Rudy Demotte (PS): "L'Union européenne s'assied sur ses cloques"

Rudy Demotte (PS)
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Rudy Demotte (PS) - © RTBF

C’est bientôt la rentrée pour les écoliers, ça l’est déjà pour le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Son ministre-président, le Tournaisien Rudy Demotte, a passé des vacances agitées : la volonté du gouvernement fédéral, portée par le secrétaire d’Etat N-VA Theo Francken, d’accueillir plusieurs centaines de demandeurs d’asile dans une caserne tournaisienne a gâché son été. Invité de Matin Première, Rudy Demotte réaffirme vouloir "des conditions de qualité, humaines, respectueuses du drame que vivent ces personnes". "Tournai fera sa part de l’effort", dit-il.

Lundi soir, Theo Francken suggérait, en plus, que chaque commune du Royaume accueille une famille de réfugiés.

"Politiques néoconservatrices"

"La démonstration", dit Rudy Demotte, "que la question de la répartition est une question légitime". En outre, ajoute-t-il, "en picard, qui est ma langue vernaculaire, je dirais qu’on s’assied sur ses cloques. L’Union européenne a mené une politique internationale pas assez prédictive. Lui-même faisant une politique néoconservatrice, on a suscité parfois des oppositions, dans les pays, entre communautés, parfois soutenu des guerres. Nous en payons aujourd’hui le prix."

Sa double casquette de bourgmestre empêché et de ministre-président a pu, dans ces discussions, lui être reprochée. Il ne s’empêchera pas pour autant d’intervenir sur des questions locales. "En tant que citoyen, ces débats sont légitimes, donc je m’exprime. Il n’y a pas de cumul, donc, pour moi, c’est un débat secondaire."

"Une approche de libre-examen"

L'autre rentrée, la vraie, celle des écoliers, est marquée cette année par l’introduction dans le réseau officiel de l’encadrement pédagogique alternatif. Un cours qui répond "au besoin de se saisir de thèmes comme l’ouverture, la citoyenneté, l’apprentissage de la différence. Un marchepied de ce qui va venir sur les cours de philosophie". "L’idée", répète Rudy Demotte, "est une approche de libre-examen, des valeurs philosophiques morales neutres", "par nature non dogmatique". Pas question, donc de la "laïcité engagée" qui est celle des cours de morale laïque. "On laisse jusqu’à janvier aux écoles le temps de mettre en place ce système."

Le cours de citoyenneté, lui, sera au programme dès septembre 2016 pour le primaire, dès la rentrée suivante pour le secondaire. Un gros travail d’adaptation des programmes de l’enseignement officiel. "Une rupture par rapport au passé, un apprentissage de l’altérité", mais dont ne profitera pas le réseau libre. "Nous sommes respectueux des différences. Des enseignements sont fondés par la foi, c’est dans la Constitution. Chacun voit midi devant sa porte, et les réseaux sont libres de faire ce qu’ils entendent", ajoute le ministre-président francophone.

La Fédération Wallonie-Bruxelles doit se choisir des priorités, pour boucler un pacte d’excellence pour l’enseignement francophone. Pour le socialiste picard, "la priorité des priorité", à la fois cruciale en matière "d’épanouissement personnel et d’insertion , c’est l’accrochage scolaire, car on sent que les différences conduisent à l’exclusion socioprofessionnelle".

Allonger le tronc commun

L’obligation scolaire à trois ans part d’un "constat juste" : plus tôt on entre à l’école, moins on a de difficultés à s’accrocher aux meilleurs. Mais, pour cela, "il faudrait trouver les moyens de financement, ce qui passe par le calcul des clés élèves, du ressort du fédéral".

L’allongement du tronc commun est une revendication légitime selon Rudy Demotte dès lors que "les pays dans lesquels on a des taux d’échec moindres sont des pays dans lesquels il y a de plus longues périodes de tronc commun". La volonté d’avoir des approches plus spécifiques n’est pas pour autant illégitime, mais, insiste le ministre-président, "on doit avoir un dialogue avec le monde enseignant pour le convaincre de l’utilité d’un tronc commun". Le gouvernement s'y prépare, le monde enseignant également.  

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