Déficit budgétaire: "On ne va pas accepter que le gouvernement renvoie la facture vers la population", prévient Ahmed Laaouej (PS)

Entre le PS et le gouvernement fédéral, le ton monte, et la tension devient de plus en plus palpable. Sur la table, ce sont les derniers chiffres sur le déficit budgétaire qui crispent les négociations fédérales. Selon des chiffres obtenus par La Libre, l’ardoise s’élèverait à 12 milliards d’euros pour 2020, pour un déficit de 2,5% du PIB. Jeudi, sur BX1, Ahmed Laaouej, chef de groupe PS à la Chambre, pointait du doigt le MR et la N-VA et leur "mauvaise politique économique" lors du gouvernement Michel. "La préoccupation est constante s’agissant de l’assainissement des finances publiques", expliquait-il dans Matin Première vendredi.

Le PS a fixé ses conditions : détricoter la réforme fiscale du gouvernement sortant. En face, les libéraux appellent au calme et au sang-froid. "Ce sont des mots et des slogans, par contre il y a la vérité des chiffres : 12,5 milliards d’euros, rappelle le bourgmestre de Koekelberg. Ça ne vient pas de nulle part, ce sont les conséquences néfastes d’une politique aussi injuste qu’inefficace dans le chef du gouvernement précédent." Pour Ahmed Laaouej, les coupables sont tout désignés : le tax shift "non financé", une "asphyxie sociale" avec une politique d’austérité, bref, une "très mauvaise gestion, tant sur le plan économique que budgétaire."

Le gouvernement en affaires courantes fait mieux que celui de plein exercice…

Un air de déjà entendu du côté du PS, qui attaquait le gouvernement Michel sur les mêmes points lors de la campagne des élections férales l’an dernier, ou cet automne. A chaque fois, le MR répond la même chose : il n’y a plus de gouvernement depuis un an, et aucun parti n’a voulu négocier pour conserver une force budgétaire. Même si entre temps, la croissance est remontée sous le gouvernement d’affaires courantes de Charles Michel puis Sophie Wilmès, ce qui permet à Ahmed Laaouej d’oser une petite pique : "un gouvernement en affaires courantes fait mieux que le gouvernement de plein exercice de Charles Michel…"

Pourtant, lorsque la suédoise est tombée en décembre 2018, le déficit budgétaire était de 0,7% ; l’effort était donc maîtrisé. Pour Ahmed Laaouej, le déficit s’est creusé à cause des mesures non financées du gouvernement : réductions de cotisations patronales, renvoi des charges vers les régions et les communes en définançant les zones de police et de secours, réformes des pensions, etc. "Tout cela a engendré une série de charges supplémentaires en cascade pour les communes, les régions mais aussi pour le fédéral lui-même, ce qui met la pression sur le budget", regrette Ahmed Laaouej, qui affirme encore une fois que l’on "paie la mauvaise politique économique du gouvernement Michel." Pourtant, le budget belge ne repose pas que sur le fédéral, mais aussi sur les régions, qui ont également lâché la bride des finances publiques. Et en Wallonie et à Bruxelles, cela inclut donc le PS. Ahmed Laaouej renvoie encore la balle au fédéral : "quand on voit toutes les charges qui ont été renvoyées vers les communes, qui sont adossées sur les finances régionales, ce sont les réformes fédérales qui alourdissent la facture budgétaire pour les pouvoirs locaux et les régions."

Il se trouve encore des gens pour penser qu’une politique d’austérité est la voie à suivre

Mais dans le même temps, le chef de groupe PS à la Chambre prévient qu’il "ne va pas accepter que le gouvernement renvoie la facture vers la population". Les socialistes réclament un audit de la réforme fiscale : pour mieux la détricoter ? "Nous voulons une analyse vérité", précise Ahmed Laaouej. En allant demander aux entreprises qui ont bénéficié de réduction de charges patronales de rembourser ? "Ce que l’on veut, c’est pouvoir jauger de l’inefficacité du fameux tax shift, martèle le député. Les cadeaux qui ont été faits par milliards aux grandes entreprises n’ont pas permis de créer de l’emploi, ou même de le maintenir, on l’a vu avec GSK." GSK qui a pourtant aussi bénéficié d’aides wallonnes, d’un gouvernement dans lequel le PS était présent.

Le PS va donc fixer de nouvelles exigences, en voulant s’attaquer aux niches fiscales dont bénéficient. "Il se trouve encore des gens pour penser qu’une politique d’austérité et de compression des dépenses publiques, en allouant des cadeaux par milliards aux grandes entreprises est la voie à suivre, regrette Ahmed Laaouej. Cette politique a montré toute son efficacité." Dans le même temps, le PS veut relever les pensions et augmenter les salaires, arguant qu’une "économie marche sur deux jambes" et qu’il faut donc "soutenir la demande intérieure." Selon Ahmed Laaouej, ce n’est pas ce qu’a défendu le gouvernement précédent : "le tax shift a été une diminution de l’IPP (impôt sur le revenu) mais une augmentation massive des taxes sur la consommation ; le gouvernement a donné d’une main puis a repris de l’autre." Sur un autre volet, le chef de groupe PS dénonce l’augmentation de la part des revenus du capital.


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Dans un communiqué, le PS accuse l’ex ministre des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA), d’avoir menti sur les recettes… pourtant, c’est Sophie Wilmès (MR) qui était alors ministre du Budget. "Je n’accable pas Mme Wilmès, tempère Ahmed Laaouej. Le ministre des Finances est venu asséner des contre-vérités à la tribune du parlement, sur l’état des recettes et des résultats en matière de lutte contre la fraude fiscale et a vraiment trompé le parlement". Et le député de faire allusion au confédéralisme voulu par la N-VA : "je crois qu’il se trouve des gens qui veulent la fin du pays et que ça arrange peut-être de pouvoir créer un chaos budgétaire." Des propos qui ne risquent pas de calmer le jeu, en pleines négociations fédérales.

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