De Bouchez à Maouane, de Désir à Jeholet : qui est Tang Hicham, l'internaute qui attire tous les politiques en live sur Facebook ?

Tang Hicham s'est fait un nom pendant le confinement, grâce à ses lives.
Tang Hicham s'est fait un nom pendant le confinement, grâce à ses lives. - © FACEBOOK

Le confinement en a fait une personnalité incontournable des réseaux sociaux. Ses directs sur Facebook sont devenus "ze place to be". Son endurance dans les entretiens avec ses invités ferait pâlir de jalousie des intervieweurs aguerris. Tang Hicham, de son vrai nom Hicham Marso, a frappé un grand coup sur la toile au cours de ces derniers mois.

Personne, parmi le personnel politique, ne lui résiste : des présidents de partis Georges-Louis Bouchez (MR) à Rajae Maouane (Ecolo), en passant par les ministres Bénédicte Linard (Ecolo) et Caroline Désir (PS). Début de semaine, il avait rien moins que le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles Pierre-Yves Jeholet (MR) et la ministre des Sports Valérie Glatigny (MR), qu’il tutoie d’entrée de jeu, comme d’autres du même du rang.

Mais qui est Tang Hicham qui a baptisé son rendez-vous diffusé en général entre 20 h et minuit "#TPML" pour "Touche pas à mon live"? Ce titre, est-ce un clin d’œil au ton léger de l’émission de Cyril Hanouna ? En tout cas, le rendez-vous est populaire, sans langue de bois. Tang Hicham aime à le dire : c’est un dialogue "avec le peuple". "Touche pas à mon live", c’est également à un rien près le slogan de SOS Racisme. Car chez Tang Hicham, il est beaucoup question de la diversité, la bruxelloise principalement, lui qui vient du quartier Nord à Saint-Josse.

Un parcours en politique et des déceptions

Hicham Marso, c’est un "echte" Tennoodois né en 1983. Il a d’abord connu le mayorat de la figure locale socialiste, Guy Cudell avant celui de Jean Demannez. En 2000, première interview dans la presse. Il a 18 ans et occupe la fonction de steward de rue à l’occasion de l’Euro de football organisé en Belgique et aux Pays-Bas. "Pour cette fonction, j’avais été approché par un commissaire parce que je parlais six langues", nous raconte celui qui a fait toute sa scolarité en néerlandais. C’est sur le terrain qu’il noue ses premiers contacts et se fait connaître. La famille Marso est nombreuse dans la commune : ce sera une formalité.

En 2006, il se rapproche du sp.a-Spirit incarné à Bruxelles par Pascal Smet, Bert Anciaux et Fouad Ahidar. Hicham va faire campagne pour eux. Pendant plusieurs années, il s’investit et espère figurer en bonne place sur la liste socialiste tennoodoise. "Mais cela ne se fait pas", se souvient-il. "Par manque d’expérience me dit-on." Première déception.

Si vous voulez du changement, il faut voter contre le PS

Après avoir géré un bar, le "Theatro", dans le quartier rose avec son oncle, il passe à la droite de l’échiquier. Pour les élections communales de 2012, il se présente sur la liste "Les Bleus de Saint-Josse", apparentée MR mais sans le sigle en raison de la présence d’une candidate voilée, la cousine d’Emir Kir. Hicham est quatrième devant le trublion de l’opposition Thierry Balsat.

Le discours est déjà très direct. Il dénonce dans une vidéo que nous avons retrouvée les politiques qui sont juste là "pour toucher leur argent". "Si vous voulez du changement, il faut voter contre le PS", déclare-t-il. Les socialistes ne sont "pas du tout au service de la population. Ensemble, on va atteindre un but, c’est faire tomber le PS." Rétrospectivement, "ce n’est pas ce que je voulais dire. Mais comme je suis néerlandophone, je me suis mal exprimé en français." Il ne visait pas le PS tout entier mais Jean Demannez.

Le soir des élections, c’est la déception. Hicham Marso, avec 131 voix, n’est pas élu. Mais Jean Demannez est également balayé remplacé par son colisitier Emir Kir. Hicham Marso, le candidat qu’on associe aux libéraux, voit en ce dernier l’homme providentiel. "Kir sera un grand bourgmestre. C’est l’homme qu’il nous faut", dit-il dans une interview à La DH en 2013. Sacré paradoxe, non ? "Je suis franc, je n’ai pas de double face. Je dis ce que je pense", affirme-t-il aujourd’hui.

