des activistes accepte d’expliquer leur motivation : "Ce n’est pas du vol. Nous, on considère vraiment que les animaux, ce ne sont pas des objets et c’est justement ça qu’on revendique. On n’est pas des voleurs, on ne se considère pas comme des criminels, au contraire". Mais ils savent qu’ils risquent gros : une peine de prison d’un mois à cinq ans, ainsi qu’une amende pouvant aller jusqu’à 3000 euros ou une peine de travail qui peut aller jusqu’à 300 heures. C’est lourd. Mais ces activistes assument : "Oui, c’est lourd. Mais 300 heures, c’est quoi, à côté de toute une vie en cage ?"

Avant de partir vers l’élevage, des dernières consignes sont données : dissimuler la plaque de la voiture, agir dans le plus grand silence et aller vite, très vite.

A l’intérieur de l’élevage

Les activistes ont filmé leur action dans l’élevage de lapins et ont posté la vidéo sur un site web. On peut y voir que tout va très vite. Il faut dire que plusieurs activistes avaient minutieusement repéré les lieux. En quelques minutes à peine, ils placent une bonne centaine de lapins dans des cartons préparés à cet effet. Dans un coin, on remarque des cadavres de lapins. Puis chaque voiture s’en va dans différentes directions. Ils veulent emmener les lapins le plus vite possible et le plus loin possible.

Réactions des professionnels

Nous avons réussi à trouver l’éleveur qui a été la cible de ces activistes. Il ne souhaite pas s’exprimer publiquement. Mais par téléphone, il nous a expliqué que le préjudice s’élevait pour lui aux environs de 2000 euros. Mais s’il est fâché, c’est surtout parce qu’il a beaucoup investi dans son élevage pour le bien-être des animaux. D’ailleurs, la Belgique est un des pays le plus strict en la matière. Du coup, la production y est plus coûteuse. Comme l’explique Catherine Colot, chargée de mission aviculture-cuniculture auprès du collège des producteurs : "Au niveau du marché belge, on a un problème d’avoir un coût de production plus élevé et d’avoir, du coup, des prix très peu rémunérateurs pour les éleveurs"

Nous leur avons aussi demandé pourquoi il y avait des cadavres de lapins. L’éleveur nous a expliqué que le taux de mortalité est toujours plus élevé en période de sevrage. Et la fédération insiste : tous les éleveurs essaient de diminuer la mortalité au maximum. Ce type d’action, selon elle, leur porte un sacré coup au moral : "Les éleveurs sont démoralisés, ils ont besoin d’être soutenus, c’est un métier qu’on est en train de saccager"

Et après ?

L’éleveur a porté plainte auprès de la police. Quant aux activistes, ils ont réparti les lapins dans différentes familles d’accueil. Sont-ils prêts à de nouvelles actions ? On l’ignore. Ils n’étaient en tout cas pas à leur coup d’essai. Selon le collège des producteurs, il y aurait déjà eu, au moins, quatre actions de ce type cette année en Belgique.

Archives : Journal télévisé du 21/07/2018

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