Décret Paysage : des effets pervers que la ministre Valérie Glatigny souhaite corriger

Décret Paysage : des effets pervers que la ministre Valérie Glatiny souhaite corriger
Décret Paysage : des effets pervers que la ministre Valérie Glatiny souhaite corriger - © SISKA GREMMELPREZ - BELGA

La nouvelle ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Glatigny (MR) compte modifier le fameux décret Paysage qui a remodelé il y a 5 ans fondamentalement l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie Bruxelles.

Un texte fondamental, qui permet notamment aux étudiants de reporter à l’année suivante des cours qu’il n’a pas réussi. Aujourd’hui, on en mesure les effets pervers.

Un fardeau pour les étudiants

Mathieu Minet est professeur de Littérature à l’Université de Namur. Il est aussi conseiller académique et il mesure chaque jour les effets de ce décret pour les étudiants. "On peut s’illusionner qu’on réussit, qu’on avance très bien dans son parcours alors qu’en réalité des cours qui sont fondamentaux ne sont pas réussis, les crédits ne sont pas validés".

Julie termine ses études d’institutrice mais elle a encore un cours de première année à repasser "C’est quelque chose qui est assez stressant parce qu’on se dit là on est en troisième. Cela reste un cours de première donc on se dit qu’est-ce qu’on fait si on le rate. Je n’ai pas envie spécialement de devoir faire une quatrième pour ce cours". Quant à Antoine, il est en Master en ingénieur de gestion : "J’ai raté un examen quatre, cinq fois, que je pouvais repasser en août, jusqu’à ma troisième, mais il y a quand même des prérequis qu’il faut avoir… Je suis en master 1, j’ai encore un examen de bac 3".

La durée des études plus longue

"Pour moi la chose la plus regrettable dans ce décret, c’est qu’il fait comme si l’échec n’existait pas, il le remplace par une idée d’une réussite progressive", explique Mathieu Minet. Aujourd’hui il apparaît que seul 23% des étudiants qui reportent des cours terminent leurs études dans les temps. Un allongement des études que tout le monde déplore. Certains étudiants ont même parfois la mauvaise surprise de découvrir qu’ils ne sont plus finançables alors qu’ils n’ont pas encore terminé. Ou qu’ils doivent poursuivre un an supplémentaire pour un seul examen, ou un mémoire.

"On note un allongement réel de la durée des études, explique Isabelle Petit responsable du secrétariat facultaire à l’UCL, alors qu’on espérait que cela permette justement un raccourcissement des études, et en tout cas un meilleur accès au diplôme pour nos jeunes."

Un allongement des études dommageable pour les étudiants, mais aussi pour la Fédération Wallonie Bruxelles : le coût d’une année d’étude varie entre 8 et 12 mille euros par étudiant.

Et puis cela pèse aussi sur l’orientation de certains élèves. "Cela diffère le moment où ils se rendent compte qu’ils doivent changer d’études", déplore Mathieu Minet. "Parfois on voit même des étudiants qui restent 4 ou 5 ans chez nous et qui décident d’arrêter leur bachelier au bout de 5 ans, ce qui est catastrophique sur le plan de l’estime de soi, de la construction de son parcours professionnel".

Un casse-tête pour les hautes Ecoles et les Universités

On perd aussi en qualité de l’enseignement, explique encore Isabelle Petit. "La séquence pédagogique qui a été bien réfléchie par la Commission de programmes, n’est plus totalement mise en œuvre dans sa forme première, puisque l’étudiant fait souvent des choix plus stratégiques que pédagogiques dans le choix de ses crédits". "Avant la priorité des étudiants étaient les questions pédagogiques et méthodologiques, maintenant on voit que les questions stratégiques jouent beaucoup, confirme Mathieu Minet, ce qui parasite ce qui fait le plaisir d’une formation".

Tout cela "nous oblige souvent à adapter les horaires, à adapter les réservations d’auditoires, à adapter les horaires d’examens, en fonction de la situation réelle des étudiants qui viennent d’un petit peu partout" enchaîne Isabelle Petit. Et vis-à-vis de l’étudiant tout est également beaucoup plus complexe : "Ils ne comprennent pas toujours ce qu’ils peuvent faire ou non. "Cela nous oblige aussi à un accueil assez individualisé, pour les accompagner dans l’organisation de leur cursus, sachant que le décret impose aussi des contraintes très très strictes, pour qu’au total l’étudiant parvienne à avoir par exemple les 300 crédits qui sont prévus dans son programme.

Une réforme en vue

La FEF, la Fédération des étudiants Francophones se bat pour que le décret soit revu. La nouvelle ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Glatigny (MR) se dit consciente des dérives du système actuel. Elle compte modifier le décret Paysage. "Il est important de l’évaluer et de le modifier le plus rapidement possible", dit-elle. C’est une demande qui émane aussi bien des étudiants que des recteurs et des directeurs des Hautes Ecoles parce qu’il conduit à un allongement de la durée des études, à une augmentation des coûts pour les étudiants et donc à une augmentation de la précarité des étudiants".

Mais réformer comment ? La ministre reste vague pour l’instant. "Je pense qu’il faut travailler sur les prérequis qui sont indispensables avant qu’un étudiant ne passe à l’année supérieure. Il faut donner plus de structure au parcours pédagogique, trop d’étudiants ne savent pas s’ils sont sur une trajectoire de réussite ou sur une trajectoire d’échec. Les parents aussi sont déboussolés. Probablement qu’on a été trop loin dans la capacité d’autogestion des étudiants, et qu’il faut retrouver une structuration plus importante du parcours pédagogique".

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