De nouveaux liens entre Didier Reynders et le "Kazakhgate"

Didier Reynders a-t-il joué un rôle actif dans le dossier du Kazakhgate ? Est-il intervenu personnellement, suites aux demandes de la France, pour faire changer la loi belge sur la transaction pénale et ainsi permettre à trois hommes d’affaires kazakhs d’éviter un procès en Belgique ? Ce n’est pas la première fois que cette question est posée.

Aujourd’hui, elle revient au-devant de l’actualité avec de nouveaux documents révélés par le Vif, dans son édition de ce jeudi 27 avril.

L’hebdomadaire a mis la main sur des documents de l’enquête française.

Il s’agit d'une part, d’une lettre écrite par Catherine Degoul, l’avocate française de Patokh Chodiev, et d'autre part, d’un extrait de l’agenda de cette même avocate, deux documents qui établissent un lien direct entre l’avocate de Chodiev et Didier Reynders.

Didier Reynders "en copie"

La lettre date du 4 avril 2012 - soit dix mois après l'adoption chez nous de la loi sur la transaction pénale.

Le sujet, comme mentionné sur la lettre, "le trio kazakh". L’avocate Catherine Degoul écrit en fait à Damien Loras, conseiller diplomatique de l’Elysée en charge du délicat dossier kazakh, pour se plaindre de problèmes d’honoraires.

Selon des explications fournies par Loras, interrogé par la justice française en juillet 2016 et qui a fourni la lettre aux enquêteurs, l'avocate tentait de faire pression sur lui et son propre client Patokh Chodiev pour obtenir son argent.

Jusque-là, rien qui concerne la Belgique. Sauf que dans le courrier, elle dit accepter le principe d'une réunion de compromis mais précise que celle-ci ne peut "se tenir hors la présence d'une haute personnalité du Royaume de Belgique".

Et le plus surprenant : à la fin, elle indique avoir envoyé une copie de sa lettre à plusieurs ministres : Claude Guéant, ministre français de l’Intérieur et ancien secrétaire général de l'Elysée, Armand De Decker, ministre d’Etat, et … Didier Reynders ministre belge des Affaires étrangères.

Pourquoi Didier Reynders ? Didier Reynders a-t-il reçu cette lettre ? Pas de réponse.

Initiales D.R.

Se sont-ils rencontrés, Didier Reynders et Catherine Degoul ? Possible. Deuxième élément également saisi par la justice française : l’agenda de cette même avocate Catherine Degoul. Elle y notait ses contacts et rendez-vous.

Et nouvelle surprise à la date du 2 février 2012, à coté de laquelle l’avocate a noté "Bruxelles" et indiqué les initiales "ADD+DR". Pas question pour elle d’en écrire trop, mais ADD pourrait bien correspondre à Armand De Decker et DR à Didier Reynders. 

Alors a-t-il rencontré personnellement Catherine Degoul le 2 février 2012? Impossible à dire.

Mais à la lecture de ces nouveaux éléments, une chose est sûre, l’avocate de Patokh chodiev, elle-même, établit un lien direct entre Didier Reynders et l’encombrant dossier du "Kazakhgate".

La réponse de Didier Reynders… à la commission d’enquête

Qu’en pense l'actuel vice-Premier MR du gouvernement fédéral et ministre des Affaires étrangères Didier Reynders ?

Nous avons sollicité sa réaction mais il ne souhaite pas commenter ces "fuites" et explique qu’il répondra à toutes les questions... lors de son audition devant la Commission d’enquête parlementaire sur le "Kazakhgate".

Et justement, préparant ses travaux, la Commission d’enquête a déjà commencé à lui poser quelques questions par courrier.

Des courriers que nous nous sommes procurés. Deux lettres successives du président de la Commission le SP.A Dirk Van der Maelen, dès 31 janvier et 13 mars 2017, où celui-ci demande notamment aperçu des contacts et PV de réunions concernant "la transaction pénale", contacts avec des experts mais aussi et surtout contacts avec les gens impliqués dans le dossier dont Armand De Decker, Catherine Degoul, Jean-François Etienne des Rosaies (autre proche de Nicolas Sarkozy), Claude Guéant...

Didier Reynders a répondu le 4 avril 2017. Une réponse que nous reproduisons ici. A la question précisément de savoir s'il a déjà été en contact avec des protagonistes du dossier Chodiev, notamment l’avocate de ce dernier, il répond : "Je n’ai par ailleurs eu aucun contact avec les personnes évoquées [….] à propos du dossier 'Patokh Chodiev'". 

Au moment où Didier Reynders écrivait ses lignes, les nouveaux éléments obtenus par Le Vif/L'Express n’étaient pas encore connus. 

Plus d’informations dans Le Vif de ce jeudi 27 avril.

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