Déconfinement : voici les dernières recommandations des experts avant le Conseil national de Sécurité de ce vendredi

C’est le grand jour. Ce vendredi, en début d’après-midi, le Conseil national de Sécurité (CNS) va se réunir et déterminer le calendrier de déconfinement. Depuis le 12 mars et les premières annonces de fermetures des écoles et de l’horeca, jusqu’à la prolongation des mesures de confinement jusqu’au 3 mai, décidées le 15 avril, les Belges attendent le scénario de sortie de crise, la lumière au bout du tunnel. Cette lumière, c’est une équipe de 10 personnes, 10 experts, qui a été chargée de la trouver.

Cinq scientifiques (dont les désormais célèbres Emmanuel André et Marius Gilbert), trois profils économiques (dont le gouverneur de la Banque nationale, Pierre Wunsch et Johnny Thijs), un profil "social" et une juriste à l'expérience européenne.

Les discussions n’ont pas été simples, elles ont même été parfois tendues. Mais un accord est intervenu.

"Le rapport est bon dans l’ensemble. Il faudra un monitoring sérieux de l’évolution de l’épidémie. Toute anticipation des dates évoquées dans le rapport serait dangereuse", explique une personne impliquée pour qui ce rapport est déjà "un compromis entre scientifiques et économistes."

Est-ce à dire que le Conseil national de Sécurité n’a plus qu’à le valider ? Non, le CNS a toute latitude pour décider du scénario de déconfinement belge. Mais il y a fort à parier qu'une bonne partie des recommandations que vous allez lire seront annoncés officiellement en fin de journée ce vendredi.

Un préambule : des conditions "strictes" pour déconfiner

Ce sont les premières phrases des experts : "Les recommandations de ce rapport vont dépendre, de façon critique, de l’évolution de l’épidémie et d’un certain nombre de conditions strictes, qui doivent encore être mises en place." Quelles sont ces conditions ? En voici les principales :

  • Il faut maintenir une tendance à la baisse des hospitalisations, pour que l’épidémie soit "gérable" : cela passe entre autres par une baisse des hospitalisations et par une limitation à 25% de l’occupation des lits en soins intensifs (ICU). En clair, environ 500 lits occupés (avec un buffer possible du même nombre). Ce 23 avril, il y a 993 patients en ICU;
  • Il faut 25.000 tests (PCR) quotidiens, pour pouvoir tester les personnes avec des symptômes, leurs contacts et également continuer les tests dans les hôpitaux, les maisons de repos et dans d’autres zones à risques;
  • La mise sur pied d’un personnel évalué à 2000 personnes pour assurer le suivi des personnes positives et contacter leurs proches;
  • Des mesures préventives doivent être implémentées dans les écoles, les lieux de travail;
  • La population doit être suffisamment consciente que la situation "normale" a changé, il faudra s’habituer à une "nouvelle normalité".

Si ces conditions sont réunies, on peut envisager de passer à la première phase de déconfinement.

Le 4 mai, on déconfine prudemment

Nous l’évoquions mercredi, le rapport final du GEES le confirme : le début du déconfinement se fera avec prudence. Si les conditions le permettent, la "phase 1" du déconfinement sera enclenchée le 4 mai.

Certains commerces seraient autorisés à rouvrir : les quicailleries, les magasins qui vendent du matériel de construction, de la peinture, des tapis ou de quoi produire des masques, les garages et les concessionnaires auto, les magasins qui offrent des alternatives de déplacement comme les vélos.

Il y a des conditions à respecter : de la distanciation sociale et aussi, pour certains commerces, une prise de rendez-vous. À noter que les agents immobiliers seraient également autorisés à reprendre leur activité, toujours sur rendez-vous. L’agriculture et la pêche pourraient également se relancer.

Ces réouvertures devraient permettre à 500.000 personnes de retrouver le chemin du travail. 200.000 de plus pourront télétravailler. Ce télé-travail resterait obligatoire là où c’est possible.

Le rapport indique qu’en ce qui concerne les transports en commun, le port du masque devrait être rendu obligatoire, tant aux arrêts qu’en déplacement dans les bus/trams/métros/trains. "De quoi permettre l’occupation de tous les sièges et diminuer la distanciation sociale à 1 mètre, pour les voyageurs debout."

Une première évaluation aura lieu assez rapidement : soit le 8 mai, soit le 11. Si la tendance est positive, un passage vers la phase 2 sera alors envisagé, à partir du 18 mai.

Le 18 mai (ou plus tard) : commerces, école et masques pour tous (à partir de 12 ans)

"Dès que les protocoles seront validés par les autorités et avec le respect intégral de ceux-ci", tous les commerces pourraient rouvrir. Tous, sauf ceux explicitement mentionnés dans le rapport : les restaurants, les cafés, les boîtes de nuit/dancing, les salles de banquet, les salles de congrès, les théâtres, les cinémas, les parcs d’attraction, etc.

