Décès de la reine Fabiola: la presse salue le départ d'une "grande dame"

Le décès de la reine Fabiola a fait la une de tous les quotidiens belges.
Le décès de la reine Fabiola a fait la une de tous les quotidiens belges. - © Thomas MIGNON - RTBF

Les éditorialistes francophones saluent, samedi matin dans la presse, le départ d'une "grande dame", dont ils soulignent à l'unanimité le sourire infini et l'amour fusionnel qui la liait à son époux, le roi Baudouin. Le décès de la reine Fabiola a également fait la une de tous les quotidiens néerlandophones ce samedi matin.

"Fabiola, Reine de coeur", titrent La Libre Belgique et La Dernière Heure. Les deux quotidiens reviennent sur l'arrivée, en 1960, de l'aristocrate espagnole dans un pays triste. "Un pays en proie à de grandes grèves. Un pays en émoi, qui éprouvait du mal à gérer l'indépendance de son ancienne colonie. Un pays où débutaient les premiers affrontements entre les communautés linguistiques. Un pays encore marqué par la guerre scolaire", écrit Francis Van de Woestyne dans La Libre Belgique. Et pourtant, "très vite, dans cette Belgique grise, la reine Fabiola apporta le soleil de son pays, le sourire de sa famille, la force de son éducation. En quelques mois à peine, elle aida son époux à aimer son métier de Roi", commente l'éditorialiste.

Même constat dans les journaux de Sudpresse, selon qui la Belgique perd "une grande Reine". "Fabiola a non seulement permis à Baudouin de surmonter ces crises majeures, mais surtout de réussir l'incroyable pari de rassembler à nouveau tous les Belges autour de leur figure", estime Demetrio Scagliola.

Dans La Dernière Heure, Eddy Przybylski s'interroge: "Que va-t-on retenir de cette femme qui a été l'épouse d'un souverain régnant pendant 33 ans et qui est restée Reine des Belges pendant 55 ans? ". Selon l'éditorialiste, "il est probable que lorsqu'on évoquera son souvenir, le mot Fabiola sera accolé d'emblée à ce sourire qui était le sien et qu'elle offrait sans compter, autant qu'elle le pouvait".

"Une coiffure inimitable"

Catherine Ernens, dans L'Avenir, ne dit pas autre chose. Pour elle, la reine Fabiola était "un sourire infini et une coiffure inimitable". Elle souligne également qu'il y aura eu jusqu'au bout, dans les pas de Fabiola, l'ombre de Baudouin. "La tendre et malicieuse image d'un amour indestructible".

Béatrice Delvaux, dans Le Soir, décrit la reine Fabiola comme une de ces madeleines de Proust que les Belges ont rangée dans leur armoire aux souvenirs. "Une affection, un rien moqueuse, a longtemps uni les Belges à cette reine, aux robes aux couleurs improbables et au brushing éternel", écrit-elle. Mais, selon l'éditorialiste, cette image s'est abîmée ces dernières années, "après les révélations sur l'argent de sa fondation. L'idée que cette reine des Belges ait réparti un patrimoine constitué en partie de l'argent national, au profit de neveux, avec des références explicites à la pratique religieuse, a choqué et provoqué une rupture très nette dans le traitement réservé par l'Etat belge à sa monarchie".

Francis Van de Woestyne, dans La Libre Belgique, estime pour sa part que ne retenir de cette parenthèse que la polémique créée autour de la fondation de la reine Fabiola "serait oublier l'action sociale qu'elle continua de mener dans la plus grande discrétion au profit des plus faibles, des femmes rurales et des exclus. La Belgique perd une grande Reine. Une Reine d'amour. Une Reine blanche. Une Reinde coeur", conclut-il.

"La reine Fabiola, une jeune fille de 80 ans"

Côté néerlandophone, Het Belang van Limburg titre "Une jeune fille est morte". Selon le quotidien, il aura fallu attendre jusqu'au décès du roi Baudouin pour véritablement connaître son épouse. Le journal, qui cite l'ouvrage "La reine Fabiola, une jeune fille de 80 ans", rappelle quelques anecdotes comme le fait que la Reine allait faire ses courses seule au volant d'une Coccinelle.

"Fabiola n'était pas une dévote, comme le Prince Laurent aimait parfois la décrire, mais une femme en chair et en os, non dépourvue d'humour", écrit encore Het Belang van Limburg, en faisant notamment référence à l'épisode de la pomme que la Reine, menacée d'être abattue à l'arbalète, avait sortie de son sac à main lors d'un défilé du 21 juillet.

Pour De Standaard, le décès de la reine Fabiola marque la fin de la monarchie du 20e siècle. "Lorsque la manorachie imposait un certain respect. Mais cette période est hélas révolue. La tendance s'est inversée et la Reine a dû y faire face malgré son âge avancé", peut-on lire dans le quotidien, qui revient sur la polémique créée après les révélations sur la fondation Fons Pereos de la Reine, à travers laquelle elle soutenait financièrement ses neveux grâce, notamment, à de l'argent public.

"L'épouse d'un Roi solitaire"

Het Nieuwsblad souligne pour sa part "l'évolution de la monarchie au sein d'une démocratie". Mais qui "n'amoindrit pas le respect que nous pouvons éprouver encore aujourd'hui pour cette femme arrivée dans notre pays il y a plus d'un demi-siècle pour devenir l'épouse d'un Roi solitaire".

Gazet van Antwerpen salue également le départ d'"Une grande Reine" et rappelle l'action de Fabiola en faveur des femmes rurales et des exclus. "Elle n'était certainement pas une rebelle, mais la Reine savait comment utiliser sa position pour convaincre les gens et changer les choses". Le journal, en évoquant une visite surprise de la Reine lors d'une fête scolaire, souligne par ailleurs que l'aristocrate espagnole aimait contourner le protocole.

De son côté, Het Laatste Nieuws s'interroge: "Fabiola était-elle une grande Reine? ". Selon le journal, "l'importance de la Reine ne doit pas être mesurée selon la personne qu'elle a été, mais en fonction de sa présence aux côtés du roi Baudouin et, à travers lui, du rôle qu'elle a joué pour la Belgique. En serrant la main du Roi en permanence, avec amour et résolution, Fabiola a marqué de son empreinte le règne de son époux et la manière dont il a assuré ses fonctions: avec sérieux et sans verser dans la controverse.

Pour De Morgen, l'influence de la Reine a légèrement secoué la séparation entre l'Eglise et l'Etat, "mais ses positions résultaient davantage des considérations personnelles que de calculs politiques", conclut l'éditorialiste Hugo Camps, avant de saluer la présence assidue et la dévotion de la reine Fabiola au Concours Elisabeth.

Belga

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