Décès dus au coronavirus : et si la méthode de comptage belge était finalement la bonne ?

C’est la Première ministre Sophie Wilmès qui le disait ce jeudi à la Chambre : "il est toujours difficile de parler de chiffres dans ces circonstances, car une vie est une vie, un décès reste un drame, qu’on décède du COVID-19 ou d’autre chose". Néanmoins, la question deviendra un enjeu politique à l’heure des bilans. Et elle pose déjà une question scientifique à nos experts. Comme l’a fait Le Soir avec les Pays-Bas, et comme l’explique l’épidémiologiste de l’ULB Marius Gilbert sur Twitter, il faut jeter un oeil à l’excédent de mortalité.

L’excédent de mortalité, qu’est-ce que c’est ?

Parmi les statistiques de santé publique classiques, il y a les décès quotidiens, répertoriés grâce aux attestations de décès, un document légal, obligatoire, qui accompagne le défunt. Et ainsi, ici, vous pouvez voir le nombre de décès quotidien entre 2008 et 2018. Pour les données plus récentes, Be-MOMO (pour Belgium Mortality-Monitoring) permet de comparer le nombre de décès attendus et celui observés. Les données de Be-MOMO, les experts de Sciensano les exploitent dans leurs rapports hebdomadaires depuis le 9 avril. Il faut en effet attendre plusieurs semaines pour que les chiffres de mortalité soient exploitables de façon pertinente.

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Ainsi, pour la semaine du 16 au 22 mars, BE-MOMO prévoyait 2275 décès : il y en eut 2540. C’est 11,6% de plus. Il y a donc eu un excédent de mortalité de 11,6% La semaine d’après, du 23 mars au 29 mars, 3172 personnes sont mortes, 923 de plus qu’attendu, l’excédent de mortalité est de 41%. Et pour la semaine du 30 mars au 5 avril, 3918 décès ont été observés, 1700 de plus que prévu, l’excédent de mortalité atteint 76,7%. Cette semaine-là, la Belgique a comptabilité 1476 décès liés au coronavirus. Il pourrait donc y avoir une sous-estimation du nombre de décès COVID-19…

Pour certains experts, dont Marius Gilbert, cet excédent de mortalité est "la comparaison la moins biaisée par les méthodes de comptage" dès lors qu’on souhaite comparer avec les autres pays.

Comme le montrent les chiffres ci-dessus, sur la semaine allant du 30 mars au 5 avril, les Pays-Bas déplorent 5098 décès, soit 2197 de plus qu’attendu. L’excèdent de mortalité est donc de 75,73%. Pourtant, cette semaine-là, les Pays-Bas n’ont annoncé "que" 1073 décès dus au COVID-19, nos voisins ne tenant pas compte des décès dans les maisons de repos et de soins (MRS), mais uniquement les décès en hôpitaux.

On peut répéter l’exercice pour d’autres pays européens, comme l’a fait The Economist avec l’Espagne, la France (jusqu'au 2 avril), l’Angleterre, le Pays de Galles, ou encore la Lombardie : tous ces pays et régions ne comptabilisent pas les décès en MRS, les chiffres officiels de mortalité due au COVID-19 sont très certainement fortement sous-évalués.

Conclusion

Les chiffres de mortalité, que ce soit chez nous ou ailleurs, sont à prendre avec beaucoup de recul. Si ce n’est l’Allemagne, qui a mis au point un test dès la mi-janvier, en a produit un maximum avant que l’épidémie n’arrive et qui a isolé très rapidement les cas positifs, aucun pays européen ne peut prétendre avoir su résister à ce virus dont on sait qu’il s’attaque surtout aux personnes les plus âgées : sur les 5163 décès attribués au COVID-19 en Belgique, au moins 3464 concernent les plus de 65 ans (il y a 1431 décès dont l’âge n’est pas spécifié et 268 pour la tranche d’âge 0-64 ans).

Il faudra patienter pour pouvoir réellement analyser et comparer l’excédent de mortalité provoqué par le coronavirus. La Belgique fait-elle mieux, ou moins bien que les autres pays ? En tout cas, la décision prise de tenir compte des décès dans les maisons de repos semble être la bonne, à tout le moins celle qui puisse rendre le mieux compte de la mortalité du virus. Faut-il dès lors réellement revoir cette façon de faire, comme le suggèrent certains membres du gouvernement ? Seule certitude : c’est une certaine catégorie de la population qui paie et continue de payer un lourd tribut au COVID-19.

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