"Dans une crise comme celle-ci, on n’a pas le droit de jouer la rivalité des niveaux de pouvoir", estime Olivier Maingan

En mars dernier, il avait été l’un des premiers à prendre des mesures contre l’épidémie de Covid-19 en interdisant les lieux publics de sa commune aux personnes à risque d'avoir contracté la maladie. Olivier Maingain, ancien président de DéFi et bourgmestre de Woluwé Saint-Lambert, a ce week-end avalisé les mesures annoncées par le gouvernement bruxellois comme la fermeture des lieux culturels, des salles de sport et cinéma jusqu’au 19 novembre.

Pour réagir aux mesures strictes, qualifiées de cacophonie politique, du comité de concertation et du gouvernement, il est l’invité de Matin Première.


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Le bourgmestre s’exprime sur les communications données par les experts : "Je voudrais qu’à un moment donné, les scientifiques puissent nous offrir une prédictibilité plus certaine. Je sais bien que pour eux ce n’est peut-être évidemment. Mais je crois que ce qui perturbe les citoyens c’est annoncer des mesures de 8 jours en 9 jours ou avoir des mesures qui sont contre-indicatives".

Si les modèles mathématiques sont fiables, Olivier Maingain estime qu’il n’y aurait pas d’autres choix que d’aller vers des mesures encore plus dures : "Personnellement, je pensais samedi dernier que le gouvernement aurait annoncé, si pas des mesures de confinement total (et n’ayons pas peur des mots) qu’au moins on mette au maximum à profit la période des congés de Toussaint pour une période de 'plus grand confinement' que ce qu’on a imposé".

Un blocage politique

Hier Elio Di Rupo s’exprimait sur une certaine réticence du côté flamand : "Selon ce que l’on lit, dans cette négociation au sein du comité de concertation il y a eu un blocage tactique de la part du nord du pays et certainement de la N-VA. J’observe plutôt un choix politique, qu’un choix en faveur de la santé rationnelle du pays". De plus, la question de la crédibilité de la N-VA et de l’opinion publique flamande n’y est pas selon l’ancien président de DéFi.

"Un choix qui sera certainement contredit dans les heures qui viennent par les futures décisions du gouvernement suite aux décisions déjà prises par les deux autres régions du pays", estime Olivier Maingain.

Une cacophonie

Il décrit cette manière de "cacophonique de l’extérieur" suite à la méthode de prendre des mesures différentes en fonction de chaque entité fédérée. "Soyons clairs : si c’est pour susciter l’adhésion du citoyen, ce n’est pas ces variations multiples qui vont l’engendrer. Fondamentalement il faut que l’on repense la mécanique de la prise de décision".

Il y a une dissolution des responsabilités

"Je trouve que lorsqu’on est confronté à une situation grave, il y a une certaine logique à faire revenir une unité de commandement au plus haut pouvoir qui est le gouvernement fédéral et la fonction de Premier ministre". L’ancien président de parti propose : "Des ultimes arbitrages pourraient être à rendre par nécessité, pour la protection de la population. Il faut un décideur !".


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Le chef de la commune de Woluwé Saint-Lambert compare cette nécessité avec sa fonction : "Ce poste a un pouvoir propre dont la personne en assume les conséquences tant au plan personnel que juridique". Ce qui, selon Olivier Maingain n’est plus le cas dans les hautes entités de l’Etat : "Il y a une dissolution des responsabilités, une disparité des prises de décisions. Qui au final, a le pouvoir ultime ?".

Les failles du fédéralisme

Dès les années 80, Olivier Maingain était l’un des défenseurs d’une région bruxelloise et d’un fédéralisme dont il émet une critique actuellement : "Le fédéralisme c’est à la fois une forme de reconnaissance d’autonomie et de responsabilité des entités, mais c’est aussi les mécanismes de solidarité. Or, certains ne réfléchissent plus uniquement le fédéralisme belge qu’en fonction d’une évolution qui va vers plus d’autonomie et moins de solidarité".

Il faut mettre en œuvre tous les mécanismes de sécurité

Il ose espérer que le Premier ministre (dont il salue le côté responsable) puisse reprendre la main dans l’intérêt de tous. Olivier Mangain scande : "Nous ne sommes pas dans une logique d’affrontement politique. La santé publique, quelle que soit l’opinion politique, en ressent le besoin et cette valeur est partagée par le plus grand nombre. Dans une crise comme celle-ci, on n’a pas le droit de jouer la rivalité des niveaux de pouvoir".

"La bonne manière d’éviter des divergences est d’associer toutes les forces politiques comme les 19 bourgmestres de Bruxelles ont été associées au gouvernement régional", selon le bourgmestre bruxellois. Son souhait est qu’il n’y ait pas d’autorité politique qui vienne empêcher des décisions qui ne reviennent qu’à des directions du cadre médical. Tout comme une facilité de transfert entre hôpitaux : "Il faut mettre en œuvre tous les mécanismes de sécurité, et des plans de pandémie à l’avenir".

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