De moins en moins de juristes veulent devenir magistrats

De moins en moins de juristes veulent devenir juges et magistrats
De moins en moins de juristes veulent devenir juges et magistrats - © THIERRY ROGE - BELGA

De moins en moins de juristes tentent l'un des examens qui permettent de devenir magistrat, observe le Conseil supérieur de la justice (CSJ) dans son rapport annuel présenté mardi. Ainsi, 324 personnes se sont inscrites au concours d'admission au stage judiciaire pour la session 2016-2017, contre 382 en 2015-2016 et 463 en 2014-2015. Le métier de magistrat perd manifestement de son attractivité.

Screening psychologique

Les juristes qui veulent devenir magistrats ont le choix entre trois types d'examen: le concours d'admission au stage judiciaire, qui s'adresse aux jeunes peu expérimentés, l'examen d'aptitude professionnelle, pour ceux qui disposent déjà d'une expérience professionnelle de minimum cinq (pour le ministère public) ou 10 ans (pour la magistrature assise) et, enfin, l'examen oral d'évaluation, pour ceux qui justifient d'une expérience professionnelle d'au moins 20 ans.

Ces trois types d'examen sont exigeants (seules 42 personnes ont réussi le concours pour la session 2016-2017) et tous comportent désormais un "screening psychologique".

La baisse la plus sensible concerne les inscriptions au concours. Le nombre d'inscrits à l'examen d'aptitude professionnelle a également diminué en 2016 (519 inscrits contre 552 en 2015), alors qu'il était en augmentation constante depuis la session 2008. Quant à l'examen oral d'évaluation, il a attiré à peine 18 participants en 2016.

Sauf pour cette dernière voie d'accès à la magistrature, les femmes sont largement surreprésentées parmi les candidats: 75% des participants au concours 2016-2017 et 69% des participants à l'examen d'aptitude professionnelle 2016 étaient des femmes.

Le CSJ "ne dispose pas d'éléments objectifs" qui expliquent cette baisse d'intérêt, précise-t-il dans son rapport annuel. Mais pour les quatre membres de son bureau, la demande croissante de mobilité des magistrats, le manque de moyens de la justice ou encore les discussions sur les pensions des magistrats jouent très probablement un rôle.

"Il y a eu un tel noircissement de l'image de la justice, notamment dans les médias, qu'y travailler n'a plus l'air très sexy", observe Magali Clavie.

Des mesures rapides s'imposent pour inverser la tendance, sans quoi la justice sera confrontée à moyen terme à une pénurie vu la pyramide des âges actuelle au sein de la magistrature, avertit le CSJ.

Parallèlement, le Conseil relève que le nombre de places de magistrat déclarées vacantes par le ministre de la Justice diminue sensiblement: 257 places en 2016, contre 379 en 2015 et 520 en 2014. Une conséquence des mesures d'économie imposées par le gouvernement fédéral.

Généralement, chaque vacance au sein de la magistrature assise (celle qui prononce les jugements) trouve un candidat adéquat. Toutefois, les fonctions bilingues à Bruxelles posent encore problème ainsi que, depuis peu, celles au tribunal de première instance du Hainaut. Concernant les parquets, la situation reste problématique au sud du pays. Plusieurs places vacantes n'ont généré aucune candidature, surtout des places de substitut du procureur du Roi, de substitut spécialisé en matière fiscale et de substitut de l'auditeur du travail. Des discussions sont en cours entre le ministre de la Justice Koen Geens et le CSJ pour valoriser la magistrature.

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