Bonne nouvelle pour celles et ceux qui voudraient se refaire une tignasse acceptable après 6 semaines de confinement : les coiffeurs pourraient rouvrir à partir du 18 mai. Même chose pour tous les métiers qualifiés "de contact individuel". Des masques ou une protection équivalente seront nécessaires.

L’autre gros morceau du 18 mai, ce devrait être la réouverture des écoles. Tant en primaire qu’en secondaire, le focus est mis sur les 6e année, sur les élèves avec des difficultés et sur les sections professionnelles.

Pour ce retour en classe, le rapport pointe explicitement l’importance de porter un masque, à partir de 12 ans, et ce, toute la journée. Soit en tissu, soit jetable. Idem pour le corps professoral.

Les équipes de maintenance et de santé devraient aussi porter des gants. Dès l’entrée dans l’enceinte de l’école, puis dès l’entrée dans une classe, atelier lavage des mains pour tous. Passage aux WC, utilisation de distributeurs automatiques ou éternuement équivaut à un passage immédiat à l’atelier lavage des mains.

10 élèves par classe

L’organisation des classes sera également chamboulée : les classes seraient limitées à 10 élèves, chacun avec un espace personnel de 4m2, l’enseignant aurait 8m2. Les experts recommandent une disposition avec des bancs et de bancs collés au mur des classes.

Les places seraient fixes, les cours pratiques (chimie, physique et biologie) resteraient suspendus. Le cours de gym peut reprendre, mais en veillant à la distanciation sociale, celle-ci devra être plus grande si l’effort physique (et donc la respiration) est important.

Les entrées et sorties des écoles devraient être réorganisées, avec éventuellement des horaires échelonnés, tout comme l’organisation des réfectoires. Les repas chauds resteraient suspendus : le rapport préconise des repas froids, pris en classe. Entre autres recommandations, les experts préconisent le nettoyage des classes lorsqu’un groupe d’enfants les quitte, et avant l’arrivée du groupe suivant.

Pas de grosses fêtes de mariage cet été ?

Pour les amoureux de la culture, les musées pourraient rouvrir, pour des visites individuelles ou en famille, avec un maximum de personnes autorisées par heure, et un seul et unique parcours de visite.

Les experts ouvrent la porte à d’éventuelles excursions d’un jour vers la côte ou dans d’autres lieux touristiques. Les autorités locales auront le dernier mot.

Néanmoins, les fêtes et autres activités réunissant plus de 50 personnes devraient rester interdites. À ce propos, les experts semblent assez pessimistes : les fêtes, même de mariage, ne pourront s’organiser avant longtemps (et on peut déjà oublier cet été).

Répétons-le : cette "phase 2", telle que présentée, est une hypothèse qui ne sera réalité que si, et uniquement si, les données hospitalières sont encourageantes, que l’épidémie est sous contrôle, qu’il y ait suffisamment de tests, etc.

La date même du 18 mai est sujette à caution : c’est la date proposée par les experts. Mais ils l’écrivent noir sur blanc : cette date peut parfaitement être retardée.

La "phase 3" : pas avant le 8 juin et petit à petit

Ici aussi, le GEES est très prudent. À partir du 8 juin, et après examen en étroite collaboration avec les secteurs, le reste des commerces toujours fermés pourraient reprendre : l’horeca, les cinémas, les parcs d’attraction, les salles de concert, les théâtres, etc.

Cette date du 8 juin est très conditionnelle : les experts n’excluent pas des étapes intermédiaires en "tenant compte de l’évolution de l’épidémie".

Les événements de masse restent interdits jusqu’à la fin du mois d’août.

Les experts pensent qu’à un certain moment, les frontières pourraient rouvrir, à l’intérieur de la zone Schengen. Pour le GEES, voyager dans des zones où l’épidémie n’est pas sous contrôle sera "problématique".

À noter que les experts s’attendent à ce qu’une décision soit prise concernant les camps pour jeunes d’ici à la fin du mois de mai.

Conclusion

En très peu de temps, sous de multiples pressions politiques, économiques, sociales, le "groupe d’experts en charge de l’exit strategy" a réussi à s’entendre sur un scénario de déconfinement.

Ce scénario est un équilibre, entre santé publique, nécessité de relancer le moteur économique du pays, importance de l’enseignement, avec un postulat de départ immuable : maîtriser l’évolution de l’épidémie et prévoir un retour en arrière s’il le faut. C’est désormais au politique de décider.

Le postulat de départ sera conservé, sans aucun doute, la volonté d’analyser de façon très précise l’évolution sanitaire, quitte à retarder le passage aux phases suivantes du déconfinement aussi.

Le CNS suivra-t-il sans sourciller le rapport d’experts ? Les politiques voudront-ils "accélérer" ou "ralentir" certaines propositions du GEES ?

Réponse ce vendredi, en début de soirée. La Première ministre Sophie Wilmès l’a répété à plusieurs reprises : "il y aura un avant et un après covid-19". L’après covid-19 débute ce vendredi.

JT du 24/04/2020

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