Déconfinement : la norme de dix élèves par classe peut être dépassée "dans des proportions hyper-raisonnables"

Pas question, insiste le cabinet de la ministre, d'organiser des cours dans un préau ou une salle de sport.
Pas question, insiste le cabinet de la ministre, d'organiser des cours dans un préau ou une salle de sport. - © HATIM KAGHAT - BELGA

"En pratique, […] les élèves seraient subdivisés en petits groupes de 10 élèves maximum sauf exception si la taille du local permet d’en accueillir plus tout en respectant les distances de sécurité."

C’est une phrase figurant à la septième page de la circulaire 7750 de la Fédération Wallonie-Bruxelles intitulée "Consignes pour les établissements en lien avec la crise du Covid-19". Le document détaille la manière dont la rentrée des classes va s’organiser à partir du 18 mai pour les élèves de sixième primaire et dernière année du secondaire et le 25 mai pour les élèves de première primaire (et si possible deuxième) ainsi que deuxième secondaire.

Depuis la réunion du Conseil national de sécurité du 24 avril dernier, un mot d’ordre est répété. Si les enfants retrouvent le chemin de l’école, cela se fera sous des conditions très strictes en termes de distance sociale et d’application des gestes barrières (port du masque, hygiène des mains…). Et depuis le 24 avril, en Fédération Wallonie-Bruxelles, c’est la règle des "dix élèves par classe" à observer qui est répétée notamment dans la communication envers la presse. Mais voilà, la circulaire permet en réalité une souplesse qui n’est pas sans inquiéter certains parents et enseignants.

Pas question de caser un maximum d’élèves dans une salle de sport

"Dans la salle de classe, l’enseignement devrait être organisé en classes de 10 élèves maximum, avec un minimum de 4 mètres carrés par élève et 8 mètres carrés supplémentaires par enseignant": c’est ce que dit la circulaire. "C’est cela qui doit primer", précise le porte-parole de la ministre de l’Education en Fédération Wallonie-Bruxelles Caroline Desir (PS). "Toutefois, il existe une certaine souplesse, dans des proportions hyper-raisonnables." Une souplesse discutée avec les fédérations des pouvoirs organisateurs, sur base des avis du groupe d’experts et confirmée par écrit dans la circulaire.

Qu’entend-t-on par "proportions hyper raisonnables"? Cela signifie "que l’on peut envisager la division d’une classe de 24 en deux groupes de 12 élèves, si cela est plus facile en termes d’organisation et, surtout, si les conditions de la distance sociale peuvent toujours être respectées", précise le cabinet Desir.

Pas question, insiste la Fédération Wallonie-Bruxelles, pour les directions d’écoles de caser un maximum de monde dans "une salle de sport, un réfectoire" ou un préau. Pas question de rassembler plusieurs dizaines d’enfants dans le même espace ! "Ce n’est pas le but. Il faut respecter au plus près la norme de dix élèves par classe. L’attention des pouvoirs organisateurs a bien été attirée sur ce point. Il y a possibilité de dépasser les dix élèves par classe mais dans des cas exceptionnels."

Chaque élève en plus multiplie les contraintes

Pour Michel Thomas, de la CGSP Enseignement Bruxelles, "chaque élève en plus multiplie les contraintes en termes d’organisations, d’espace dans la classe, pour aller aux toilettes, quand il y a la file dans le couloir, pour les garderies…" En Région bruxelloise, "quand on connaît la nature des bâtiments, la taille des classes et les obligations de distance sociale, nous n’arriverons pas toujours à dix élèves par classe."

Mais ce qui inquiète surtout le syndicaliste, c’est le délai qui sépare le personnel de la rentrée du 18 mai. "L’état des bâtiments scolaires est souvent lamentable. Le personnel d’entretien en sous-effectif chronique. Ce seront les premières victimes de ce retour. En deux semaines, il va falloir faire de certains taudis des forteresses contre la pandémie", explique-t-il.

La circulaire précise par exemple que "le personnel d’entretien et les agents de santé doivent porter des gants", que "toutes les écoles doivent être équipées en savon, gel hydroalcoolique et serviettes en papier", que "les classes doivent être nettoyées (bancs, équipement, tout ce qui peut être touché à la main) après chaque journée d’école et après chaque utilisation par un groupe d’élèves différent", que "les sanitaires doivent être vérifiés et éventuellement nettoyés deux fois par jour". "Le délai du 18 mai est un défi irréaliste pour bien des écoles", ajoute Michel Thomas.

La CGSP pourrait faire fermer certaines écoles

Pour lui, "on va droit dans le mur". "L’extension prévue le 25 mai est suicidaire en l’absence de possibilité d’évaluer les effets du 18. J’ai énormément d’empathie et de respect pour le personnel des administrations et les directions qui vont devoir réaliser ce retour des élèves, qui vont devoir résoudre cette équation aux multiples inconnues dans un délai indécent. Mais ce constat ne nous autorise aucunement, en tant qu’organisation syndicale, à brader nos exigences en matière de sécurité. Nous espérons que, quand il sera clair que certains établissements ne seront pas en capacité de respecter les conditions sanitaires, personne n’exercera de pression pour forcer une ouverture. Car oui, si les conditions de retour des élèves ne sont pas remplies, nous ferons fermer certaines écoles."

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