Défense : la ministre Dedonder affirme ne pas avoir demandé le départ de Philippe Boucké, le patron du SGRS

Débat tendu au Parlement au sein de la commission de la Défense convoquée à la suite du départ du général major Philippe Boucké de la direction du SGRS, le service de renseignement de la Défense. L’opposition a mis clairement en doute la version présentée par Ludivine Dedonder, la ministre de la Défense selon laquelle celle-ci n’aurait pas réclamé la tête du patron du SGRS. Pour Théo Francken, la version de la ministre est totalement contradictoire avec celle des deux généraux présents à son cabinet : "la ministre a communiqué elle-même sa décision au général Boucké, indique le CHOD, le chef de la Défense, donc tant les affirmations de l’intéressé que celles du CHOD vont totalement à l’encontre de votre version des faits. Moi je n’étais pas présent, mais c’est du jamais vu ! Nous avons donc les deux principaux généraux de l’armée qui tiennent un discours totalement différent de la ministre".

Le débat s’est centré sur le timing dans lequel la décision de changer Philippe Boucké d’affectation a été prise. Car officiellement il n’est jamais question de "limogeage" dans les propos de la ministre. Pour cette dernière, tout a basculé au lendemain de l’audition à la chambre du patron du SGRS, c’était le mercredi 14 juillet.

Une prestation publique en décalage avec son attitude durant la crise

Au cours de cette audition, Philippe Boucké face aux députés, s’est montré convaincant laissant une impression plutôt positive quant à sa volonté de procéder aux changements utiles au sein de son service après l’affaire Conings. Une appréciation semblant partagée par la ministre qui a suivi l’audition depuis son cabinet mais qui ajoute en séance ce commentaire qui laisse poindre une certaine perplexité : "j’ai entendu le général Boucké s’exprimer sur les faits et sur l’avenir avec une détermination que je n’avais, depuis le début de l’affaire et jusque-là, pas ressentie. J’en étais positivement étonnée".

Faut-il comprendre que Philippe Boucké n’a pas eu le même comportement lorsqu’il a fallu gérer la crise de l’affaire Conings avec le cabinet Dedonder? Peu de doutes là-dessus lorsque la ministre précise face aux députés : "il y a donc eu une différence marquée entre l’attitude affichée au Parlement et celle qui m’a été donnée à voir au cours de nos entretiens".

Revirement inattendu du principal intéressé après son audition

Et la ministre Dedonder d’affirmer avoir observé cette détermination nouvelle manifestée face aux députés le 14 juillet 

Quelle ne fut pas ma surprise

et ne pas avoir compris par la suite le revirement d’attitude qui va suivre cette prestation publique: "quelle ne fut pas ma surprise, le soir même lorsque le chef de la Défense (CHOD), Michel Hofman m’a contacté pour me faire part de sa conversation avec le général Boucké à l’issue de la commission et m’informant que celui-ci ne souhaitait pas poursuivre sa collaboration à la tête du SGRS".

Ce souhait formulé aurait provoqué la rencontre qui a suivi au cabinet de la Défense entre Philippe Boucké, le CHOD et la ministre, rencontre qui va conclure à la sortie de fonction du patron du SGRS deux jours après son audition au Parlement.

Les conditions du départ de Philippe Boucké négociées

Que s’est-il dit au cours de la réunion ? Selon la ministre, au terme d’un long entretien, il fût convenu de mettre fin à la fonction de Philippe Boucké dans un climat serein au cours duquel tous se seraient mis d’accord sur les termes à utiliser dans le communiqué rendu public par la suite. Tout aurait pu en rester là si des déclarations publiques notamment sur les réseaux sociaux, n’étaient venues par la suite semer le trouble sur les conditions du départ de Philippe Boucké. Tant l’intéressé que le CHOD prenant leur distance avec une décision à laquelle ils n’auraient pas pris part.


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Plusieurs questions ont été posées par les députés en commission quant à savoir si des conflits antérieurs à l’affaire Conings n’avaient pas opposé le général major Boucké au cabinet Dedonder. Avec pour en témoigner un épisode au cours duquel Philippe Boucké aurait été privé d’une étoile supplémentaire lors d’une procédure de promotion antérieure à l'affaire Conings. Pressé de répondre la ministre a reconnu en fin d'audition que son cabinet n’avait pas donné suite à cette sollicitation de Philippe Boucké parce que le nombre d’étoiles a attribué était limité et que Philippe Boucké n’était pas en ordre utile pour en bénéficier. 

Départ à l'amiable et volonté de tourner la page

Dans sa conclusion, Ludivine Dedonder a réfuté tout traitement partial dans la gestion du dossier de Philippe Boucké, indiquant à l’adresse des députés les plus virulents : "Quand le général Boucké a quitté mon bureau, il m’a dit merci et on sera amené à se revoir". Quand à ceux qui s’inquiètent pour les conséquences de ce départ sur la sécurité du pays : "Parce que vous trouviez que cela allait bien au moment de l’affaire Conings et qu’il ne fallait rien faire ?" leur-a-t-elle répondu avant d'indiquer que le SGRS était provisoirement dirigé dans l'intérim par l'adjoint de Philippe Boucké en attendant l'arrivée du vice amiral Wim Robberecht le 15 août.

Le débat est provisoirement clos. Mais les effets de l'onde de choc provoquée par l’affaire Conings sont loin d’être terminés.

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