Délestage: la Belgique se prépare à vivre sans courant

Imaginons des températures bien en-dessous de zéro. Pas un souffle de vent et pas un rayon de soleil. La consommation d'énergie qui grimpe, et pas un Watt de courant produit par des sources alternatives. Cette hypothèse météorologique pessimiste fait partie de tous les scénarios que les autorités fédérales évaluent pour le moment dans la perspective d'un possible manque d'électricité pour l'hiver prochain.  Même si nous pouvons désormais compter sur une réserve stratégique de 850 Mégawatts en provenance des centrales au gaz de Seraing et de Vilvorde. Même si nous pouvons tabler sur l'importation potentielle de 2800 Mégawatts, au centre de crise du Ministère de l'Intérieur, l'hypothèse d'un manque d'électricité n'est pas rejetée. Si la centrale nucléaire de Doel 4 devait reprendre ses activités en décembre comme prévu, les scénarios les plus pessimistes tablent sur 5 à 29 heures sans courant.  Si d'aventure Doel 4 ne devait pas redémarrer, nous pourrions passer au total 116 heures à nous éclairer à la bougie. Précision importante, chaque période de coupure ne devrait pas excéder quelques heures et serait donc limitée géographiquement.

Dès novembre, ouverture de la chasse au gaspi!

Même s'ils imaginent le pire, les ministères de l'Intérieur, de l'Energie et de l'Economie osent croire que nous n'irons pas jusqu'à devoir couper le courant. Début novembre, les quatre ministres de l'Energie - fédéral, wallon, bruxellois et flamand lanceront une grande campagne de sensibilisation aux réductions de consommation de courant. Tous le monde sera concerné, du simple citoyen dans ses actes de la vie quotidienne, aux grandes entreprises gourmandes en énergie. Plusieurs d'entre-elles ont marqué leur accord pour participer activement à cette opération de réduction de la consommation.

Un indicateur de risque de pénurie

En pratique, l'idée serait la suivante: la consommation d'électricité de la Belgique serait affichée en permanence dans une couleur - vert, orange ou noir - indiquant le risque de pénurie. Si un risque apparaît, nous serions donc tous invités à appliquer les consignes pour réduire notre consommation. La Belgique s'inspire ainsi de l'exemple japonais, qui doit régulièrement gérer ce genre de situation. A titre d'exemple, notons que si l'on éteint l'éclairage de toutes les autoroutes belges, ce ne sont que 14 Mégawatts qui sont épargnés.  Bref, si nécessaire, il faudra tous s'y mettre!

 

En dernier recours, le délestage

Jusqu'au 31 mars prochain, tous les jours, les regards se tourneront à 17 heures vers Elia. C'est à cette heure-là, une fois les échanges quotidiens sur les marchés de l'électricité clôturés, que le gestionnaire du réseau d'électricité pourra, en fonction de la météo, évaluer un risque de manque d'approvisionnement en électricité. A 19 heures au plus tard, une décision de coupure de courant pourrait donc être annoncée pour le lendemain.  Le scénario le plus confortable table sur une période de sept jours pour se préparer.  Les prévisions météorologiques sont peu fiables au-delà.  Elia devrait donc pouvoir évaluer un risque potentiel de manque de courant une semaine à l'avance. Ce risque serait réévalué jour après jour, en fonction de l'évolution des prévisions météo et de l'électricité épargnée si tout le monde suit les consignes d'économie.  On ne peut, pour autant,  écarter l'hypothèse de la nécessité urgente de couper le courant. Quoiqu'il arrive, toute coupure sera toujours annoncée la veille (les réserves stratégiques seront activées dans l'intervalle) à 19 heures au plus tard.  Le centre de crise se conformera alors au plan de délestage tel qu'il a déjà été défini.  La Belgique a été divisée en zones en fonction de l'impact plus ou moins grand d'une coupure de courant (voir carte sur http://economie.fgov.be/fr/penurie_electricite/plan-delestage/tranche_commune/ ).  Il y a 6 zones A, qui sont concernées en priorité par le délestage. L'arrêt de la distribution d'électricité dans chaque zone représente une économie de 500 Mégawatts.  Même si elles envisagent le pire, les autorités fédérales positivent: les coupures ne dépasseront pas quelques heures, s'il y en a. En moyenne, il y a quotidiennement 28 coupures de courant en Belgique nous dit-on. Sans provoquer de catastrophe....

Benoît Moulin

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