Délégation soudanaise: Jan Jambon confirme le soutien du gouvernement envers Theo Francken

Jan Jambon
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Jan Jambon - © DIRK WAEM - BELGA

Le vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) a été amené ce jeudi devant la Chambre à donner les explications à propos de la collaboration de Theo Francken (N-VA) avec le régime dictatorial soudanais pour identifier des réfugiés du parc Maximilien.

Une polémique qui est née à peine quelques jours après que le secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration ait annoncé vouloir "nettoyer" le parc Maximilien, suscitant l'indignation sur les réseaux sociaux. Un terme qu'il a reconnu comme inapproprié au bout de quelques jours.

Une initiative qui déchaîne les passions du côté de l'opposition, mais aussi du côté des organisations de défense des droits de l'Homme. La ligne de défense du gouvernement, tenue par plusieurs de ses représentants, est de dire que rien d'illégal n'a été fait. Et de fermement soutenir la politique d'asile du secrétaire d'État N-VA.

Après une dizaine de questions orales, Jan Jambon a pris la parole et confirmé son soutien, ainsi que celui du gouvernement, à la politique migratoire de Theo Francken.

L'opposition est remontée

Les députés se sont succédés au pupitre pour rappeler les conventions internationales en vigueur, sur l'aspect anti-démocratique de la procédure et ont demandé des éclaircissements sur l'accord entre notre pays et le régime dictatorial soudanais.

Premier à prendre la parole lors des questions orales, Wouter De Vriendt (Ecolo-Groen) s'est indigné de l'opération de "coopération" entre Theo Francken et les autorités soudanaises, y voyant une menace à notre démocratie : il a demandé que les agents soudanais retournent dans leurs pays. Il a également rappelé la position de Groen concernant l'image du secrétaire d'État N-VA en uniforme nazi, auquel le parti vert flamand n'adhère pas.

Dans la même veine, Julie Fernandez Fernandez (PS) s'est plus longuement et vivement indignée de la situation, et a demandé quelle était l'implication des services de renseignement belges dans l'opération, et s'ils s'étaient bien assurés que les services secrets soudanais n'étaient pas présents, certaines ONG affirmant le contraire. Olivier Maingain (DéFI) demande, lui, si le gouvernement va "enfin respecter la Convention de Genève" et "recadrer son secrétaire d'État à l'Asile et la Migration".

La cheffe de groupe cdH à la Chambre Catherine Fonck s'interroge, elle, sur l'existence d'un accord écrit entre le Soudan et Belgique, sur son contenu, s'il y a eu l'aval du gouvernement. Elle demande également à Jan Jambon quel a été le rôle du ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR). Raoul Hedebouw (PTB-GO!) a fait de même, et a posé la question d'une procédure similaire avec d'autres pays.

Philippe Pivin (MR) a lui évoqué de nouveaux accords internationaux sur la migration pris lors du sommet de La Vallette en 2015, qui convenaient de nouvelles coopérations avec les pays d'Afrique.

C'est lors de la montée au pupitre de l'Ecolo de Benoît Heillings que la Chambre s'est quelque peu agitée, les députés N-VA présents quittant la séance plénière en signe de protestation contre l'image de Theo Francken en uniforme nazi réalisée par Ecolo j.

Le droit national et international respectés, selon Jambon

En réponse à ces nombreuses questions, Jan Jambon a agité la menace d'une jungle de Calais en Belgique, d'où le démantèlement du parc Maximilien. "La situation dans et aux alentours du parc font l'objet d'un monitoring quotidien. Les migrants sont informés de leurs droits et obligations, ainsi que de toutes les conséquences liées à un séjour illégal dans notre pays", a-t-il ajouté.

"Entre le mois de juin et le mois de septembre, 645 personnes ont été interceptées dans le parc ou à ses abords. Les actions policières se sont concentrées au mois de septembre, où 267 personnes en séjour illégal ont été interceptées. Sur ces 267 personnes, 134 ont été emmenées en centre fermé. Cinquante-neuf mineurs non accompagnés ont fait l'objet d'une proposition d'accueil par Fedasil."

Il a également souligné la lutte réalisée contre les trafiquants d'êtres humains par les autorités.

Il est crucial que nous puissions identifier les personnes en séjour illégal présentes sur notre territoire

Concernant l'affaire soudanaise, le ministre de l'Intérieur précise que 103 Soudanais sont présents dans les centres fermés suite aux actions policières menées dans le parc Maximilien et à la gare du Nord. Insistant sur le fait que ces personnes avaient l'occasion de faire une demande d'asile, il déclare : "Un retour forcé ne peut être réalisé que sur base d'une identification précise de la personne. On a donc décidé de prendre contact avec l'ambassade du Soudan. Dans le contexte actuel, il est crucial que nous puissions identifier les personnes en séjour illégal présentes sur notre territoire. Suite à deux rencontres entre Theo Francken et l'ambassadeur soudanais en Belgique, il a été décidé de procéder à une mission d'identification. L'office des étrangers recourt régulièrement à ces missions".

Il a ainsi énuméré les différentes délégations qui se sont déjà succédées en Belgique, ainsi que les différents pays qui ont effectués des retours forcés ces dernières années vers le Soudan. Il a rappelé le partenariat entre l'UE et le Soudan, qui bénéficie de subsides européens pour la gestion de l'immigration.

"Tout cela se fait dans le respect scrupuleux du droit national et international", tenant compte des conséquences d'un éloignement en regard de l'article 3 de la CEDH, sur les traitements inhumains et dégradants.

"Je soutiens, ainsi que l'ensemble du gouvernement, la politique menée par le secrétaire d'État (à l'Asile et la migration)", conclut-il.

"Que Theo Francken soit écarté"

Les membres de l'opposition n'ont pas été convaincus par la réponse du vice-Premier. Nombre d'entre eux ont rappelé que le débat n'était pas clos, la socialiste Julie Fernandez Fernandez dénonçant le racisme et la xénophobie d'une telle procédure, suscitant le remous dans l'assemblée. Elle a demandé à ce que Theo Francken soit écarté, et "le retour d'un État de droit".

Olivier Maingain (DéFI), lui, s'est étonné à ce que la N-VA ne soit pas partie lors du passage du député MR aux questions orales, en réaction aux propos d'Hervé Hasquin, grande figure libérale, associant la situation au régime de Vichy.

Trop de ministres fédéraux absents

Siegfried Bracke (N-VA), président de la Chambre, a ouvert la séance par un rappel à l'ordre en pointant le fait que six ministres fédéraux étaient absents, en vacances ou à l'étranger, et a adressé une lettre au ministre de l'Intérieur demandant une plus grande disponibilité des membres du gouvernement, surtout en cette rentrée. Seuls trois ministres fédéraux étaient présents ce jour.

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