De mai 2019 à mai 2020 : un an de blocage, de déclarations et d'images fortes

Nous avons voté il y a un an. Quelques heures seulement après avoir glissé notre bulletin dans l’urne, le constat est sans appel : la formation des gouvernements relèvera du casse-tête.

Le vote des Flamands et des francophones affaiblit encore un peu plus les partis traditionnels, renforce les extrêmes et donne l’image d’un Belgique écartelée. Un après les élections, malgré une série de missions royales sans fin, malgré des circonstances sanitaires et économiques exceptionnelles, personne n’a encore trouvé la solution de cette équation aux multiples inconnues.


►►► À lire aussi : 


Nous avons sélectionné pour vous les déclarations et les moments forts et les images qui résument une année de blocage politique.

Le Vlaams Belang au Palais

L’extrême droite flamande a obtenu 18,5% des suffrages flamands au Fédéral. Le Vlaams Belang a fait quasiment le même score à la Région flamande. Il a déjà obtenu des scores plus élevés, comme en 2004, lorsqu’il avait séduit 24% des électeurs flamands.

Mais la pression politique était apparemment trop forte. Le Palais Royal envoie une invitation au Vlaams Belang lorsqu’il entame ses consultations. Le président du Vlaams Belang pousse les portes du Palais. Ce n’était plus arrivé depuis 1936, quand Léon Degrelle avait répondu à l’invitation de Léopold III.

Plus tard, au cœur de l’été, Bart De Wever mènera de longues discussions avec le Vlaams Belang en vue de la formation d’un gouvernement flamand. Les discussions sont vouées à l’échec car les deux partis n’ont pas de majorité pour gouverner. Ces négociations laisseront toutefois des traces dans l’accord de gouvernement flamand et attiseront la méfiance des partis francophones à l’égard de la N-VA.

Sujet du Journal télévisé du 29 mai 2019

Raoul Hedebouw, le bon rouge et la piquette

Côté francophone, le PTB a fait des scores historiques. L’extrême gauche a convaincu plus de 13% des électeurs en Région Wallonne et en Région Bruxelloise. En Wallonie, le PS reçoit plusieurs fois les représentants du PTB lors des premières discussions en vue de la formation d’un gouvernement wallon.

Mais très rapidement, les discussions tournent au vinaigre. Le 11 juin, les négociateurs PTB et PS ont bu le calice jusqu’à la lie… Raoul Hedebouw utilise une image œnologique pour mettre fin aux négociations. "Nous, ce qu’on veut c’est un bon rouge, pas un mauvais rosé qui a tourné à la piquette à force d’y avoir versé de l’eau".

Un coup dans l’eau, une discussion pour la forme ? En tout cas, la tentation du PS de mettre un coup de barre à gauche sera observée avec méfiance par le plus grand parti flamand, la N-VA.

Raoul Hedebouw œnologue, c’est à 1'24''

La courte saison des coquelicots

Vers le milieu du mois de juin, socialistes et écologistes veulent jeter les bases d’une coalition wallonne progressiste appuyée par la "société civile". Mais PS et Ecolo n’ont pas de majorité ensemble. L’idée à la base du coquelicot était donc de former un gouvernement minoritaire qui chercherait du soutien dans les autres partis en fonction des projets.

Mais au gré des déclarations des uns et des autres, le coquelicot a vécu. Et les représentants politiques wallons ont usé toutes les métaphores botaniques jusqu’à la corde. On vous en a tout de même trouvé une qui ne va pas puiser dans le répertoire du jardinier et qui montre clairement que l’idée n’a pas pris : "Pour le dire en anglais : Game Over". Le libéral Jean-Luc Crucke pouvait difficilement être plus clair.

Quelques semaines plus tard, il jouera cependant un rôle important dans le rapprochement entre PS – Ecolo et le MR qui formeront finalement l’actuel gouvernement wallon.

Quelques réactions devant le siège du MR, le 8 juillet dernier :

Au fédéral, on joue aux pronostics

Au niveau fédéral, l’été 2019 est rythmé par les conférences de presse du duo formé par Didier Reynders et Johan Vande Lanotte. Le Roi a confié une mission d’information délicate au libéral francophone et au socialiste flamand.

Les informateurs vont privilégier la piste d’un gouvernement avec le PS et la N-VA, le plus grand parti francophone et le plus grand parti flamand. Mais comme l’a dit Didier Reynders le jour où il se voit confier sa mission, leur tache n’est pas mince. "Si c’était facile, ce serait déjà fait. Nous sommes dans une situation complexe."

De rapport au Roi en rapport au Roi, la mission s’éternise sans livrer de résultat. Les conférences de presse des deux hommes se terminent souvent par un jeu de pronostic sur leurs chances de parvenir un gouvernement d’ici l’automne. Le premier pronostic prononcé par Didier Reynders à la demande d’un journaliste qui souhaitait savoir quelles étaient leurs chances d’aboutir sur une échelle de 1 à 10 restera dans les annales : "Entre un et dix".

C’était finalement mission impossible. Alors que tous les gouvernements régionaux et communautaires ont prêté serment depuis longtemps, la formation fédérale fait du surplace.

