David Van Reybrouck : "Nous sommes des fondamentalistes des élections"

David Van Reybrouck était l'invité du Grand Oral
David Van Reybrouck était l'invité du Grand Oral - © RTBF

C’est l’écrivain flamand David Van Reybrouck qui était l’invité du Grand Oral La Première – Le Soir, ce samedi en radio. L’auteur à succès de “Congo” (Actes Sud) lance un fameux pavé dans la mare avec son nouvel essai “Contre les élections”. Pour lui les élections paralysent aujourd’hui la démocratie.

Pour celui qui était aussi l’initiateur du G1000, nous sommes aujourd’hui devenus des “fondamentalistes des élections”. Quiconque dit démocratie dit élections et donc on semble oublier qu’il y a toute une série de procédures qui sont imaginables comme d’autres formes de participation des citoyens. Une démocratie ce n’est pas forcément des élections, c’est en fait une forme de gouvernement où les citoyens s’autogouvernent et donc il y a plusieurs procédures imaginables. Sauf que là on a tout réduit à une seule procédure : les élections. Cela a assez bien fonctionné pendant deux siècles mais entre l’époque où les élections ont été inventées et notre époque actuelle, beaucoup de choses ont changé notamment au niveau des médias… "

Une crise de confiance

Pour David Van Reybrouck notre démocratie traverse une crise de confiance. " Ce qui est déjà assez bizarre c’est que dans notre démocratie il y a une scission très nette entre les gouvernants et les gouvernés et on voit que les gouvernés, les gens, le peuple, les citoyens, se méfient de leurs politiques, on les appelle les politiciens, et d’autre part, c’est quelque chose qui est rarement étudié, il y a aussi une méfiance profonde qui s’est installée de la part des politiques. Il y a vraiment une peur, une angoisse, un dédain vis-à-vis du peuple. Et je pense que c’est une méfiance double, c’est une méfiance mutuelle et ça me semble assez critique à l’heure actuelle. "

Et l’écrivain pousse le bouchon encore plus loin : "Est-ce que nous vivons dans une démocratie à l’heure actuelle ? Nous élisons un parlement et alors ce sont les présidents des partis politiques qui vont délibérer parfois pendant un an et demi sur des thèmes qu’ils considèrent importants alors qu’on l’a bien vu avec le G 1000, en pleine crise communautaire, en pleine crise de formation du gouvernement, c’est assez évident que pour la majorité des gens, les défis communautaires n’étaient pas essentiels, les défis socio-économiques étaient beaucoup plus importants. "

" Le grand avantage du tirage au sort "

Mais alors quelle alternative ? David Van Reybrouck propose d’en revenir à un tirage au sort. Pas forcément pour remplacer les élections mais à côté de notre système de démocratie représentative élective. " Dans un tirage au sort, il y a un avantage et un désavantage. Le désavantage, c’est que la compétence des gouvernants est beaucoup plus limitée, c’est vrai, d’autre part, ils ont un très grand avantage, un avantage énorme, c’est leur liberté. Ils ne doivent pas agir en fonction des prochaines élections. Ils ne doivent pas agir en fonction de la médiatisation sur Twitter, Facebook ou d’autres chaines commerciales. Et donc là on voit effectivement qu’avec un jury tiré au sort (cfr Jury d’assises) il y a une vraie volonté, une possibilité d’agir. "

" Un nouvel élan démocratique "

Comment concevoir alors la coexistence de notre système actuel de démocratie représentative et de "jury" de citoyens tirés au sort ? "Je propose un système mixte. J’appelle ça une démocratie bi-représentative, c’est-à-dire avec une représentation du peuple double, avec des citoyens élus d’une part et d’autre part des citoyens tirés au sort. (…) Je pense que travailler avec le tirage au sort à côté des citoyens qui sont déjà élus, c’est bon pour la paix, c’est bon pour la confiance, c’est bon pour trouver le consensus, c’est bon pour trouver un nouvel élan démocratique. "

L’exemple irlandais

Et de donner des exemples : " En Irlande on voit maintenant qu’il y a une commission constitutionnelle qui comporte 99 participants. Il y a 33 politiques et 66 citoyens irlandais tirés au sort. Ils se sont rassemblés pendant un certain nombre de week-ends au cours de l’année 2013 pour discuter de 8 articles de la constitution irlandaise. Je trouve que c’est fascinant. " Et chez nous ? David Van Reybrouck s’appuie sur le cas de la Secrétaire d’état à la politique d’asile : " Je pense que si on est ministre, comme Maggie De Block, ce n’est pas évident. Tous les sondages montrent que les gens ne veulent pas trop d’étrangers qui arrivent chez nous mais, dès qu’il y a un demandeur d’asile qui va être extradé, on est toujours pour qu’il reste. Donc c’est assez difficile, en tant que politique, de trouver une solution adéquate, que veut le peuple finalement ? On n’a que les résultats du scrutin, on n’a que les sondages et donc on demande toujours aux citoyens ce qu’ils pensent sans qu’ils aient à penser. Donc invitons un certain nombre de citoyens à venir penser avec les politiques, à venir se pencher sur un thème précis et effectivement en concertation avec des experts. "

 

Arnaud Ruyssen

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