Hicham Marso devient conseiller CPAS indépendant aidé par des voix socialistes. L’année suivante, revenu au sp.a, il est candidat suppléant aux régionales flamandes. Nouvel échec ! Il dénonce dans la presse une cabale entreprise par un échevin… PS. Mais le candidat devient quand même administrateur à la Société régionale du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale (SLRB) - il l’a été jusqu’au mois de juin.

Bouchez chez Tang Hicham

J’ai le sentiment qu’on m’a utilisé

Les socialistes flamands lui ont promis une place d’échevin en 2018. Dès 2015, Hicham Marso va se faire beaucoup plus discret médiatiquement et attend son heure. "Quand il a fallu faire la liste en 2018, ils ont été chercher quelqu’un d’autre. Je n’avais même pas une place. J’ai été déchiré. C’est comme si on m’avait planté un couteau dans le cœur." La politique, "pour moi à ce moment-là, c’est fini. Je ne ferai plus confiance. J’ai le sentiment qu’on m’a utilisé. J'ai vu les coulisses et cela ne m'a pas plu."

2019, nouvelles élections. Il soutient cette fois activement la future échevine socialiste Loubna Jabakh (PS). "Elle représente pour moi le changement, un exemple. C’est une amie d’enfance." Pour elle, il réalise déjà quelques lives sur les réseaux.

Je voulais offrir un espace aux gens pour qu’ils s’expriment

Début 2020, c’est lui qui passe devant la caméra. "D’abord, j’étais tout seul, sans invité. Je voulais offrir un espace aux gens pour qu’ils s’expriment. Les gens ne comprennent pas trop la politique, ils se posent beaucoup des questions." Ses lives mise sur la pluralité des idées. Cela change de ses premiers combats très partisans et virulents. Les premiers directs sont très discrets, ils totalisent 20, 30, 40 vues.

"J’ai voulu arrêter. Mes vidéos ne se partageaient pas. Alors je me suis dit : pourquoi ne pas inviter des personnalités en direct ? C’est un pari de fou ! Je ne suis pas journaliste, je ne suis pas une personnalité, je ne suis pas un élu. Vont-elles accepter ?"

Le confinement condamne temporairement l’Horeca. On ne parle plus que de coronavirus. Hicham Marso va saisir sa chance pour inviter le tout Bruxelles à participer à ses sessions du soir, libres antennes virtuelles où toutes les questions peuvent être posées en commentaires. Il les relaiera. Sans trop qu’on sache comment ni pourquoi, des politiques de premier plan vont accepter les invitations. "J’ai ramé. Oui : j’ai gardé des contacts et des amis en politique. Mais il a fallu discuter, expliquer le concept, convaincre. Les gens se méfient. Chez moi, c’est du freestyle. Mais avec le respect."

Bouchez est arrivé en direct à 1 h du matin. Un truc de fou !

Tout va s’enchaîner : Jamal Ikazban député PS, David Leisterh président du MR bruxellois, Ridouane Chahid chef de groupe PS au Parlement bruxellois, Rajae Maouane coprésidente Ecolo, Nawal Ben Hamou secrétaire d'Etat PS, Georges-Louis Bouchez président national du MR… "Il est arrivé en direct à 1 h du matin. Un truc de fou ! Et il est resté plus d’une heure. Chapeau !"

L’intérêt pour les suiveurs, c’est de voir des personnalités de premier plan être confrontées au langage du terrain, sans filet. Son phrasé hésitant, ses tics de langage, la simplicité du décor confèrent à l'animateur l’image d’un interlocuteur qui ne se prend pas la tête, qui ne complique pas l’exercice. "Je sais que je fais des fautes de français. Mais je pars du principe que j’apprends chaque jour."

Tang Hicham et Désir

Dans le ton et les commentaires, on sent aussi la proximité avec quelques élus. Hicham Marso est désormais l’ami de quelques-uns d'entre eux. Certains l’accusent de copinages. Lui parle de neutralité. "J’invite tout le monde, dans le respect et la bienveillance. Mais il y a des représentants de deux formations que je n’inviterai pas, la NV-A et le Vlaams Belang ! Ces deux partis ne font pas partie de mes convictions ni de mes valeurs."