Didier Reynders et son "échelle" de réussite, le 1er juillet 2019 :

La bouillie arc-en-ciel et le dentifrice flamand

Après la longue mission de Didier Reynders et Johan Vande Lanotte, c’est un duo PS N-VA qui entre en piste. L’honneur des informateurs est sauf. C’est ce que souhaitaient Didier Reynders et Johan Vande Lanotte. Mais cette nouvelle mission ne servira qu’à mieux repousser la piste d’un gouvernement fondé sur un axe PS N-VA.

Cette phase est conduite par le socialiste wallon Rudy Demotte et le nationaliste flamand Geert Bourgeois. Ils parviendront à organiser des discussions entre Bart De Wever et Paul Magnette. Mais l’expérience, la discrétion et la diplomatie généralement vantées de Rudy Demotte et Geert Bourgeois n’auront pas d’effet sur la mésentente entre les deux partis.

Paul Magnette se voit tout de même confier une mission royale d’information début novembre. Le président du PS déposera différentes notes pendant cette mission. Officiellement l’informateur discute avec 10 partis, en ce compris la N-VA. Ses notes semblent toutefois donner l’impulsion à une coalition "arc-en-ciel" rassemblant socialistes, libéraux et écologistes du Nord et du Sud du pays.

Mais les fuites dans la presse mineront la maigre confiance entre partis. Le CD&V en pleine campagne interne de renouvellement de son président se sent mis à l’écart. Le CD&V, tout comme l’Open-VLD, hésitent à franchir le pas d’une coalition sans majorité flamande au parlement fédéral.

Paul Magnette demande à être déchargé de sa mission et Bart De Wever vient conclure cette phase par une déclaration dont il a le secret. Après avoir rencontré Paul Magnette, Bart De Wever déclare qu'"il a encore le goût de sa bouillie arc-en-ciel en bouche" et qu’il faudra "beaucoup de dentifrice flamand pour la laver".

La déclaration de Bart De Wever est à retrouver à 0'58'' (JT du 09 décembre 2019) :

Veste à carreaux et costume cintré pour affronter l’hiver

Pas facile de relancer les discussions fédérales après ce choc des titans. Beaucoup avaient alors pensé que ce serait au tour de Bart De Wever lui-même de tenter de rassembler une coalition. Mais le Palais va miser sur un tandem inédit de jeunes présidents de partis. C’est le début de la mission de Joachim Coens, CD&V, et de Georges Louis Bouchez, MR.

Cette mission d’information sera marquée par la tentative d’une coalition Vivaldi. Une majorité sans la N-VA qui associerait socialistes, libéraux, écologistes flamands et francophones, complétée par le CD&V. Mais là encore, l’absence de majorité flamande au fédéral aura raison de cette tentative. Open-VLD et CD&V craignent d’aller au pouvoir sans les nationalistes flamands.

Et à défaut d’aboutir à une coalition, cette mission délicate nous laissera les images de la veste à carreaux verts et du costume cintré de ces nouveaux présidents de partis que les Belges apprennent à connaître. Le 31 janvier leur mission prend fin et la formation n’est guère plus avancée.

Georges Louis Bouchez et Joachim Coens sont alors remplacés par le CD&V Koen Geens dont le parti vient de rejeter l’idée d’un gouvernement sans N-VA. Le nouveau missionnaire royal ne reçoit pas de titre du Palais. A quoi bon ? Malgré les talents de négociateurs qu’on lui reconnaît, rue de la Loi, Koen Geens démissionne de sa mission deux semaines plus tard.

Reportage du JT du 10 décembre 2019

Union nationale, ou distanciation sociale ?

Le 19 février, le Roi reçoit Sabine Laruelle, MR, et Patrick Dewael, VLD. L’une est présidente du Sénat. L’autre préside la Chambre. La mission qu’ils se voient confier n’est pas claire. A cette époque peu d’observateurs imaginent qu’ils puissent à nouveau tenter une formule pour rapprocher PS et N-VA. Mais la coalition Vivaldi n’est plus une option.

Au milieu du gué, les deux missionnaires se voient rattrapés par la crise sanitaire. Le Covid19 va rebattre les cartes. Il faut un gouvernement de plein exercice. Au plus vite. Le terme "d’union nationale" est prononcé.

Le temps d’un week-end du mois de mars, celui qui suit les premières annonces de confinement, le gouvernement associant PS et N-VA sera plus qu’un mirage. Un gouvernement temporaire pour gérer les conséquences du coronavirus.

Le projet de cette hypothétique coalition n’aura cependant tenu que quelques heures. Paul Magnette est rattrapé par sa base. Pas question de s’associer aux nationalistes pour de nombreux socialistes. "On ne change pas de capitaine en pleine tempête", entend-on.

La solution alternative, on la connaît. Celle du gouvernement minoritaire soutenu de l’extérieur, avec des pouvoirs spéciaux validés par les partis démocratiques. Mais cet attelage, toujours d’actualité, est très fragile et ne permet pas de définir un plan de relance économique solide et légitime dont le pays a besoin.

 

Arrivées de Sabine Laruelle et de Patrick Dewael au Palais Royal, le 19 février 2020

Retour à la case départ

Aujourd’hui, un an après les élections, les négociations ont repris. Elles sont conduites par les présidents du PS et du SPA. Un énième rapprochement entre PS et N-VA est esquissé. Un de plus. Reste à voir si ces discussions dans une Belgique qui n’aspire qu’au déconfinement permettront la formation d’un gouvernement de plein exercice.

Si cette tentative échoue, un retour aux urnes est de moins en moins exclu. On en parlait déjà dès le 27 mai 2019.