David Leloup, journaliste à Médor : " le journalisme d'investigation n'est pas dans la culture en Wallonie "

David Leloup lors de son passage dans l'émission "On n'est pas des pigeons".
David Leloup lors de son passage dans l'émission "On n'est pas des pigeons". - © Capture d'écran.

David Leloup, journaliste à Médor, révèle de nouveaux éléments concernant Stéphane Moreau dans une enquête d’une quinzaine de pages. Il était l’invité de Matin Première ce jeudi matin.

Stéphane Moreau est bourgmestre socialiste à Ans, mais aussi CEO du groupe Nethys qui possède le journal L’Avenir, Voo ou encore Be TV.  Dans son enquête, David Leloup commence par revenir sur les trois instructions en cours à l’encontre de Stéphane Moreau. "Il y en a une qui a démarré en 2008, c’est l’affaire Tecteo, rappelle le journaliste. Il y en a deux autres plus récentes : une concernant une présumée fraude à l’assurance avec Ethias au sujet d’un arbre situé sur un de ses terrains à Ans qui est tombé sur une pergola, et une autre concernant dix années d’ancienneté qu’on aurait attribuées à priori à sa maman qui a été embauchée par une société de logements sociaux à Ans".

Une enquête et des révélations

Ces affaires ont déjà été évoquées dans la presse, Stéphane Moreau a d’ailleurs largement démenti. Selon son auteur, l’enquête de Médor apporte tout de même des éléments nouveaux : "On révèle notamment l’épisode d’Abu Dhabi, ce voyage dont on a publié un extrait de l’enquête la semaine dernière sur le site internet de Médor, explique David Leloup. Là, on révèle un enregistrement effectué par la banque UBS à Bruxelles qui était la banque du fonds de pension Ogeo Fund, qui est le cinquième plus grand fonds de pension de Belgique. Un enregistrement du bras droit de Stéphane Moreau, Marc Beyens, qui demande au banquier de réaliser un faux programme de séminaire de manière à pouvoir le déduire en frais professionnels alors qu’en réalité, il s’agissait d’une invitation d’UBS pour aller voir le grand prix de formule 1 à Abu Dhabi". Marc Beyens a démenti en affirmant qu’il avait payé les billets d’avion de sa poche. "Les enregistrements donnent une autre version des faits", commente David Leloup.

Une stratégie " surprenante "

Avec l’acquisition d’un certain nombre de médias, comme le groupe L’Avenir, ou la participation dans des journaux du sud de la France, la stratégie affichée par Nethys est claire. Elle consiste à se dire qu’en tant que diffuseur, il faut diffuser du contenu et donc posséder des groupes qui génèrent du contenu. Une stratégie qui tient la route "sur papier", prétend le journaliste d’investigation. "Pour L’Avenir, on peut le comprendre, concède-t-il. On peut imaginer que les contenus journalistiques du journal se retrouvent sur la télé interactive de Voo. Là où ça devient encore beaucoup plus surprenant, ce sont les investissements réalisés dans deux groupes de presse du sud de la France, Nice Matin notamment. Là, Nethys ne possède aucun tuyau pour diffuser ces contenus qui sont hyper locaux, qui n’intéressent pas le contribuable wallon". A ce sujet, Stéphane Moreau se défend en affirmant qu’il est intéressant d’avoir un groupe qui fait de la diffusion de presse régionale, comme L’Avenir, pour faire des convergences entre des journaux similaires. "Quelles convergences ? Où sont-elles ?", demande David Leloup.

Dans son article, David Leloup affirme que Stéphane Moreau n’hésite pas à faire pression sur des journalistes. Il cite l’exemple du journal Le Soir sur lequel il aurait fait pression après une enquête qui avait révélé un voyage à Las Vegas de Stéphane Moreau en compagnie d’Alain Mathot. Le patron de Nethys avait alors menacé de porter plainte contre le groupe Rossel et réclamer six millions d’euros. Aucune plainte n’a été déposée finalement, mais la menace s’est transformée en un retrait de campagne publicitaire qui, selon David Leloup, a coûté au Soir à peu près 65 000 euros. "Ce n’est pas la première fois que ça arrive", affirme le journaliste.

Dès lors, faut s’inquiéter du fait qu’un groupe comme l’Avenir est aux mains d’un groupe dirigé par Stéphane Moreau ? "Ce n’est pas à moi à répondre seul à cette question, répond David Leloup. Mais sur base des éléments que j’amène dans l’enquête, je trouve que ça pose effectivement question".

Se donner les moyens et le temps

Les révélations de David Leloup découlent d’une longue enquête qui lui a permis de dévoiler au grand jour toute une série d’éléments. Selon lui, ce type de journalisme manque dans la presse francophone. "N’importe qui peut faire ce qu’on fait chez Médor, il suffit de se donner les moyens et le temps, affirme David Leloup. Mais je pense qu’il y a un problème culturel dans le sud du pays : l’investigation, le journalisme de temps long ne sont pas dans la culture. C’est beaucoup plus présent dans le nord du pays : le fond Pascal Decroos qui aide les journalistes d’enquête au nord du pays existe depuis 1998. Il a fallu attendre 2009 pour voir se créer le fond pour le journalisme d’investigation en Fédération Wallonie-Bruxelles, il a d’ailleurs été rebaptisé Fond pour le journalisme puisque peu d’enquêtes ont été proposées".  

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