Le rendez-vous de la société civile

#TPML est aussi le rendez-vous des artistes (Kaoutar Bene, Martin Charlier-Kiki l’Innocent, David ou Pas…), des sportifs plus anonymes (Alla Alayyan, Sylvia Sinanaj…), des acteurs de la société civile, des bénévoles actifs dans l’aide aux Bruxellois en pleine crise sanitaire, des indépendants impactés ces derniers mois (Patrick De Corte des Forains de Bruxelles)… Hicham Marso, l’incontournable, dont l’invitation ne se refuse plus, va aussi soutenir Alim Berkani, un Molenbeekois inventeur d’un masque réutilisable.

"J’adore donner une visibilité aux gens. Moi, je n’ai pas toujours été gâté par la vie", dit celui qui affirme être sans emploi. "J’ai eu des soucis. Je me suis toujours relevé. Aujourd’hui, je ne suis pas une star. Et si je suis là, c’est grâce aux gens. Je leur dois tout." Le compteur des vues va mettre du temps à s’emballer. Aujourd’hui, en fonction du plateau et des thèmes choisis (sur base de l'actualité), il peut atteindre les 5.000 personnes connectées. "J’en suis à 80 jours de directs non-stop ou presque. Et je totalise plus de 300 invités."

Maouane chez Tang Hicham

Hicham vous oblige à vulgariser votre message

David Leisterh, député régional et président du MR de Bruxelles a participé cinq fois aux lives de Tang Hicham. Il l’a rencontré pour la première fois début 2020 lors d’une soirée organisée par une ASBL sportive. "Hicham et ceux qui l’écoutent vous disent les choses sans langue de bois, vous mettent face aux sujets tabous et vous obligent à vulgariser votre message", dit le politique. "C’est assez audacieux pour un politique en réalité comme exercice…"

Il est souvent très tard quand le live débute. Un risque pour un mandataire public. Un soir, David Leisterh lâche une petite phrase choc : "Maggie De Block devra rendre des comptes". "Vous êtes plus décontracté parce qu’Hicham parvient à vite mettre tout le monde à l’aise", reconnaît le Boitsfortois. "Une fois, je suis resté trois heures à répondre aux questions. Je ne les ai pas vues passer. Il est aussi très ouvert, il invitera un jour un MR et le lendemain un PTB mais ne confronte jamais personne en débat, comme on le retrouve trop souvent sur les plateaux télé. C’est une initiative citoyenne profondément constructive et instructive pour politiques et électeurs. Avec le temps, vous tissez même des liens avec certains de ses auditeurs !"

Pour Rajae Maouane, coprésidente Ecolo, "la période de confinement a aidé à ce que le projet d'Hicham Tang se développe, que les gens soient beaucoup plus connectés et ont davantage regardé ses lives. Ce qui est très intéressant, il n'y avait plus d'intermédiaires entre les politiques et les citoyennes et les citoyens. Tout le monde pouvait poser des questions sur quoi que ce soit. Hicham Tang relayait les questions. Et c'est là qu'il y avait une espèce de moment de vérité. Et puis, comme les politiques étaient chez eux, il y avait ce côté 'discussion à bâtons rompus', sans intermédiaires, avec des politiques qui sont en contact direct."

Sophie Wilmès, le roi Philippe ? Patience, cela va arriver

Ce dimanche 5 juillet, Hicham Marso organise une après-midi et une soirée de soutien à son projet personnel qu’il garde encore secret. Il se murmure qu’il veut professionnaliser son émission. Les people bruxellois risquent de se presser, malgré la limite de 200 personnes, épidémie de coronavirus oblige. Au programme : discours, chants, humour et récoltes de fonds pour financer son prochain concept.

"On m’a approché pour de la TV, de la radio. J’ai refusé pour pouvoir garder mon indépendance et ma liberté de ton. De plus, chez moi, mes invités ont le temps de parler", estime Tang Hicham qui n’a pas fini de remplir son carnet d’adresses. "Sophie Wilmès ? Patience, cela va arriver", promet-il. "J’aurai bientôt Maxime Prévot, le président du cdH. Manque encore Paul Magnette. Mais j’ai déjà eu tous les autres." Tang Hicham ne s'interdit rien ni personne. Il est ainsi convaincu qu’il peut rapidement décrocher quelques mots du roi Philippe. Rien que ça !

Ah, dernière question : "Tang", c’est pour ? "Tang comme Tangérois et Tanger, ma ville d’origine au Maroc et le club de foot que je supporte dont je porte le maillot dans mes lives."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK