Daniel Ducarme n'est plus

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Une disparition dans le monde politique belge : Daniel Ducarme s'est éteint à l'âge de 56 ans, emporté par la maladie. Le Barberousse du parti libéral avait connu le pouvoir puis l'oubli. Son côté épicurien et son autisme fiscal resteront dans les mémoires.

Son sens politique et sa voix de stentor l'avaient imposé en politique mais Daniel Ducarme était tombé plusieurs fois de son piédestal avant même ses 50 ans. Son côté grande gueule et son rapport particulier à l'argent n'y sont pas pour rien.

L'argent d'abord : dès le début de sa carrière, jeune trésorier d'une section locale du Rassemblement wallon où il a commencé en politique, on le soupçonne d'être parti avec la caisse... L'histoire se répétera en 1992 à la fin de sa co-présidence du PRL avec Antoine Duquesne : on lui reproche d'avoir fait chauffé la carte de crédit du parti pour ses dépenses personnelles. On lui ordonne de rembourser.

Mais le dossier de trop est fiscal : en 2004, Daniel Ducarme doit démissionner de toutes ses compétences ministérielles pour grosses négligences dans la déclaration d'impôts. Il avait tout simplement omis de déclarer ses revenus de quatre années et accumulé une ardoise de 265 792 euros. Le problème c'est qu'il conteste le montant tout en remboursant et surtout qu'on ne règle pas ce genre de problème avec le fisc comme on peut s'arranger entre barons du parti...

Animal politique

Autre trait de caractère qui aura joué plus d'un tour à Daniel Ducarme : sa fougue, son impatience, voire son imprudence et sa tendance aux formules à l'emporte pièce qui ne plait pas toujours, y compris dans les rangs de son parti.

En politique, un profil de battant, de tueur, c'est d'abord une qualité. A condition de savoir la doser, la maîtriser. Assistant social de formation, actif dans le jardinage dans le Brabant wallon, Daniel Ducarme a été président des étudiants libéraux, puis conseiller d'André Damseaux à la présidence du gouvernement wallon en 1981. Un beau jour, il débarque à Thuin où il sera bourgmestre de 1988 à 2000.

Député à 27 ans en 1981, ministre wallon de l'Environnement et de l'Agriculture en 1985, il grimpe et s'impose partout à coup de bagout et de culot. Il a les dents longues mais a aussi du cran, comme celui de se poser en challenger en 1989 à la présidence de son parti, contre le poulain de Jean Gol, Antoine Duquesne, une affaire qui se termine en présidence bicéphale, celle des deux "Ducs".

Cet épisode met en lumière une autre faille de Daniel Ducarme, son besoin d'exister, d'être reconnu dans un monde politique où les chefs sont tous bardés de diplomes. Avec Louis Michel, il trouve un allié, un "frère" qui le comprend et le soutient.

Daniel Ducarme siégera dans presque tous les parlements du pays, et même au parlement européen, mais surtout assurera à nouveau la présidence du PRL, puis de la fédération PRL-FDF-MCC et enfin du MR entre 1999 et 2002. Il s'y révèle. Louis Michel avait vu juste.

Mais la discussion sur le changement de nom de la formation le mènera à ce qu'on appelle une "ducarmerie" : il propose Parti démocrate (PD) ce qui lui vaut les rires de tout le monde et une engueulade par téléphone depuis Lubumbashi de Louis Michel...

Plus dure sera la chute

Après son déménagement en 2000 vers Bruxelles, à la fois pour des raisons privées et publiques, il quitte la présidence du MR pour accéder en 2003 à la celle de la Région capitale, bien que ne parlant pas le néerlandais. Il devient également ministre de la Culture de la Communauté française. Boulimie. Ses démêlés fiscaux révélés par Vers l'Avenir l'obligeront à céder tous ces mandats.

La suite est plus sombre : dépression, cancer de la prostate, désaveu du MR local à Schaerbeek qui ne veut pas de lui sur sa liste en 2006, ébauche d'une liste libérale dissidente pour les élections communales puis retour dans les rangs du parti comme "délégué du MR auprès des Belges à l'étranger" et en guise de bilan, un livre chez Luc Pire : "Daniel Ducarme règle ses comptes".

Dernièrement, Daniel Ducarme avait encore mené une réflexion sur une "Belgique française", avec texte de 123 articles prévoyant un "statut d'autonomie de la Belgique française" (à savoir la Wallonie et Bruxelles, plus les communes BHV ou flamandes qui le demanderaient par référendum) sous la forme d'une "collectivité territoriale autonome au sein de la République" française. Un kit prêt à l'emploi, prêt à voter par le Parlement de la Communauté française de Belgique et par l'Assemblée nationale française, juste au cas où...

JFH

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